Sherlock, saison 4, une série de Mark Gatiss et Steven Moffat : Critique

Il aura fallu attendre pas moins de trois ans pour connaître la suite à l’inoubliable cliffhanger venue clore la précédente saison de Sherlock. Trois nouveaux épisodes qui réussissent à mieux nous attacher aux deux héros pour rendre les adieux plus déchirants encore.

Synopsis : Hanté par l’idée que Moriarty ait pu survivre, Sherlock reprend son activité de détective tandis que John Watson élève la fille qu’il vient d’avoir avec sa femme Mary. D’enquêtes en enquêtes, ils seront chacun rattrapés par leur passé.

Le vent d’est emporte tout avec lui

Ils ont beau avoir été annoncés comme étant les derniers épisodes de la série par son créateur Steven Moffat, les trois épisodes qui composent cette quatrième saison restent fidèles aux mécanismes de ceux qui les ont précédés. C’est ainsi que le premier d’entre eux apparaît à priori comme une enquête au demeurant mineure, sans pour autant rien sacrifier à la qualité formelle qui participe à la renommée de cette adaptation moderne des romans d’Arthur Conan Doyle. « Episode de rodage », « démarrage difficile », voire « reprise ratée », The Six Thatchers a déçu, c’est inéluctable. Et pourtant, la seule joie de retrouver les personnages et leurs interprètes, un an après l’épisode spécial L’Effroyable Mariée, fait de ces 90 minutes un vrai plaisir pour les fans des détectives de Baker Street. Benedict Cumberbatch reste tout simplement magistral alors que l’on s’aperçoit que Martin Freeman a énormément changé par rapport à ce qu’il était cinq ans plus tôt. L’exploitation de la révélation du passé, jusque-là mystérieux, de Mary Watson, allant jusqu’à la mort de celle-ci, a même pu sembler quelque peu trop rapidement expédiée, au point de laisser planer le doute sur une baisse dans la qualité de l’écriture de la part des showrunners. Sans doute, la longue attente avait-elle, malgré elle, alimenté plus d’attentes, en termes de twists et d’enjeux, que ce que les créateurs ont jamais eu l’intention d’incorporer. Dès l’épisode suivant, ce doute est fort heureusement dissipé.

Bien que la seconde enquête dans laquelle se retrouve embrigadé Sherlock, impliquant un grand méchant interprété par l’excellent Toby Jones mais néanmoins assez caricatural, reprenne une structure pour le moins classique, elle profite d’un scénario tout simplement brillant. Il apparait dès lors que les événements du précédent épisode étaient indispensables à l’évolution vers laquelle devaient aller les personnages, et
la frustration de ne pas avoir vu le retour tant attendu de Moriarty est désormais derrière nous, laissant aux scénaristes les mains libres de développer la nouvelle intrigue. Grand bien leur en a pris car l’humour, le suspense et l’action parviennent à atteindre ce point d’équilibre qui a fait la renommée de la série. La relation entre Sherlock et Watson, qui avait pu paraitre délaissée dans le précédent épisode, redevient l’enjeu majeur, pour le plus grand plaisir de leurs fans.

Parce qu’elle n’a pas répondu aux attentes du public dès le premier des 3 épisodes, cette saison 4 a semblé avoir du mal à démarrer mais apparait au final comme un ensemble parfaitement cohérent et, une nouvelle fois, d’une excellente facture.

Difficile de ne pas revenir sur The Lying Detective sans évoquer la façon dont Mrs. Hudson (Una Stubbs) apparait comme un personnage purement badass, au point d’être à l’origine de la grande majorité des scènes comiques de l’épisode. D’avoir ainsi réussi à se faire succéder les retournements de situation sans jamais faire perdre la moindre crédibilité au récit est la preuve que les showrunners n’ont rien perdu de leur talent pour nous surprendre. Et, alors que s’émiettent les indices qui nous mènent vers un cliffhanger d’anthologie, cette enquête réussit à nous faire découvrir un serial killer tordu mais surtout à exploiter les personnages avec un brio remarquable. Pour ceux qui en ont douté, Sherlock est et reste un grande série… et ce n’est certainement pas la révélation à l’approche de son final qui nous fera dire le contraire.

Le suspense quant au coup de feu reçu par John à la fin du second épisode n’aura cependant pas duré longtemps, et que le troisième épisode débute par les aveux de Mycroft sur l’existence de cette sœur cachée pose rapidement les bases de ce Problème Final. Prenant la forme d’un « torture psychologique-porn », l’épisode 3 s’éloigne des schémas habituels mais n’en reste pas moins, et une fois de plus, brillant dans son écriture. La façon dont Eurus –la fameuse sœur– joue avec la corde sensible de Sherlock, Mycroft et John permettent aux spectateurs de pleinement profiter d’une exploration dans la psyché de ces individus alors que leur incroyable arrogance les avait rendus, tout du long des 9 précédents épisodes, impénétrables. Il aura donc fallu les confronter à une intelligence supérieure à la leur pour voir enfin Sherlock avouer son amour à Molly ou encore Mycroft reconnaitre son incompétence. Mais, comment satisfaire alors les cohortes de fans qui espéraient voir dans ce dernier épisode le grand retour –si allégrement teasé– de la némesis Moriarty ? Et bien tout simplement en confirmant sa mort via un flashback qui restera, à lui-seul, la meilleure scène de cette saison. Immanquablement, les showrunners ont su réunir tous les éléments qui ont fait le succès de Sherlock, les exploiter avec finesse et malice, et ne jamais se vendre aux demandes de la hype (en ressuscitant Moriarty). De l’excellent travail.

Allant s’achever sur un monologue qui fait littéralement entrer ses héros dans la légende, la quatrième saison de Sherlock apparait comme une parfaite conclusion à la meilleure des séries britanniques. Les adieux se font donc sans la moindre frustration… mais on ne dira pourtant pas non à quelques aventures supplémentaires du mythique détective à la casquette.

Sherlock, saison 4 : Bande-annonce

Sherlock, saison 4 : Fiche technique

Créateurs : Mark Gatiss et Steven Moffat
Réalisation : Rachel Talalay, Nick Hurran
Scénario : Mark Gatiss, Steven Moffat et Stephen Thompson, librement adapté des romans d’Arthur Conan Doyle
Interprétation : Benedict Cumberbatch (Sherlock Holmes), Martin Freeman (Dr John Watson), Una Stubbs (Mme Hudson), Mark Gatiss (Mycroft Holmes)…
Montage : Charlie Philips
Sociétés de production : Hartswood Films
Musique : David Arnold, Michael Price
Chaine de diffusion : BBC
Genre : Thriller
Format : 3 épisodes de 90 minutes

Grande-Bretagne – 2017

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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