Riverdale, une série développée par Roberto Aguirre-Sacasa : Critique du pilote

Sur des personnages d’un Comics qui date d’après-guerre, Riverdale, à mi-chemin entre True Blood, Twin Peaks, Dawson, Desperate Housewives et l’univers cinématographique de Twilight vs Nicolas Winding Refn, recycle une formule à succès.

Synopsis : Sous ses airs de petite ville tranquille, Riverdale cache en réalité de sombres secrets. Alors qu’une nouvelle année scolaire débute, le jeune Archie Andrews et ses amis Betty, Jughead, et Kevin voient leur quotidien bouleversé par la mort mystérieuse de Jason Blossom, un de leurs camarades de lycée. Alors que les secrets des uns et des autres menacent de remonter à la surface, et que la belle Veronica, fraîchement débarquée de New York, fait une arrivée remarquée en ville, plus rien ne sera jamais comme avant à Riverdale…

On ne peut ni reprocher le stéréotype et le message clairement vain et superficiel voire surréaliste, ni s’enthousiasmer face à une maîtrise visuelle et scénaristique qui a déjà fait ses preuves, car ce nouveau drame teenage à l’atmosphère lynchienne post-contemporaine, conscient de son actualité, est prêt à devenir un réel succès. Les personnages sont moulés et calibrés, sur un cahier des charges situé entre True Blood et Desperate Housewives, et pris dans des situations mélodramatiques rappelant le classique de Kevin Williamson qui a marqué la génération précédente (la Y, car l’adresse est à présent pour la Z, née entre 1995 et les années qui suivirent l’attentat du 11 septembre), Dawson par l’ambiguïté des sentiments amoureux pour deux amis hétérosexuels adolescents, sans oublier l’arrivée de la new-yorkaise au passé sulfureux prête à changer de vie et devenir gentille… Il faut un gay, cela semble toujours tendance et puis la cible est plus grande; des roux, peu importe si le shampoing colorant se voit; des neon demons calqués sur le groupe Fifth Harmony (qui, soyons d’accord, découle des Pussycats Dolls, qui elles-même tiennent des Destiny’s Child…), le tout servi par une photographie d’excellente facture sur un scénario de roman de gare moderne. Le créateur et showrunner Roberto Aguirre-Sacasa est très sensible à cette ambiance électrique, aux états d’âme twilightesques, puisqu’il a contribué à l’écriture sur Glee, l’adaptation de Carrie, Looking ou encore l’adaptation musicale d’American Psycho de Bret Easton Ellis. De plus, après avoir écrit de longues années pour Marvel Comics (The Fantastic Four, Nighcrawler, The Sensational Spider-Man), il devient directeur de la création d’Archie Comics après avoir imaginé en 2013 « Afterlife with Archie » dépeignant Riverdale ravagée par des zombies.

Un corps disparu dans une rivière, de riches familles, un héros trop parfait pour être crédible (musicien talentueux, la frontière avec Glee risque d’être poreuse / excellent joueur / ouvrier assidu / fils aimant et respectueux élevé par un père célibataire) et des secrets prêts à exploser tel du maïs soufflé. Les références ne rentrent pas dans le moule, à l’instar d’un La La Land qui reprend un maximum de classiques pour tenter de se les approprier. Mais on ne peut cependant tourner de l’œil ou cracher sur cette copie télévisuelle, car il est certain qu’un envoûtement agit sur notre plaisir de spectateur aguerri. D’autant plus, lorsqu’on comprend le lien avec la série d’animation, que seuls ceux qui suivaient assidûment tous les mercredis M6 Kid (encore cette « foutue génération Y ») peuvent connaître, Archie, mystères et compagnie. Riverdale est en effet une adaptation des Archie Comics, qui propose dès 1941, pour contrer les publications de super-héros qui perdent de leur lectorat après-guerre, les aventures d’un adolescent roux du nom d’Archibald Andrews qui finira par avoir son propre comic book en 1945. Quelques comics dans le même style, comme Sabrina, l’apprentie sorcière ou Josie et les Pussycats, sont aussi proposés. On connait le sort du premier au cours des années 90 et repris sur KD2A le matin sur France 2, moins le deuxième… Ainsi, on admet plus facilement l’américanisation des noms, l’univers teenage à excès, en aucun cas à considérer en exemple. Pire encore, on se laisse surprendre à apprécier grâce, principalement, à la réalisation et à la photographie qui proposent à elles-deux de véritables enjeux. Le public américain semble lucide, car seuls 1,37 millions de téléspectateurs étaient devant leurs postes à 21h. Heureusement que Netflix a flairé le succès et la propose en US+24.

