« DC Christmas » : noëls masqués

Les éditions Urban Comics publient une anthologie de récits de Noël. On y parcourt autant de styles que d’époques, on y croise autant de tonalités que de capes, et l’on comprend très vite que les périodes de fêtes, chez les super-héros, sont rarement paisibles.

L’ouvrage ressemble à s’y méprendre à un calendrier de l’Avent aux fenêtres originales. Chaque jour libère un nouveau récit, et derrière chacun d’eux se loge une vision légèrement décalée de l’esprit de Noël. 

Place d’abord aux couleurs franches, presque pop, d’un Superman nous offrant un conte moral sous forme de space-opera. Il est question de la cohabitation et de l’entraide entre des espèces différentes, contraintes d’agir solidairement pour survivre. Puis, le rideau s’assombrit : Gotham, qui ne manque jamais une occasion de s’emparer de l’atmosphère d’une fête pour en faire craquer le vernis, apparaît sous différentes formes. On y retrouve Batman dans un récit « millerien » où même le Père Noël avance sur une corde raide, entre culpabilité et rédemption. On voit ensuite le Chevalier noir adoptant l’un des chiens féroces du Joker, dressé avec patience par Alfred alors qu’il le croyait définitivement « brisé ».

À ces ténèbres répondent des farces plus lumineuses : Paul Dini, évidemment, apparaît en maître des contes de fin d’année déviants. On retrouve le duo infernal Harley et Ivy dans un numéro délicieusement irrévérencieux, avec un kidnapping bon enfant et un shopping forcé où Bruce Wayne, ensorcelé, se mue malgré lui en chauffeur et créancier. Le même Dini revient bien plus tard, dans un volet moderne où Harley, grimée en Mère Noël explosive (au sens premier du terme), covoiture avec le Chevalier noir. 

Vient également Flash, éclair de compassion et de vitesse. Le volume propose notamment une fable Rebirth où Barry Allen, sous une neige presque trop parfaite, dialogue avec un enfant adopté et rencontre ensuite un Captain Cold débordé par sa propre humanité – une trêve glacée, fragile, mais sincère. On a également droit à un récit des années 90 signé Mark Waid, qui fait de Wally West un témoin des faillites sociales de l’époque. C’est un Noël de vitrines illuminées et de cœurs cabossés, où un père en chute libre tente de se racheter sous un costume de Santa usé…

Et voilà qu’au milieu de ces variations modernes, surgit un fantôme du passé : un épisode de 1942, un Sandman signé Simon & Kirby, éclatant de couleurs et d’énergie. Ici, Noël est un terrain d’aventure burlesque : un Père Noël de pacotille enrôlé par la pègre, un duo acrobatique bondissant de toit en toit et une morale simple. C’est ancien, carré, rugueux parfois, mais terriblement vivant : une trace des origines où la fête sert d’alibi pour redire que les justes triomphent toujours, surtout en décembre.

L’ensemble, pris dans sa diversité, raconte finalement la même chose : Noël, chez DC, n’est jamais un décor anodin. Il déplie les contradictions, adoucit les monstres (même Batman vit une nuit sans histoire), met à nu les solitudes, offre des sursauts inattendus aux perdus. Certains récits racontent la charité, d’autres la rémission, d’autres encore l’idée qu’une étincelle de joie peut surgir dans un magasin désert ou un toit battu par la pluie. 

Feuilletée d’un bout à l’autre, l’anthologie devient un album de famille un peu disloqué, traversant quarante, cinquante, presque quatre-vingts ans de bande dessinée américaine. On y voit la manière dont les artistes ont habillé la fête selon les époques : clinquante, sociale, dramatique, burlesque, mythologique. On y voit aussi comment les héros, si souvent figés dans leurs archétypes, peuvent parfois échapper, l’espace d’un soir, à leurs propres règles. 

DC Christmas, collectif
Urban Comics, novembre 2025, 434 pages

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4.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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