« Axolot » : incroyable, mais vrai

Série initiée en 2014, Axolot se revendique comme une « bible du bizarre ». Son cinquième tome, présenté par Patrick Baud, ne déroge pas à la règle avec une anthologie illustrée par onze auteurs aux caractéristiques graphiques fondamentalement divergentes.

Cantonnés au texte, les « Cabinets de curiosités » de Patrick Baud surprennent déjà. Et témoignent du parti pris d’Axolot : exhumer tous ces événements, toutes ces trajectoires, tous ces faits au cours desquels réalité et improbabilité se sont intimement enchevêtrées. On en retiendra deux en guise d’illustrations : doublement oscarisé pour Le Parrain et sa suite, le scénariste et écrivain Mario Puzo fut touché par le syndrome de l’imposteur, ce qui le poussa à se documenter plus avant dans des ouvrages de référence, lesquels érigeaient en modèles à suivre… ses propres scénarios ; récemment, aux Pays-Bas, le conducteur d’un métro ayant déraillé fut sauvé grâce à la queue de baleine d’une installation artistique intitulée… « Sauvé par la queue de baleine » !

Tout Axolot est là : des histoires extraordinaires mais réelles, des moments où réalité et fiction ont décidé de s’apparier. C’est une œuvre musicale destinée à être jouée sur des siècles (« Aussi lentement que possible », Erwann Surcouf), un homme survivant à un tir en pleine tête et duquel s’extrait occasionnellement du plomb (« Une balle dans la tête », Héloïse Chochois) ou encore deux frères repliés chez eux, devenus paranoïaques, ne s’exposant plus au monde extérieur et accumulant finalement 120 tonnes d’objets dans leur logement, ce qui les poussera à leur perte (« L’étrange destin des frères Collyer », Weldohnson). Si la dimension graphique de l’album varie beaucoup en fonction des illustrateurs, un invariant sert de colonne vertébrale à Axolot : la singularité des histoires contées, leur caractère insolite, leur capacité d’ébahissement permanent.

« La Chaise de Busby », de Boulet, narre la légende entourant une chaise maudite exposée au musée de Thirsk. « Le culte du Dieu Coco », de Geoffroy Monde, s’intéresse à August Engelhardt, gourou adorateur du Soleil prônant une alimentation exclusivement à base de noix de coco. « La dernière sorcière » et « La Mère des lapins », respectivement signés par Elizabeth Holleville et Yannick Grossetête, racontent les mystifications d’une médium aux faux ectoplasmes et d’une servante illettrée se jouant des plus brillants médecins d’Angleterre en simulant l’accouchement… d’animaux. « Le Pari de Fitzpatrick », d’Héloïse Chochois, se penche sur un homme qui, par deux fois, a remporté un pari en étant alcoolisé, ce dernier impliquant le vol et le pilotage d’un avion !

Matthias Buchinger, William McGovern et Marie Marvingt se voient également mis à l’honneur. Le premier, atteint de nanisme et de phocomélie, avait beau avoir les membres atrophiés, il s’illustra en tant que musicien, inventeur, illustrateur ou encore calligraphe, jusqu’à être surnommé « le plus grand Allemand vivant ». L’expression « botte de Buchinger », qui désigne le vagin, s’explique par ses nombreuses conquêtes féminines. Le second, qualifié de « véritable Indiana Jones », parlait douze langues, fut aventurier, conférencier, conseiller militaire, reporter, docteur en théologie et philosophie, professeur ou encore moine bouddhiste, et visita le Japon, le Mexique, la cité des Incas, le Tibet ou encore la jungle amazonienne. La dernière ployait sous les décorations, était surnommée « la fiancée du danger » et s’est distinguée dans le sport, l’aviation, l’aéronautique ou encore l’alpinisme. Autant de destins qui s’inscrivent pleinement dans l’esprit d’Axolot, dont ce cinquième tome ne rate pas le coche : surprendre et distraire, encore et toujours.

Axolot (tome 5), ouvrage collectif présenté par Patrick Baud
Delcourt, novembre 2021, 128 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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