Ce second tome d’Agent 9 poursuit son travail de détournement : recycler les grands codes du récit d’espionnage pour les offrir, malicieusement désossés, à un jeune lectorat, sans jamais sacrifier ni l’intelligence, ni le plaisir de lecture.
Tout est là : le jargon des agents secrets, les QG dissimulés, les gadgets improbables et les plans démesurés pour contrôler le monde. Mais ici, James Burks joue avec ces codes comme un musicien de jazz avec un standard : il les connaît, les respecte, mais les fait légèrement dérailler pour mieux en révéler la mécanique comique.
L’Agent 9, fraîchement réintégré au S4, rêve toujours de reconnaissance officielle – et, pourquoi pas ?, du titre d’agent secret du mois. Mais cette ambition un brin narcissique se heurte rapidement à une mission autrement plus sérieuse : contrecarrer les plans d’un ancien agent passé du mauvais côté, décidé à prendre le contrôle des esprits grâce à une machine de manipulation mentale. Le récit n’en perd aucunement sa légèreté de ton.
La grande trouvaille de ce tome réside dans l’introduction d’une alliée inattendue : une petite souris, maladroite au premier abord, presque contre-productive. Sa rencontre avec l’agent 9 provoque l’échec initial de la mission, mais l’on comprend rapidement que quelque chose de plus profond se trame. Car ce duo improbable (le héros sûr de lui et la recrue minuscule, presque dérangeante) va apprendre, sur la durée, à fonctionner ensemble. L’espionnage se fait alors terrain d’apprentissage mutuel. Une amitié de longue date est peut-être en marche.
Cette thématique de l’entraide trouve son point d’orgue dans un final résolument collectif. Face à la menace ultime, ce n’est pas un héros solitaire qui sauve le monde, mais un véritable travail d’équipe. Le message est clair, mais jamais appuyé : la solidarité constitue une solution face à l’adversité.
Graphiquement, le style de James Burks se caractérise par un trait rond, expressif, d’une lisibilité exemplaire. Les décors structurent l’action avec une grande clarté, tandis que le découpage privilégie le mouvement et la fluidité. L’humour, omniprésent, fonctionne à plusieurs niveaux. Il y a le gag visuel immédiat, le jeu sur les postures héroïques parfois boursouflées, mais aussi un second degré savoureux : voir les méchants affirmer que leur QG est parfaitement secret et qu’il est donc peu probable que ce soit un livreur de pizza qui se présente à leur porte relève ainsi d’une mécanique de l’absurde parfaitement calibrée.
Avec ce deuxième tome, Agent 9 confirme qu’il ne s’agit pas simplement d’une aventure d’espionnage pour jeunes lecteurs, mais d’un récit généreux, rythmé et bien écrit, capable de faire rire tout en glissant, l’air de rien, une réflexion sur la coopération et la confiance.
Agent 9 (T02), James Burks
Aventuriers d’ailleurs, 7 janvier 2026, 192 pages




