Deux ans après Alva dans la nuit, belle surprise venue de Scandinavie, Aksel Studsgarth et Daniel Hansen élargissent leur univers avec Alva : Odyssée. Le résultat ? Un second tome encore plus ample, plus mouvementé, où la fantaisie se mêle à l’horreur, l’humour au désenchantement, et où l’aventure prend des allures de road movie mythologique.
On retrouve Alva et son comparse Mini réfugiés quelque part dans le désert du Moyen-Orient, dans une maison climatisée où ils espèrent se perdre entre junk food et séries en streaming. Mais la quiétude est de courte durée : leur voisin, sorcier apiculteur, est assassiné et un artefact surpuissant – la Fleur de Lazare, capable de ramener les morts à la vie – disparaît entre les mains d’une milliardaire aussi extravagante que méphistophélique, Madame Zobel. Dès lors, impossible pour le duo de rester en retrait : les voilà contraints de reprendre la route, direction le Danemark, pour contrecarrer une vengeance aux proportions démesurées.
Ce nouveau chapitre porte bien son titre : la route d’Alva et Mini est jalonnée de périls et d’épreuves qui confinent à l’épopée. Attaques de djinns, bombardements, trafiquants de migrants prêts à tout, truands embusqués… jusqu’à cette vision hallucinante d’une armée de morts-vivants prêts à en découdre… Et l’âne Hafir, marqué du sceau du malin, qui s’entête à montrer la voie.
Une succession d’épisodes haletants et un récit qui avance tambour battant.
Si Alva : Odyssée impressionne par son énergie, il ne se réduit pas à une cavalcade fantastique. Les auteurs glissent en filigrane des réflexions sur les injustices sociales, la condition des migrants, la marchandisation de tout (jusqu’au sacré) ou encore l’arrogance consumériste des sociétés occidentales. L’artefact magique et les forces occultes deviennent ainsi les révélateurs d’un monde malade, où mythes et réalités s’entrechoquent. Studsgarth conserve par ailleurs sa propre identité : sombre, ironique, incisive.
Le dessin de Daniel Hansen prolonge et accentue ce ton. Son noir et blanc charbonneux privilégie les masses, les atmosphères, le mouvement, plutôt que le détail figé. Les planches regorgent d’aplats profonds et de contours esquissés qui parviennent pourtant à rester d’une lisibilité exemplaire. Certaines séquences (assauts, naufrages, visions) rivalisent de puissance sans perdre la singularité d’une griffe d’auteur.
Bien sûr, il faut accepter d’entrer dans l’univers : les premières pages désorientent, mais rapidement l’odyssée s’installe et emporte tout. Action et fantastique, humour noir et critique sociale, intimisme et spectaculaire : tout s’entremêle dans ce volume généreux et foisonnant. On recommande.
Alva : Odyssée, Aksel Studsgarth et Daniel Hansen
Glénat, juillet 2025, 320 pages