Riverdale pose un paradoxe qui vacille entre ton ridiculement naïf et qualités cinématographiques indéniables. La génération Y ne croira plus à l’énième décor en carton pâte, dans ce lycée américain aseptisé, tant elle a eu affaire à des milliers d’exemples auparavant, mais pourra se laisser surprendre par le style certain néo(n)-vampirisant qui réunit tout ce qu’il peut réunir (univers musical, thriller, drame familial et sentimental, récit initiatique, policier, teen-movie). Les moins de 20 ans ne peuvent que se délecter de ce très joli produit superficiel, bon enfant toujours, qui redorera à coup sûr le blason de la CW. 

Riverdale : Bande Annonce

Riverdale : Fiche Technique

Créateur : Roberto Aguirre-Sacasa (d’après les personnages Archie Comics créés par John L. Goldwater, écrit par Vic Bloom et dessinés par Bob Montana)
Réalisation : Lee Toland Krieger
Scénario : Roberto Aguirre-Sacasa
Interprétation : K.J. Apa (Archie Andrews),  Lili Reinhart (Betty Cooper), Camila Mendes (Veronica Lodge), Cole Sprouse (Jughead Jones), Marisol Nichols (Hermione Lodge), Madelaine Petsch (Cheryl Blossom), Ashleigh Murray (Josie McCoy), Mädchen Amick (Alice Cooper, Luke Perry (Fred Andrews)…
Direction artistique : Simone Gore
Image : Stephen Jackson, David Lanzenberg
Musique : Blake Neely
Production : Roberto Aguirre-Sacasa, Greg Berlanti, Jon Goldwater, Sarah Schechter
Sociétés de production : Berlanti Productions, Archie Comics Publications, CBS Television Studios, Warner Bros. Television
Genre : Crime, Teen Drama, Thriller
Format : 13 x 42 minutes
Chaine d’origine : the CW
Diffusion aux USA : 26 Janvier 2017 – en US+24 sur Netflix

Etats-Unis – 2017

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Mata : Mata Hantée

Avec "Mata", Rachel Lang (Mon légionnaire) plonge son héroïne dans les brumes de la DGSE, entre désert nigérien et labyrinthes déshumanisés. Eye Haïdara y incarne une espionne déchirée, animée par une quête de vérité aussi pure qu'impossible. Un film magnétique et troublant.

Cosmos : la splendeur modeste d’une rencontre

Dans Cosmos, Germinal Roaux filme la rencontre bouleversante entre un paysan maya et une intellectuelle en fin de vie. Une œuvre lente, poétique et sensorielle, où la nature, la mort et la transmission composent une intense expérience de cinéma.

Le Virtuose : accord majeur, impact mineur

Entre thriller de casse et drame intime, "Le Virtuose" joue sur plusieurs cordes à la fois, mais pas avec la même justesse. Daniel Roher signe une première fiction habitée par de vraies intentions, portée par un Leo Woodall magnétique, mais qui manque parfois de profondeur dans sa partition. Un film qu'on suit sans déplaisir, sans être mémorable pour autant.

Tout va super : Voir Habib et mourir

Drôle, subtil et bouleversant, Tout va super mêle comédie romantique et réflexion sur la fin de vie. Porté par une distribution éclatante (Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb, Camille Chamoux, Rudy Milstein), le nouveau film de Patrick Cassir a des airs de Blier en plus suave.

The Mandalorian and Grogu, ou la saga Star Wars à bout de Force ?

Après sept ans d’absence au cinéma, The Mandalorian and Grogu ramène enfin Star Wars sur grand écran. Jon Favreau livre une aventure accessible, efficace et parfois franchement plaisante, mais dont le manque d’enjeu, d’ambition visuelle et de souffle cinématographique finit par réduire le retour de la saga à un simple téléfilm de luxe.
Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

Plus qu'une fiction sur la vengeance, "L'Affaire Laura Stern" est une immersion sensorielle dans le "cri du silence" des victimes de violences et d'emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.

Les Saisons : L’amour, le rythme et les saisons

"Les Saisons", la série écrite et réalisée par Nicolas Maury, s’éloigne des éclats et des récits sociaux pour épouser le souffle intime d’un trio amoureux. Entre mélancolie poétique et naturalisme doux, elle tente moins de raconter que de saisir le frémissement des sentiments, au rythme d’une lumière vendéenne et d’un temps qui tangue. Une œuvre sensible, qui crée son public en osant la lenteur et la langueur.