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« Insomniaques » : éveil amoureux dans le sommeil

Publié aux éditions Soleil, Insomniaques met en scène deux adolescents souffrant de troubles du sommeil et se rapprochant l’un de l’autre.

Parce qu’il est insomniaque, Ganta Nakami paraît gauche, confus, irascible, voire insociable. Dans une société japonaise performative, son manque d’allant tend à susciter les moqueries, et parfois même le rejet. Makoto Ojiro s’appuie sur un personnage usé et replié sur lui-même : incapable de trouver le sommeil, voyant les heures défiler sur son réveil, il n’a pas encore mis un orteil en dehors du lit qu’il se traîne déjà péniblement. Quelques heures plus tard, c’est pire : il répond sèchement aux autres, s’isole, souffre de migraine. Son mal apparaît inavouable, et plus encore lorsque c’est Isaki Magari qui en parle…

C’est le second personnage-phare d’Insomniaques. Elle aussi ne parvient pas à fermer l’œil de la nuit, mais elle ne le confesse pas par crainte qu’on la plaigne et, probablement, qu’on la traite différemment. Ganta ignore d’ailleurs tout de leurs similitudes jusqu’au jour où il se rend dans une salle d’astronomie désaffectée et qu’il la surprend… en train de dormir. À partir de là, les deux adolescents vont investir les lieux, les aménager et se rapprocher l’un de l’autre. Ganta et Isaki se comprennent. Ensemble, ils parviennent même à faire des siestes réparatrices. Au-delà de la marginalité relative de ses deux héros, Makoto Ojiro conte leur éveil mutuel et les sentiments naissants qui les unissent… dans le plus grand secret.

Il est difficile de savoir où cette nouvelle série va nous mener. Makoto Ojiro parvient très bien à décrire les contrecoups de l’insomnie, à exposer deux manières d’y répondre, mais elle peine toutefois à donner de la substance à son récit. En dehors des deux principaux protagonistes (et de leur chat), aucun autre personnage n’a droit à une caractérisation digne de ce nom. L’évolution des rapports entre Ganta et Isaki est par ailleurs assez convenue. Ce sont deux inconnus (ou presque) qui se découvrent une vulnérabilité commune qui les rapproche instantanément. Partant, ils vont partager un secret, fonder un club clandestin, mais surtout se lier d’amitié (et un peu plus). Sur le plan graphique, la mangaka se montre cependant plus convaincante, avec des planches variées et parfois très détaillées. À suivre…

Aperçu : Insomniaques (Soleil manga)

Insomniaques, Makoto Ojiro
Soleil, mai 2021, 192 pages

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2.5

Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées.