Lorsque Jeff Parker convoque un Père Noël aux allures de chasseur nordique pour l’associer à Batman, on touche à la fable hivernale guerrière, où l’imaginaire des sagas scandinaves fond sur Gotham comme une tempête de givre. Silent Knight joue cette carte sans retenue, entre combat et traditions réinventées.
En plein hiver, Gotham apparaît comme une enclave glacée. Et bientôt secouée par des attaques brutales qui viennent rompre la trêve implicite des fêtes. Les Draug, silhouettes vampiriques échappées de légendes anciennes, frappent la plus innocente des cibles : des chanteurs de Noël, happés sans prévenir. Batman, Robin et Zatanna ne peuvent que constater les dégâts. Un invité inattendu s’apprête cependant à franchir le rideau de neige : un Père Noël massif, taillé dans le roc des mythes nordiques, dont la jovialité a laissé place à une détermination forgée par des siècles de guerres occultes.
Ce Santa-là n’est pas une anomalie : c’est un ancien mentor, un éclaireur qui aurait jadis initié Bruce Wayne à certains dangers que la science et la logique ne suffisent à appréhender. Cette légère (?) torsion biographique donne au personnage une légitimité nouvelle, et replace Batman au cœur d’un récit qui se veut, avant tout, une histoire de traditions anciennes.
L’intrigue se déplie ensuite comme une fresque hivernale. C’est presque trop attendu. Krampus, ancien compagnon de Santa, renégat façonné par les mêmes légendes nordiques, entend libérer des créatures millénaires pour transformer Noël en un carnaval de monstres. Gotham n’est ainsi que le premier front d’un conflit qui bifurque rapidement vers les terres mythiques du Groenland, dans la vallée secrète où Santa veille depuis des siècles sur ce qui ne doit jamais être réveillé.
La légende déborde du cadre super-héroïque. La Justice League est appelée comme un dernier rempart. Mais Batman, Santa et Krampus demeurent le véritable cœur pulsant d’un récit aussi spectaculaire que cousu de fil blanc – une fois passé la surprise originelle. En témoigne l’empoisonnement magique de Superman, possédé par Krampus. Combien de fois a-t-on déjà vu cette séquence et ses succédanés ?
Reste la singularité de voir reliés les récits de Noël à leurs racines les plus anciennes, parfois oubliées. Ce Santa guerrier, rude mais protecteur, convoque dans son sillage une mythologie loin d’être inintéressante. On peut jubiler de voir le folklore scandinave s’inviter dans l’univers DC, mais l’intrigue, elle, avance sur des rails familiers : combats, escalade, libération de monstres, résolution spectaculaire. Bref, un conte de fêtes musclé, généreux, mais qui manque quelque peu de relief narratologique.
Batman – Santa Claus : Silent Knight, Jeff Parker, Trevor Hairsine et Michèle Bandini
Urban Comics, 21 novembre 2025, 112 pages





