True Detective Saison 2, Série de Nic Pizzolatto : Critique

Fort du succès quasiment unanime de la première saison de True Detective, aussi bien sur les critiques élogieuses et les très bonnes audiences, il était clair que HBO et Nic Pizzolatto n’allaient pas en rester là. Étant une anthologie, il fallait prendre avec cette deuxième saison un nouveau départ.

Avec un nouveau casting, une nouvelle intrigue et de nouvelles ambitions. Pour autant l’ensemble reste une série donc elle se devait aussi de garder une cohérence avec la saison 1 sans pour autant en être dans la redite. En offrant donc une nouvelle atmosphère tout en gardant le sel de l’ancienne. C’est d’ailleurs le principal problème des anthologies, l’inégalité entre les histoires et les saisons car parfois les attentes sont trop élevées. Ce qui généralement engendre la déception face à un public exigeant qui cherche le frisson de la première histoire tout en étant fasse à quelque chose de nouveau.

Il est donc très vite clair que l’errance et les défauts de cette saison, car il y en a beaucoup, ne sont pas les seules raisons de son échec critique. Mais le public, éternel insatisfait, est aussi en grande partie responsable car il était évident que cette saison ne serait pas aussi fascinante et maîtrisée que la première. Il fallait s’y attendre et être préparé pour pleinement profiter des belles pépites que Pizzolatto nous a encore offert même si celles-ci sont moins évidentes au premier coup d’œil. Tout le monde l’attendait au tournant en raison de son succès et rares sont ceux à avoir offert une chance à cette saison. Il faut dire que narrativement celle-ci possède de nombreux problèmes. Elle met beaucoup de temps à se lancer, le premier épisode étant assez bancal dans l’introduction de son univers ainsi que dans l’exposition de ses personnages. Dans la première saison, en 15 minutes, tout était dit, on était happé dans un univers fascinant qui n’allait plus nous lâcher. A présent, il faut attendre toute la première heure avant que l’intrigue ne commence vraiment, l’introduction n’étant qu’une présentation caricaturale des personnages, de leurs démons et de leurs histoires.

Ensuite, ça s’améliore drastiquement avec un second épisode qui semble prendre des décisions couillues, même si cela est immédiatement déconstruit dans un troisième épisode qui reprend le chemin peu intéressant du classicisme. Le problème étant que Pizzolatto suit le cheminement de la première saison, il reprend les mêmes codes, ceux que les gens attendaient tombant parfois dans la facilité comme avec l’explosion finale de l’épisode 4 pour nous renvoyer à celle de l’épisode 4 de la saison précédente. Sauf que la scène à bien du mal à se justifier sur le plan narratif, faisant office de diversion et semblant au final très gratuite. Comme pour l’histoire précédente, l’épisode 5 joue la carte de l’ellipse évitant toute notion de développement psychologique ainsi que les traumatismes qui auraient pu en découler. Puis, arrive la carte de la facilité au sein de cet épisode répétitif et lourd qui plonge régulièrement dans la prévisibilité. Celui-ci est de loin le moins bon de la saison. Les trois derniers sont bien plus aboutis, même si l’épisode 6 possède quelques problèmes liés au passif d’un des personnages. Néanmoins l’intrigue autour du meurtre et de la conspiration décolle vraiment après avoir été qu’une diversion pendant la majeure partie de la saison. D’ailleurs ça n’a jamais été le fort de T.D., l’intrigue était toujours au second plan, au profit des personnages et ici on ne déroge pas à la règle. La finalité de celle-ci et sa résolution se révélant assez simple et attendue, surtout si on est familiarisé avec les écrits de James Ellroy, dont s’inspire le showrunner.

L’intérêt viendra des personnages, mais ceux-ci, étant plus nombreux que dans la première saison, sont inégalement traités. Seuls deux sortiront vraiment du lot à savoir Ray Velcoro (Colin Farrell) et Frank Semyon (Vince Vaughn) qui arrivent à sortir de leurs stéréotypes pour avoir une profondeur plus intéressante, même s’ils sont tous deux obsédés par des histoires familiales qui tournent très vite en rond et peine à captiver. Tandis que Paul Woodrugh (Taylor Kitsch) et Ani Bezzerrides (Rachel McAdams) mettent énormément de temps à devenir pertinents et sont très caricaturaux. Lui n’étant que brillant dans l’action, ses démons étant peu intéressants et mal gérés surtout sur la fin. Tandis que pour elle son histoire se révèle être anecdotique même si elle prend sens dans l’aspect symbolique de la saison. Les personnages sont donc moins attachants que ceux de la première saison étant moins charismatiques pour la plupart mais aussi construit avec beaucoup de défauts d’écritures. Ils ne seront pas aidés par les dialogues parfois bien trop sur-écrits tombant parfois dans le ridicule et l’auto-parodie involontaire. C’est un autre défaut de cette histoire, celui de se prendre trop au sérieux en ne disposant pas de petites touches d’humours comme on avait pu en voir en saison 1. En dépit de leurs défauts, tout les personnages sont campés par d’excellents acteurs, même si Rachel McAdams manque parfois de substance au début et que Taylor Kitsch est sous exploité malgré le fait qu’il se révèle très intense. Par contre Vince Vaughn crée la surprise dans un rôle sérieux et complexe, il se montre impérial et très juste dans chaque aspects de son personnage, tandis que la saison est dominée par un excellent Colin Farrell qui se montre généralement brillant dans ce rôle de looser magnifique et dépressif. Les autres acteurs ne sont pas en reste et offrent de très bonnes prestations avec, en tête, la solaire Kelly Reilly.

