« Damien, l’empreinte du vent » : abandon et découvertes

Les éditions Glénat publient Damien, l’empreinte du vent, de Gérard Janichon et Vincent. Ode au voyage et à la découverte, ce récit initiatique place deux jeunes adultes face à eux-mêmes dans une quête irrésistible de liberté.

« L’empreinte du vent sommeillait en moi. » L’album de Gérard Janichon et Vincent verbalise à plusieurs reprises, et souvent avec beaucoup de poésie, l’envie d’abandon et de découverte de Jérôme et Gérard (oui, le même Gérard, auteur et personnage donc), deux amis qui, à dix-sept ans, ont entrepris de préparer un voyage au long cours, à bord d’un navire conçu par leurs soins, appelé Damien, qui parcourra finalement 55 000 miles en un peu plus de quatre ans, jusqu’en 1973. « Ils ne vont pas aller très loin, ceux-là », avait-on pourtant prédit à ces deux garçons qui, plus jeunes, ont fréquenté une école militaire où « réfléchir, c’est désobéir », et où « les punitions étaient plus nombreuses que les distractions ». C’est d’ailleurs probablement dans une réaction tardive, une volonté d’émancipation, qu’ils vont imaginer, sur le toit d’un immeuble gravi au prix de grands efforts, devenir des « gitans de l’océan ».

Angleterre, Norvège, Amérique du Sud, îles reculées, Amazonie, Groenland… Après avoir économisé pendant cinq ans, les deux amis vont parcourir le monde, subir des conditions climatiques extrêmes, aller de découverte en découverte, multiplier les rencontres et les expériences. À bord d’un petit voilier en bois, ils vont se livrer à une épopée initiatrice désormais gravée dans les annales. Inexpérimentés mais portés par un idéal auquel ils se cramponnent fermement, Jérôme et Gérard embrassent la vie dans ce qu’elle a plus intense, un charme aujourd’hui quelque peu désuet, mais renforcé dans l’album par l’emploi d’aquarelles aux couleurs douces. Échafaudé depuis le toit d’un immeuble, mis en musique dans un bar, l’épopée du Damien constitue le poumon narratif du bien nommé Damien, l’empreinte du vent. Si les enjeux peuvent paraître chiches, c’est avant tout parce que les auteurs ont décidé de mettre l’accent sur cette soif d’aventures qui, à elle seule, parvient à maintenir l’intérêt du lecteur.

« On a exploré nos limites dans une espèce d’émerveillement perpétuel », résumeront les deux voyageurs. Comment aurait-il pu en être autrement au regard de ces paysages mirifiques tels cette végétation luxuriante disposées en deux vignettes s’étalant sur une double page (72 et 73) ? Oiseaux exotiques, singes, dauphins, mais aussi températures glaciales ou tempêtes, Jérôme et Gérard ont vécu, en moins de cinq ans, suffisamment de péripéties pour remplir des vies entières. Ce que Gérard Janichon et Vincent mettent finalement en exergue, au-delà de l’attrait du défi, c’est un état d’esprit tourné vers l’autre et la découverte. Il ne faut pas s’attendre à y trouver des sens cachés ou des reliefs psychologiques vertigineux ; c’est en revanche un puissant témoignage sur les beautés du monde et la liberté.

Damien, l’empreinte du vent, Gérard Janichon et Vincent
Glénat, mai 2022, 168 pages

Note des lecteurs0 Note
3

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Scary Movie 6 : l’humour sans danger

Les Wayans voulaient canceller la cancel culture, offenser tout le monde à égalité et prouver que leur humour n'avait pas pris une ride. "Scary Movie 6" prouve exactement le contraire.

Toutes mes sœurs : projection privée

Massoud Bakhshi a filmé ses deux nièces depuis l'enfance. Il nous en restitue le montage, avec l'ambition de parler, à travers ce cas particulier, de la société iranienne dans son ensemble. Le pari n'est que très partiellement tenu.

Saccharine : faussement calorique

Natalie Erika James revient avec "Saccharine", film de body horror ancré dans le culte de la minceur et les injonctions corporelles. Ambitieux, parfois efficace, mais trop chargé thématiquement pour convaincre pleinement. La réalisatrice de "Relic" méritait mieux.

La Bataille de Gaulle – L’âge de fer : l’appel du nanar

"La Bataille de Gaulle : L'âge de fer" d'Antonin Baudry s'annonçait comme le film historique événement de l'année. Pourtant, sous ses airs de fresque ambitieuse sur les débuts de la France libre, le premier volet de ce diptyque consacré au général Charles De Gaulle peine à convaincre. Le récit, très dense, s'essouffle en voulant tout montrer sans rien approfondir. Pire encore, un second degré forcé et une caricature appuyée de certains personnages font glisser l'œuvre vers un registre involontairement burlesque. Un nanar en costume, certes soigné, mais qui trahit le sujet qu'il prétendait honorer.

The Plague : dans la peau des autres

La peste n'a pas besoin d'exister pour faire des dégâts, il suffit qu'un groupe décide d'y croire. Révélé à Un Certain Regard en 2025, "The Plague" est un thriller tendu sur la mécanique du harcèlement chez des garçons de douze ans : comment la violence s'organise, se légitime, se transmet et ce qu'il en coûte de la regarder sans bouger.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Une dernière partie de flipper » : grandir, tout simplement

Avec "Une dernière partie de flipper", Rune Ryberg transforme les salles d’arcade des années 1990 en un territoire initiatique peuplé d’adolescents perdus, de néons fatigués et d’amitiés plus ou moins toxiques. Sous ses couleurs saturées et son trait nerveux, cette chronique danoise nous raconte ce moment brutal où l’on comprend qu’il faudra un jour quitter l’enfance, même sans trop savoir comment.

« Fils de bourge » : la libellule contre le crapaud

Un gamin qui prend des coups. Une usine qui se met en grève. Et la France de 1936 qui vacille. Éric Stalner parvient parfaitement à fondre l'histoire intime dans la grande Histoire, sans que l'une n'écrase l'autre.

« Hippie Papy » : Honoré et les autres

Zidrou et Arno Monin signent une comédie familiale qui gratte doucement là où ça chatouille. Ils mettent en scène un vieux hippie qui fait du yoga à poil dans son jardin, un fils notaire coincé, une belle-fille qui surveille l'héritage comme le lait sur le feu et un fils adoptif débarqué de Montréal sans prévenir.