Jeune & jolie de François Ozon

Jeune & jolie : Ode à la jeunesse, fable poétique en quatre saisons

Isabelle (Marine Vatch), 17 ans, est une jeune adolescente, jolie, intelligente, et d’un milieu aisé. Au cours  de vacances estivales dans le midi, elle perd sa virginité. De retour à Paris, elle s’adonne librement à la prostitution sur internet et dans les grands hôtels, par simple plaisir. Les folies clandestines d’Isabelle finissent par être révélées et sa famille, résolue à ramener la lycéenne à la raison… Interdit aux moins de 12 ans.

Présenté en compétition à Cannes 2013, Jeune & Jolie est le 14ème long métrage de François Ozon Dans la Maison (2012), aborde un de ses thème de prédilection : les errances de l’adolescence, ici en quatre saisons et 4 chansons. Malgré le scandale provoqué, Jeune & Jolie va bien plus loin que l’idée de prostitution : ce sont toutes les thématiques de la séduction, du jeu, des valeurs sociétales, de l’entrée dans la vie adulte, du rapport au corps et à l’altérité, qui sont abordées ici avec élégance et distance par un réalisateur accompli. Dans le cocktail de ce beau film, l’amoralité est en effet un ingrédient parmi d’autres, il y a aussi et surtout de la tendresse, de l’humour, de l’ingénuité et de l’innocence.

Véritable diamant brut, Marine Vatch magnétise l’écran par sa beauté froide et triste. Elle campe une Isabelle aussi belle qu’insaisissable, aussi lumineuse que Ludivine Sagnier dans Gouttes d’eau sur pierres brûlantes (1999), sublimée par une mise en scène discrète et distanciée, d’un réalisme assumé. L’érotisme que dégage l’actrice se concocte parfaitement avec une certaine pudeur qui la rend infiniment touchante : « Ce n’est pas moi qui suis dangereuse » 

En effet, jamais on ne songe à vouloir réprimander son personnage dont on suit pourtant le curieux trajet. Ozon dont on connaît le goût de la provocation, parvient ici avec intelligence et une certaine finesse à éviter l’écueil d’une explication psychologisante rébarbative, et ne tombe jamais ni dans le vulgaire, ni dans le voyeurisme. Aucune volonté de juger ni de disperser une quelconque morale. Ici tout est dans la poésie, le regard, les plans très courts et serrés sur Isabelle. Ozon joue comme souvent avec les codes de la narration classique et les références cinématographiques notamment Belle de jour de Luis Bunuel (1967).jeuneetjolie-CSM-poster1

Jeune &Jolie est saisissant, justement parce que le mystère est suspendu : quelles sont les motivations d’Isabelle, le fantasme ? L’interdit ? Le danger ? Ici, tout est affaire de sensualité et de suggestion et les questions en tout genre hanteront longtemps après l’esprit du spectateur, scotché par cette troublante initiation des sens et du corps qui s’achève par une scène épilogue avec Charlotte Rampling d’une puissance émotionnelle impressionnante, comme un miroir vieillesse/jeunesse, un relai d’une rare sensibilité.

Le reste du casting est attachant et frappe par son authenticité : la complicité d’Isabelle avec son frère Victor campé par Fantin Ravat est intéressante : un frère fan de sa PlayStation mais aussi solidaire des nouveaux émois que connaît sa sœur. Frédéric Pierrot joue le rôle du beau père, maladroit mais désolé de constater que sa fille n’est pas que jolie ; un beau-père aux attitudes parfois plus qu’ambigües.

Géraldine Pailhas joue avec enthousiasme le rôle d’une mère dépassée par les événements, indignée par le comportement de sa fille, qui sera surprise par Isabelle dans une attitude équivoque avec un ami de la famille. Les chansons mélancoliques de Françoise Hardy, dont « Je suis moi » au dénouement du film, apportent une note de gaité et d’insouciance qui allègent un peu le sujet.

Jeune & Jolie déroute et dérange longtemps. François Ozon livre un portrait d’adolescente parmi les plus beaux et ambigus que le cinéma ait eu à proposer. Grâce à un traitement élégant, profond, et tout en finesse, une réalisation envoûtante et poétique, aux couleurs extraordinaires, portée par une Marine Vacth brillante et charismatique, Jeune & Jolie est un film audacieux et contemplatif, juste et sensible, une ode à la jeunesse, au mystère féminin, une fable contemporaine sur l’envoutement des sens, à l’âge de l’insouciance. Rappelons-nous :  On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans » (Rimbaud).


François Ozon est un des plus grands réalisateurs français, aux sujets pourtant éclectiques. Depuis Sitcom, son premier long métrage, François Ozon n’est pas loin de tenir le rythme du film annuel. On peut observer chez lui deux types de réalisations : une veine délirante (Sitcom, 1998, Huit femmes, 2002, Potiche, 2010…) et une plus réaliste (Sous le sable, 2000, 5X2, 2004, Ricky par certains aspects, 2009…). Dix ans après Swimming Pool, 2003, Jeune et jolie fait clairement partie de cette seconde inspiration. Même si les sujets et les genres qu’il aborde sont très variés, Ozon aime revenir régulièrement sur des thèmes qui lui sont chers. La jeunesse en fait partie : Dans la maison (2012) lui permet un premier retour vers l’adolescence, côté garçon, une belle démonstration de son incroyable capacité à déjouer les codes du roman littéraire. Depuis François Truffaut, Ozon est probablement le réalisateur qui parvient le mieux à sublimer les femmes (Swimming Pool, Le refuge, 2010, ou encore Potiche).

Marine Vacth ressemble de beaucoup à Charlotte Rampling jeune : les mêmes yeux, ce même regard mélancolique…

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