« Game Zoover » : mourir pour faire rire

Avec Game Over, chaque planche est une leçon d’échec aussi amusante que létale. Dans Game Zoover, Midam et Adam repoussent les limites de l’humour visuel absurde en massacrant leurs personnages dans un festival de gags cruels, cartoonesques et totalement muets…

Qu’est-ce qui peut bien pousser un lecteur à savourer la même chute, planche après planche, sans jamais s’en lasser ? La réponse tient en un mot : l’inventivité. Dans Game Zoover, comme dans toute la série Game Over, chaque case poursuit une mécanique bien huilée d’humour noir, d’ironie tragique et de timing comique travaillé.

Tout repose sur un style visuel immédiatement reconnaissable. Le Petit Barbare, clone muet et malchanceux d’un héros de jeu vidéo, évolue dans des décors colorés, naïfs en apparence, mais peuplés de pièges mortels. Les monstres ont l’air sortis d’un cartoon sous acide, les objets du décor prennent vie, et chaque détail peut se retourner contre le protagoniste – ou sa princesse. 

Midam, accompagné ici par Adam, use de couleurs vives, d’un trait nerveux et d’une expressivité outrancière pour faire passer gags et émotions sans le moindre dialogue. Le langage est universel, purement visuel, avec une fluidité de lecture dont les gènes s’inscrivent dans le slapstick.

Les planches suivent toutes le même canevas : le héros tente d’atteindre une sortie (« EXIT »)… et meurt de façon idiote. Mais là où d’autres s’enliseraient dans la répétition, Game Zoover fait preuve d’une grande variété de situations absurdes : un ver géant surgissant d’une pomme, une princesse lobotomisée par un coquillage, des abeilles en essaim formant un faux pont, puis littéralement le mot « GAME OVER », ou encore un gorille avec une brutalité grotesque.

Les auteurs jouent volontiers avec les codes du jeu vidéo, des contes de fées et des films d’aventure pour mieux les détourner. Chaque planche est une blague visuelle dont la chute (littérale et figurée) fait mouche, souvent en une dernière case coup de poing. Là, c’est un poisson qui jaillit soudainement pour attaquer le Petit Barbare, ici c’est en se suspendant aux racines d’une carotte qu’il tombe dans le vide… 

Il n’y a pas de morale, pas d’évolution du personnage, pas d’espoir de victoire. C’est l’anti-héros parfait : chaque tentative est vaine, chaque plan échoue, chaque idée se retourne contre lui. Et c’est précisément ce qui rend Game Over si jouissif. Ce n’est pas le succès qu’on attend, c’est la manière dont il va échouer. Parfois, c’est en surestimant la silhouette d’un yéti ; parfois, c’est en raison des flatulences (contraintes) d’un dragon. 

Avec Game Zoover, la série Game Over continue de démontrer que la mort peut être divertissante, tant qu’elle est mise en scène avec créativité. C’est une ode au burlesque, un plaisir coupable, joyeux mais pas profond, à savourer case après case. On tourne les pages en se disant : comment va-t-il encore y passer ? Et la réponse, souvent, prête à rire.

Game Over : Game Zoover, Midam et Adam 
Glénat, mai 2025, 48 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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