Mais tout compte fait, en plus des erreurs d’écritures, le plus dérangeant dans cette saison est sa mise en scène. Voulant prendre plusieurs réalisateurs pour une même saison, il manque la patte artistique d’un cinéaste pour venir contrebalancer le style parfois excessif de Pizzolatto. Dans la saison 1, il y avait un juste milieu entre les délires narratifs et la virtuosité de la mise en scène. Cary Joji Fukunaga avait réussi à apporter son propre style en créant une atmosphère unique, palpable et passionnante. Pour cette nouvelle enquête, avoir William Friedkin aux commandes aurait été idéal. Son style nihiliste et viscéral se serait marié à merveille avec la série, car ici la réalisation se montre au mieux, peu inspirée et au pire totalement insignifiante voire ratée. Justin Lin, qui s’occupe des 2 premiers épisode, montre une nouvelle facette de son travail, prouvant qu’il peut être un metteur en scène posé. Mais il brille surtout par son manque d’idées et offre un travail générique, malgré une très belle photographie, qui sera le point fort du show sur ce point. Après certains réalisateurs arrivent à tirer de très bonnes choses du script , Janus Metz arrive à créer quelques images fortes, très lynchienne dans l’épisode 3, la fusillade de l’épisode 4 est plutôt bien troussée même si relativement classique tandis que le montage final de l’épisode 7 se montre bien pensé et fait tomber l’histoire dans une allégorie justifiée et une poésie macabre. Sinon, l’épisode 8 possède de très beaux moments, notamment dans les derniers instants où la saison très urbaine cède le terrain à la nature qui reprend ses droits. Cela offre une très belle symbolique et apporte un certain sens à la saison. D’ailleurs, celle-ci à une certaine tendance à répéter certains lieux et certaines scènes, même si cela peut devenir agaçant, c’est plutôt astucieux dans ce que Pizzolatto veut nous raconter. Et bien évidemment la saison possède aussi des plages musicales enivrantes et diablement bien employées, surtout les scènes avec la chanteuse Lera Lynn dans le bar.

Avant de conclure et de poser un bilan, il est important de se pencher sur ce que le créateur voulait vraiment accomplir ici. Ce sera donc une zone spoilers que vous devrez passer si vous n’avez pas vu la série. Que raconte donc cette deuxième saison de True Detective ? Et bien c’est tout simplement une mise en application des théories de Rust Cohle de la première saison. Le temps qui forme une boucle infinie et qui se répète, d’où la répétition des mêmes scènes encore et encore, que ce soient les scènes dans le bar ou les scènes intimes des personnages qui jouent toujours sur le même sujet et les mêmes dialogues. Pour Ray, la garde de son fils et pour Frank, les problèmes avec sa femme de concevoir. Ces freins s’étendent encore au-delà. Il en va ainsi également pour les problèmes d’Ani avec sa sexualité débridée ou encore l’homosexualité refoulée de Paul. Parfois, on à l’impression que certaines scènes se ressemblent mais c’est entièrement voulu. On retrouve le discours sur la futilité de Rust, les personnages étant bloqués dans un rêve, vivant sans arrêt les mêmes événements. Leurs destins sont scellés d’avance. Ceci est bien souligné par le rêve prémonitoire de Ray au début de l’épisode 3. Au final, c’est une histoire sur « être une personne », comme disait Rust, au sein d’un monde à la dérive, corrompu et donc dérisoire. L’errance prend ainsi une part capitale. Le bar prend d’ailleurs la forme d’un purgatoire, des limbes et la saison est très empreinte de la mythologie grec. Comme pour la saison 1 qui était l’Odyssée de Rust Cohle, ici on est face à une tragédie avec la représentation allégorique des cercles de l’enfer, présente dans la Divine Comédie de Dante. Cette histoire est donc avant tout mythologique, comme pour la saison 1 c’est la plus vieille des histoires, le bien contre le mal. Comme le précise un des personnages, il s’agit du monde que l’on mérite, et certains ici ne le méritaient pas. Non pas parce qu’ils sont mauvais mais parce qu’ils aspirent à mieux. En cela, certains personnages accepteront leurs conditions, leurs natures et ainsi trouveront une place dans ce monde, comme pour Bezzerides qui continue son errance, qui au final disparaît dans la foule, anonyme, avec son enfant continuant à jouer cette triste comédie alors que les personnages masculins ont succombé à toute cette histoire, car ils refusaient leurs natures et voulaient plus, en fuyant leurs passés et ce qu’ils sont. Frank agit par orgueil, voulant avoir plus que les autres et c’est ce qui cause sa perte, Ray par colère et par amour volant faire face aux injustices et être un bon père ou encore Paul qui par honte de sa sexualité s’est construit un monde de frustration où il cherche un semblant de « normalité ». Ils trouveront une forme de salut par leurs morts et symbolisent tout ce que la saison voulait nous dire, nous ne sommes pas plus fort que la fatalité et qu’au final « rien n’est jamais vraiment fini », le combat étant sans fin et nous dépasse. La saison se montre donc symboliquement très forte et Pizzolatto garde une cohérence absolue sur sa série, le tout étant magistralement pensé et les saisons se répondant à merveille. Comme avec la thématique du père, chacun des personnages ne peuvent être de bons pères, soit par des mensonges (Paul), soit par des frustrations (Ray) ou soit par l’incapacité de concevoir (Frank). Rust et Marty reflétaient aussi ça et ici tout prend encore plus de sens. Cette incapacité à être des pères en raison de l’incommunicabilité, Ray ne pouvant envoyer à son fils son dernier message. Comment être pères alors qu’il est difficile d’être responsable de soi-même ? Au final True Detective raconte une histoire simple et universelle, elle parle en vérité d’hommes et de transmissions.

