Fast and Furious 8, un film de F. Gary Gray : Critique

Non content d’avoir imposé la vulgarité comme mètre-étalon du blockbuster moderne, Vin Diesel persiste et signe dans le divertissement décérébré pour livrer Fast and Furious 8, le 8ème volet de ses loustics camés à l’essence. Ceci dit, point de barons du crime à saper cette fois, mais une cyber-terroriste bien décidée à provoquer la Troisième Guerre Mondiale. Bref, autant dire une intrigue à la Mission Impossible, qui coupée à une massive dose d’impertinence font de ce film, l’opus le plus clivant de la saga, tiraillé entre bêtise (ultra) crasse et plaisir (très peu) régressif.

Cela semblait inévitable quand on y pense. Après avoir fait de Dubai, le lieu d’une de leur énième cascade mongoloïde et fait ses adieux à Paul Walker (ce qui n’aura pas manqué de faire pleurer dans les chaumières), le 7ème opus de la franchise avait tout des airs de fin. La voir donc revenir semblait à bien des égards, curieux. Et autant dire que passé le postulat de voir Diesel être passé du coté obscur, la curiosité a laissé place à bien pire : la déception…

fast-furious-8-vin-diesel-est-mechantUn monument de beauferie…

Car oui, ne tournons pas autour du pot plus longtemps : ce FF8 est une franche déception. Non pas que ses prédécesseurs aient tous demeurés des modèles de cinéma, mais ils avaient au moins le mérite de pouvoir compter sur une exécution solide et par dessus tout, une âme. Celle-ci évaporée à l’issue du final lacrymal du 7ème, on se demandait bien comment le patriarche Dom allait pouvoir ruser son monde et justifier la légitimité de cette nouvelle aventure. Sans surprise, il n’y arrive pas. La faute à plein d’éléments mais surtout un, souvent moqué dès lors qu’on cause F&F : le scénario. Incohérent et virant dans l’infâme soap-opera, (et encore on est gentils puisque les télénovelas semblent plus approprié ici), l’histoire plonge dans le paradoxe tellement elle se veut sérieuse quand sa résolution ne l’est pas. fast-furious-8-Dwayne-JohnsonEntre un Dwayne Johnson devenu par la force des choses un bisounours tout juste bon à faire du lancer de torpilles et donner de gnons, un Vin Diesel aussi charismatique qu’une armoire Ikea et une ribambelle de personnages tous plus indigents les uns que les autres, c’est à se demander comment on a su s’attacher à toutes ces faces de gaufres. La palme revenant ainsi à Jason Statham, pourtant ici méchant qui parvient à s’arroger les meilleurs moments et punchlines du film, et le tout sans forcer. Ce qui fatalement amène la question que de se demander pourquoi la franchise, rompue à ces numéros d’équilibriste en est tombée au point de sacraliser et rendre plus charismatique, un méchant ? Le film n’aura pas le temps d’y répondre, sans doute trop occupé à se foutre de son spectateur. Et pour cause, car cette 8ème cuvée surfe sur une intrigue tellement paradoxale qu’elle n’hésite jamais à sacrifier ce sur quoi elle a bâti sa renommée : les caisses. C’est bien simple : sur 2h20 de métrage, on verra plus souvent le crew se pavaner dans des bureaux high-techs, des avions, ou même des prisons que derrière un volant. Et, si sur la forme, ça n’a l’air de rien, sur le papier, ça défriche tout un pan de la « mythologie » (bon sang, on écrit vraiment ce mot là, quel drame!) de la team à Baboulinet et consorts. Fini en effet ces jeunes paumés qui font péter la nitro dans leurs engins et place aux similis agents secrets, rompus à empêcher une Troisième Guerre Mondiale tout ça pour pouvoir scander en choeur à la fin : Viva la famille. C’est gros. C’est trop gros. Mais…

