« King Spawn » : le retour des âmes damnées

Todd McFarlane et ses collaborateurs prennent le parti d’étendre l’univers de Spawn. C’est tout naturellement les éditions Delcourt, fidèle à la série originelle, qui accueille King Spawn, grand succès de librairie aux États-Unis.

Un monde sépulcral privé d’espoir, des séquences d’action débridées et haletantes, un antihéros ambivalent et torturé : tout, dans Spawn, semblait prédestiné à finir entre les mains expertes de l’illustrateur Javi Fernandez, qui, à l’instar de son travail pour Batman, ne se fait pas prier pour multiplier les planches iconiques et dépoussiérer un HellSpawn au passé écrasant. Car avant de revenir sur Terre après avoir passé un pacte faustien avec Malébolgia, le maître suprême du dernier cercle de l’Enfer, Spawn était un lieutenant-colonel répondant au nom d’Al Simmons. Décoré pour ses états de service, il se verra rapidement exploité et corrompu par Jason Wynn, l’inquiétant directeur général du groupe d’élites des États-Unis. Son retour à New York est avant tout motivé par son désir de revoir sa femme Wanda, qui a cependant refait sa vie avec son ex-collègue et meilleur ami Terry Fitzgerald. De quoi briser un homme… et fâcher un démon.

King Spawn organise les retrouvailles entre Al et Terry, mais aussi celles, plus inattendues, entre Spawn et Kincaid, en plus de joindre à l’action Jason Wynn, Jessica Priest ou encore le Pistolero. Comme souvent, le récit est foisonnant, choral, sombre et effréné. Spawn et ses acolytes cherchent à mettre la main sur les responsables d’un massacre d’enfants dans une école. Pendant que la terreur règne en ville et que la presse d’extrême droite, complotiste et paranoïaque, s’en donne à cœur joie, ils remontent peu à peu une piste aux nombreux angles morts. Les affrontements se succèdent les uns aux autres, et Javi Fernandez y insuffle ce qu’il faut de mouvements et de détails (parfois spectaculaires) pour qu’ils imprègnent les rétines. Spawn, de son côté, apparaît dans toute sa dualité : écrasé par des douleurs ineffables, toujours amoureux d’une femme disparue, très concerné par le sort d’enfants qu’il ne connaît pas, il n’hésite en revanche pas à faire preuve de cruauté envers ses ennemis, dont il se débarrasse sans le moindre scrupule.

New York, Washington, Botswana : le cadre a beau changer, Spawn poursuit inlassablement son œuvre. Les aficionados de la série se trouveront en terrain connu, retrouvant des protagonistes récurrents, mais aussi la traditionnelle page des journalistes, et surtout l’univers noir et sale qui les accompagne. Qu’il s’agisse d’une entente entre Kincaid et Jason Wynn dans l’au-delà, ou de la collaboration réitérée entre Terry et Al, voire d’une hypothétique chance de ramener Wanda d’entre les morts, King Spawn vaut certainement le coup d’œil, et d’autant plus qu’il ne manque pas d’aspérités dans la caractérisation des personnages ou leur (sublime) traitement graphique. Les fantômes ramenés du passé d’Al/Spawn contribuent quant à eux à accentuer les ressorts dramatiques du récit. De très bon augure pour la suite.

King Spawn, Todd McFarlane, Sean Lewis et Javi Fernandez
Delcourt, septembre 2022, 208 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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