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« Highland Games » : voyage sur les terres de l’absurdité

Le scénariste Fabien Grolleau et le dessinateur Nicolas Cado mêlent le réel et la fiction dans un road trip aux accents surréalistes.

Highland Games commence à 23 kilomètres de Glasgow, au moment où une joyeuse bande de jeunes Français, accompagnée d’un coach, tombe lamentablement en panne sur le bord d’une route. Face à cet imprévu, personne ne semble vraiment savoir comment réagir. Et pour comprendre pourquoi et comment les personnages de Fabien Grolleau et Nicolas Cado sont arrivés jusque-là, un long flashback explicatif n’est pas inutile. Électrocuté au cours d’un exercice sportif, Nico a une vision improbable : Sean Connery l’enjoint à participer aux Highland Games, en terres écossaises. Il parvient à convaincre ses ouailles et monte, non sans mal, une improbable « équipe nationale de Bretagne ». Voilà Nico, Glenn, Alex, Azénor et les autres en cours d’entraînement afin de prendre part, en kilt, à des jeux traditionnels de l’autre côté de la Manche…

Les expériences autobiographiques de Nicolas Cado nourrissent pour partie l’intrigue de Highland Games. Mais c’est l’accentuation de la dimension absurde du récit qui contribue à lui donner toute sa saveur. Les protagonistes sont attachants, en rupture relative avec leur environnement, un peu à la manière des perdants coeniens. Et une simple demande de sponsoring auprès d’un beau-frère vendeur de portes peut prendre des atours comiques : penaud, Nico peine à en placer une tandis que son interlocuteur ne cesse de s’émerveiller devant les produits qu’il commercialise. Tout ça pour repartir finalement avec une vieille guimbarde délabrée… qui échouera donc à quelques encablures de Glasgow.

Le trait clair et rond de Nicolas Cado se prête parfaitement à l’histoire de Highland Games. Dans cette aventure quelque peu surréaliste, chaque personnage semble trouver une once de réconfort, mais aussi quelque chose qui le grandit. En ce sens, l’album s’apparente à un récit d’initiation, où l’individu s’épanouit avant tout par le truchement d’un groupe social auquel il se rattache, aussi farfelu soit-il. Car ce que le coach Nico apprend avant tout à ses protégés, c’est le partage d’expériences communes. Une nuit dans un château écossais, une soirée avec des supporters éméchés de Manchester United ou un podium inespéré… Fabien Grolleau et Nicolas Cado narrent ainsi avec beaucoup de tendresse (et d’ironie) les (més)aventures de leurs protagonistes, emmenés par un coach incapable de couper le cordon maternel et… de distinguer sa droite de sa gauche.

Highland Games, Fabien Grolleau et Nicolas Cado
Delcourt, octobre 2021, 160 pages

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3.5

Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées et des actualités DVD/bluray