Un défouloir 100% azimuté

… On aurait tort de cracher sur cette franchise, car il faut bien avouer que dans le vivier des méga-productions US, Fast and Furious fait plus que jamais office d’anguille. Tour à tour remake de Point Break, défouloir motorisé, heist-movie et finalement ersatz de Mission Impossible fast-furious-8-course-poursuitecoupé à la nitro, la franchise à Vin Diesel a fait crisser pas mal de dents (et de pneus) en course. Quitte à envoyer bouler le tout dans le mur de la bienséance ou de la logique pure. Et c’est bien pour ça, cette adaptabilité, que le chaland y a trouvé son compte depuis toutes ces années. En ce sens, difficile donc de faire la fine bouche devant cet opus, tant il prend un malin plaisir à condenser tous les poncifs de la saga, en l’occurrence mêler intrigue d’un Mission Impossible dans le carcan d’une famille ultra dys-fonctionnelle.. Et rien que pour ça, on en profite. Charlize Theron en méchante qui surnage, Statham qui fait office de caution cartoonesque de l’ensemble et Dwayne Johnson toujours là pour montrer les poings, bref, on assiste à un festival de mauvais gout ininterrompu. Mais, grâce du cinéma oblige, cet amas de beauferie se transforme alors en une sucrerie pop, infusée à la connerie, jamais absente dès lors qu’il est question de faire monter l’adrénaline. Résultat, on se prend au jeu de se passionner devant les aventures délirantes de Baboulinet qui passe du coté obscur, et se met en tête d’échapper à un sous-marin sur la banquise ; ou de survivre à une apocalypse de voitures zombies en plein New York. Bref, c’est gros là encore, c’est énorme mais force est de constater que ça fait du bien.

Avec Fast and Furious, tout est question de jugé et cet opus n’est pas différent en somme. Si les cavalcades glacées de Baboulinet vous font esquisser un sourire, nul doute que cet opus parviendra à vous satisfaire. De l’autre coté, si vous avez du mal à dégager du charisme de cette armoire Ikea monolithique qu’on appelle Vin Diesel, peut-être êtes vous trop vieux pour ces conneries.

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Fast and Furious 8 : Bande-Annonce

Synopsis : Quand une mystérieuse femme entraîne Dom dans le monde de la criminalité, ce dernier ne pourra éviter de trahir ses proches qui vont faire face à des épreuves qu’ils n’avaient jamais rencontrées jusqu’alors. Des rivages de Cuba aux rues de New York en passant par les plaines gelées de la mer arctique de Barrents, notre équipe va sillonner le globe pour tenter d’empêcher une anarchiste de déchaîner un chaos mondial et de ramener à la maison l’homme qui a fait d’eux une famille.

Fast and Furious 8 : Fiche Technique

Titre original : The Fate of the Furious
Réalisation : F. Gary Gray
Scénario : Chris Morgan, d’après les personnages créés par Gary Scott Thompson
Interprétation : Vin Diesel (Dominic Toretto), Dwayne Johnson (Luke Hobbs), Jason Statham (Deckard Shaw), Michelle Rodríguez (Leticia Ortiz), Tyrese Gibson (Roman Pearce), Ludacris (Tej Parker), Nathalie Emmanuel (Ramsey), Kurt Russell (Frank Petty), Scott Eastwood (Eric Reisner), Charlize Theron (Cypher), Helen Mirren (Magdalene Shaw)…
Photographie : Stephen F. Windon
Direction artistique : Desma Murphy
Décors : Bill Brzeski
Montage : Paul Rubell et Christian Wagner
Musique : Brian Tyler
Production : Vin Diesel, Michael Fottrell, Neal H. Moritz
Coproducteur : Cliff Lanning
Producteur délégué : Chris Morgan
Sociétés de production : One Race Films et Original Film
Société de distribution : Universal Pictures
Budget : 230 000 000 $
Durée : 136 minutes
Genre : action
Dates de sortie : 12 avril 2017

États-Unis – 2017

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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