« Bizarre Adventure de Hirohiko Araki » aux éditions Delcourt

Célèbre mangaka japonais, auteur de JoJo’s Bizarre Adventure, Hirohiko Araki se voit mis à l’honneur par les éditions Delcourt, qui proposent dans leur collection « Tonkam » un très beau coffret intitulé Bizarre Adventure de Hirohiko Araki.

Que de chemin parcouru entre Magical B.T. (1983) et Under Execution Under Jailbreak (1995) ! Pointillisme raffiné, hachures maniées en clerc, expressions faciales portées à incandescence, détails à foison dans les arrière-plans, science du mouvement… Il est difficile de nier, à la lecture des quatre one-shots composant le coffret Bizarre Adventure, que le style de Hirohiko Araki s’est affiné et stabilisé avec le temps. Lui-même affirme d’ailleurs s’être longtemps cherché au moment de concevoir ses premiers récits. Inaugurant les séries du mangaka à avoir été publiées, Magical B.T. a bien failli être jetée aux oubliettes, en raison d’un positionnement peu vendeur (actions répréhensibles, personnages ambigus, prénom résumé à des initiales…). L’histoire d’un garçon surdoué et facétieux employant la ruse et la magie pour parvenir à ses fins, et entretenant une relation indéfectible avec son meilleur ami, s’avère pourtant passionnante, parfois touchante, et toujours divertissante. Hirohiko Araki expose ses deux jeunes protagonistes aux moqueries, romances, malveillances ou opportunismes. Exploitant les dons de B.T., ils finissent invariablement par se tirer d’affaire.

Second tome du coffret, déjà plus mature dans le dessin, Gorgeous Irene est dans un premier temps axé sur une tueuse professionnelle. Dans un Japon corrompu, où la pègre a pignon sur rue et écoule sa drogue jusque dans les écoles, Irene est engagée par un jeune homme pour venger la mort de son père. Elle affronte Lauper, une impitoyable cheffe de gang, en recourant à son maquillage de combat, qui agit sur elle comme un puissant révélateur. On retrouve la même Irene dans un second récit ayant cette fois lieu à New York. Elle y rencontre Michael, qui s’en fera le protecteur et lui dispensera des conseils utiles, tandis que des individus peu scrupuleux essaient d’abuser de sa naïveté. Orpheline, Irene fait l’objet d’une traque obstinée mais garde toujours un coup d’avance sur ses adversaires. Les liens qui unissent Michael et Irene, l’érection de New York en personnage à part entière, les scènes d’action rendent cette histoire particulièrement haletante. B.T. fait aussi son retour dans Gorgeous Irene, à l’occasion d’une enquête policière alambiquée, et Dis bonjour à Virginia rappelle, un peu à l’image d’Alien, sorti trois années plus tôt, que l’espace est tout indiqué pour porter le suspense, l’effroi et pousser les protagonistes dans leurs derniers retranchements.

Baoh voit le jour en 1984. Il constitue probablement le point d’orgue de ce coffret. Sur fond de conspiration militaire, l’organisation secrète Dress a fait du jeune Ikurô, orphelin, une puissante arme de guerre sur laquelle elle a testé un parasite cybernétique capable d’en renforcer la force et de le doter de pouvoirs surhumains (liquéfier les tissus organiques, soigner ses blessures, résister à toutes sortes d’attaques, etc.). Échappé d’un laboratoire secret en compagnie de Sumire, qui a des dons de prédiction, il va se lier d’amitié avec elle tout en affrontant tous ceux, nombreux, qui se dresseront sur leur route. Spectaculaire, somptueusement mis en images, Baoh comporte des scènes humoristiques (la jalousie d’un garçon envers Ikurô), sensibles (l’affection envers Sumire) et critiques (contre les institutions gouvernementales), en plus de déployer des séquences d’action trépidantes. Mêlant avant l’heure X-Files, Terminator et X-Men, le récit de Hirohiko Araki se distingue aussi par la course contre la montre qui le sous-tend : plus longtemps Ikurô est en liberté, mieux il apprend à apprivoiser ses forces, qui ne cessent d’ailleurs de se décupler.

Recueil de quatre histoires, Under Execution Under Jailbreak débute par l’excellent « Peine de mort et évasion ». Un homme condamné à la peine capitale découvre une cellule truffée de pièges mortels. Tandis que les murs s’effritent et qu’un passage se fait jour vers l’extérieur, il craint que cela ne soit qu’un énième leurre et vieillit, année après année, en maudissant ceux qui le maintiennent captif et en admirant la vue entrouverte vers la liberté. Partagé entre l’envie de prendre la tangente et la peur de se faire avoir une nouvelle fois, il se cantonne à un immobilisme qui finira par avoir sa peau. « Dolce » narre la manière dont des conditions extrêmes peuvent affecter un homme et le pousser aux pires abjections. « Le Confessionnal » est un modèle d’histoires emboîtées les unes dans les autres et comporte son lot de cruautés. « Deadman’s Questions » clôture en beauté un recueil très engageant, qui ne fait que confirmer l’excellente facture d’un coffret si pas indispensable, au moins très recommandable.

Bizarre Adventure de Hirohiko Araki, Hirohiko Araki
Delcourt/Tonkam, avril 2022, 1080 pages

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4.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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