« Flic à la PJ : Go Fast » : de Pierre Perret à une saisie record

Les histoires de Flic à la PJ se basent sur le témoignage de l’inspecteur Ludovic Armoët. Dans un premier tome intitulé « Go Fast », ce dernier livre le récit, scénarisé par Corbeyran, d’une saisie record initiée par le vol du véhicule de… Pierre Perret.

Il fait particulièrement chaud en France lors de l’été 1999, au moment où le chanteur Pierre Perret pousse les portes du commissariat d’Evry pour signaler le vol de sa BMW cabriolet modèle 507, qu’il décrit, encore hagard, comme « un vrai petit bijou ». À ce moment précis, personne ne peut se douter que ce dépôt de plainte relativement anodin va aboutir, quelques mois plus tard, à la plus importante saisie de drogues et d’armes jamais enregistrée en France. Ce récit authentique, c’est l’inspecteur de la PJ Ludovic Armoët qui le confie au scénariste Corbeyran, qui en profite pour radiographier le milieu de la drogue, mais aussi une romance que beaucoup jugeaient inconcevable : celle liant Ludovic, jeune Réunionnais « mal né », à sa compagne Cécile, issue d’une famille bourgeoise qui voyait d’un mauvais œil leur relation.

Tout s’amorce à Malaga, quand la police locale repère deux véhicules immatriculés en France dans une villa. L’instinct fait le reste : un avis est émis par les policiers espagnols, suspicieux, et Ludovic Armoët prend le parti de contacter la société qui loue le second véhicule plutôt que Pierre Perret, dont il vient pourtant de retrouver la trace de la BMW volée. Des filatures et écoutes téléphoniques permettent d’objectiver la situation : la PJ d’Evry a affaire à un trafiquant de drogues, Giovanni B., à la tête d’une entreprise familiale si lucrative qu’il finira par proposer à l’inspecteur Armoët trois millions en petites coupures en échange d’une malencontreuse erreur glissée dans son dossier. Proposition immédiatement écartée par le policier, qui en profite toutefois pour introduire une seconde plainte pour tentative de corruption…

Dans le vaste univers des polars, « Go Fast » n’a rien de révolutionnaire. Malgré l’introduction de personnages secondaires intéressants (mais sous-utilisés) – un « véreux sans moralité » mais « attachant », un flic paralysé « à cause d’une histoire de cul qui a mal tourné » ou une policière immergée dans un monde de « réflexions sexistes » et de « comportements machistes » –, le récit manque quelque peu de fulgurances. Il est entendu que l’authenticité de l’histoire empêche les rebondissements rocambolesques, d’autant plus que l’éditeur la met volontiers en exergue. Mais il aurait sans doute été judicieux de creuser plus avant la psychologie et le passé des personnages, initiative entreprise par exemple à l’endroit de Ludovic Armoët, dont on découvre les grandes étapes de la vie conjugale qu’il partage avec Cécile.

L’album n’en est pas pour autant raté. Agréable à lire, édifiant quant à l’organisation des trafics de drogues transfrontaliers, il bénéficie en outre du coup de crayon inspiré de Luca Malisan, dont on apprécie la finesse du trait et le soin accordé aux décors. Les anecdotes internes à la PJ d’Evry, par exemple sur les paris ou à propos d’une surprenante double photo dénudée, apportent un supplément d’âme à l’ensemble tout en témoignant de l’ambiance de travail au sein du commissariat. De quoi attiser notre curiosité quant à la suite de cette série qui, à défaut de se montrer très inventive, pose au moins des bases solides.

Flic à la PJ : Go Fast, Corbeyran, Ludovic Armoët et Luca Malisan
Delcourt, août 2021, 64 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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