« Choujin X » déjà de retour chez Glénat

Initié par le créateur de la série Tokyo Ghoul, le manga Choujin X adopte le point de vue d’adolescents confrontés à l’apparition de pouvoirs surnaturels. Ce second tome creuse plus avant leur personnalité et revêt une dimension sociale évidente.

On retrouve au début de ce nouvel épisode de Choujin X Ely, la jeune cultivatrice de tomeïto, et Tokio, l’adolescent effacé marchant dans l’ombre de son ami Azuma. Les deux personnages se voient cependant redimensionnés à l’aune de super-pouvoirs inattendus. Ils affrontent ensemble un choujin maléfique ayant pris la forme d’un serpent géant particulièrement iconique. Pour Tokio, c’est l’heure des premières leçons : il se blesse au bras en raison de son incapacité à évaluer correctement la puissance qu’il délivre, ce qui se produit apparemment souvent chez les zoomorphes encore balbutiants. Ces reliefs initiatiques se doublent rapidement de la découverte d’un institut privé formateur, ayant pour objectif de réprimer les surhommes faisant mauvais usage de leurs pouvoirs. C’est là-bas, à Yamatomori, que Tokio et Ely vont chercher à acquérir leur certificat d’enregistrement et s’élever (au moins) au rang B, un statut leur assurant de pouvoir exploiter leurs facultés en cas d’urgence.

Toujours très inspiré sur le plan graphique, où les vignettes grandioses et référencées (Alien, les médecins de la peste…) se succèdent sans discontinuer, Sui Ishida n’oublie pas de caractériser ses jeunes protagonistes, ni de conférer une dimension sociale à son manga. Ainsi, tandis qu’on le questionne sur ses rêves, Tokio se montre incapable de prononcer le moindre mot. Il songe un instant à son ami Azuma, ne trouve rien de satisfaisant à dire et s’enferme alors dans un mutisme confondant, évocateur de ses impensés. Se pourrait-il que l’adolescent se soit à ce point subordonné à Azuma qu’il en ait oublié de se livrer aux introspections les plus banales ? Ely, elle, est plus directe : elle aspire à la richesse, mais non à des fins vénales, puisqu’elle aimerait avant tout venir en aide à son grand-père. Au cours de leurs pérégrinations, les deux comparses vont croiser la route de Shiozaki, un ancien lycéen joueur de baseball, contraint de raccrocher après avoir révélé au monde sa véritable nature de choujin – disqualifiante en l’état.

Ce dernier élève seul son frère et sa sœur. Il prend des libertés avec les règles et la bienséance pour y parvenir vaille que vaille. Ses super-pouvoirs l’ont paradoxalement diminué, en l’empêchant de se réaliser : celui qui s’échinait à percer dans le baseball pour échapper à son quotidien morose à Yamato n’a maintenant d’autre choix que de vivoter dans ses quartiers pauvres, marginalisés au sud de la province. Sui Ishida met ainsi en scène un personnage ambivalent, complexe, soucieux du bien-être de ses proches mais désillusionné par les épreuves endurées. Si ce second tome de Choujin X lui doit beaucoup, il se distingue aussi par la technique nouvellement éventée du « raise » et par la convocation de la criminelle Ririka et de son garde du corps à tentacules, sur lesquels on sait encore peu de choses. Le récit, en construction, laisse ainsi quelques belles promesses en suspens…

Choujin X (T.02), Sui Ishida
Glénat, novembre 2022, 276 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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