En conclusion, cette deuxième saison de True Detective se révèle être des plus réussie. Même si elle possède énormément de défauts sur sa narration et sur sa forme, elle fait preuve d’un certain savoir-faire. Mais il est juste dommage qu’il faille beaucoup trop se référer à la première saison pour pleinement la saisir. Nic Pizzolatto reste très clairement un homme intelligent et qui sait où il va même si cela tend à un certain autisme dans l’écriture qui se fait au détriment du spectateur. Il est donc peut être difficile d’entrer dans la saison, surtout au début assez laborieux mais après ça, la série offre de très beaux moments de télévision à la symbolique forte et imparable. Cette donc une saison très autistique et bien plus complexe que la première pêchant souvent par excès de zèle et manquant cruellement de la vision d’un cinéaste fort pour contrebalancer la personnalité imposante du showrunner. Néanmoins l’ensemble se montre cohérent, intelligemment écrit et brillamment interprétés, ce qui est déjà pas mal. Surtout que True Detective garde son statut de très bonne série et se paye le luxe d’être encore une des séries la plus intéressantes du moment.

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True Detective Saison 2 : Extrait

Synopsis : Dans la ville fictive de Vinci, près de Los Angeles, un homme d’affaires, Ben Caspere, est retrouvé mort sur une aire d’autoroute, le corps mutilé. L’État réunit alors une unité spéciale pour enquêter sur les circonstances de sa mort : Ray Velcoro, un policier corrompu au service d’un mafieux local, Frank Semyon, cherchant à se repentir mais ayant perdu tout son argent avec la mort de Caspere, Antigone « Ani » Bezzerides, une femme policier hantée par son passé, et Paul Woodrugh, un policier à moto, vétéran de guerre pris dans un scandale sexuel. Les quatre personnes vont découvrir peu à peu l’ampleur de l’affaire, mêlant politiciens véreux, policiers corrompus et cartels autour d’un projet de voie ferroviaire traversant toute la Californie.

Fiche Technique : True Detective Saison 2

Scénario : Nic Pizzolatto
Réalisation : Justin Lin
Colin Farrell : Ray Velcoro, Vince Vaughn : Frank Semyon, Rachel McAdams : Antigone « Ani » Bezzerides, Taylor Kitsch : Paul Woodrugh, Kelly Reilly : Jordan Semyon, Michael Irby : le détective Elvis Ilinca, Abigail Spencer : Alicia, Leven Rambin : Sophia, Lolita Davidovich : Nancy Simpson, James Frain : Jeff Hunt, Riley Smith (en) : Steve Mercie, Adria Arjona (en) : Emily, Michael Hyatt (en) : Katherine Davis, Yara Martinez (en) : Andrea, Christian Campbell : Richard Brune, Jon Lindstrom (en) : Glenn Ellinger, Emily Rios : Gabby Behenna, Ronnie Gene Blevins (en) : Stan, Timothy V. Murphy (en) : Osip Agranov, Afemo Omilami : le chef de la police Holloway, Chris Kerson : Nails, C. S. Lee : Richard Geldof, Rick Springfield : Dr Pitlor, Ashley Hinshaw : Lacey Lindel, W. Earl Brown : le détective Teague Dixon, David Morse : Eliot Bezzerides

Critique True Detective Saison 1

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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