Mars, une mini-série de Ron Howard et Brian Grazer : Critique

Pionnière d’un nouveau genre, la National Geographic Channel a dévoilé sur sa chaîne une série à mi-chemin entre série et documentaire, Mars, qui suit l’aventure spatiale de cinq astronautes en l’an 2033 sur la planète Mars.

Synopsis : En 2033, un équipage de 6 astronautes décolle à bord du vaisseau Daedalus en direction de la planète Mars, afin de devenir les premiers à poser le pied sur la planète rouge. (En parallèle de la fiction, des reportages réalisés en 2016 sont diffusés. Les difficultés d’un voyage vers Mars sont présentées par des scientifiques et ingénieurs, notamment Elon Musk, Andy Weir, Robert Zubrin et Neil deGrasse Tyson).

Nourrie par une volonté d’être la plus précise et authentique possible, la série documentaire au budget de 20 millions de dollars s’est entourée des plus grands noms du genre pour sa production, à commencer par le duo oscarisé Ron Howard (à la réalisation) et Brian Grazer (à la production) à qui l’on doit les films Apollo 13, Un homme d’exception, Da Vinci Code et la série Arrested Development.

Réaliste, dramatique et émotionnelle, l’ambition de Mars est de montrer en grandeur nature ce à quoi cette planète ressemblerait si l’espèce humaine venait à l’occuper, permettant ainsi à ses téléspectateurs de vivre une expérience authentique et unique. La dualité narrative entre la fiction et le documentaire aidant en ce sens, révèle toute la complexité du projet que présente l’exploration et la colonisation de la planète rouge. Les téléspectateurs qui se retrouvent alors plongés dans les méandres interplanétaires vécues par nos personnages, s’attachent à eux et s’instruisent en parallèle sur les tenants et aboutissants d’une éventuelle colonisation.

La pléthore d’experts alloués dans la partie documentaire pour transmettre ces informations astrophysiques est de plusieurs ordres : anciens astronautes de la NASA comme la renommée Mae Jemison et le commandant de la mission Apollo 13 de 1970, James Lovell; astronomes; ingénieurs spécialisés dans l’aérospatial; le romancier Andy Weir connu pour son roman adapté en film (avec Matt Damon) Seul sur Mars; l’astrophysicien Neil deGrasse Tyson; et le milliardaire ingénieur et PDG des sociétés SpaceX (spécialisée dans l’astronautique et le vol spatial) et Tesla, constructeur automobile de luxe, Elon Musk. Garants de la véracité des faits dépeints dans la partie fictionnelle de la série, l’expertise apportée par ces grands pontes scientifiques permet de mieux apprécier le voyage de nos héros. Cette authenticité se ressent d’ailleurs dans le langage, les images et les épreuves expérimentées par les personnages. En exemple, la construction de la fusée Daedalus qui transporte nos astronautes a été fondée sur une technologie bien réelle. Les producteurs de la série ont aussi réussi à répliquer la topographie martienne en s’expatriant pour le tournage des scènes situées sur Mars au Maroc (où on retrouve un paysage semblable aux vallées de Mariner qui est un vaste système de canyons sur Mars) ou à Budapest. Un vrai lieu est d’ailleurs évoqué dans la série : Olympus Mons, qui est la montagne la plus grande de la planète rouge. C’est sous cette montagne que l’on trouve les tunnels de lave (« lava tubes » en anglais) qui permettraient de fournir un abri et une protection contre les radiations cosmiques. Ainsi, si on prend en considération la rapidité avec laquelle l’Homme détruit la Terre et la surpeuple, si l’humanité est un jour amenée à aller s’installer sur Mars, elle vivrait dans ces tunnels.

La recherche spatiale et l’expérimentation dans ce domaine sont de fait expliquées et contextualisées au travers d’images d’archives et d’interviews de brillants experts. Toutefois, il faut se demander si le réalisme voulu par les créateurs n’est pas sacrifié par tout le drame entourant la vie des personnages dans la série. En effet, suite à un incident technique qui intervient dès le début de l’épisode pilote l’aventure des astronautes de Daedalus, ceux-ci se retrouvent vite menacés. Et cette infortune inattendue a pour résultat la quête par nos héros de ressources leur permettant de survivre. Portée par la superstar de la chanson coréenne Jihae qui campe pour l’occasion deux rôles importants: celui des jumelles Hana, l’astronaute, et Joon, la « capsule communicator » (contrôleuse de communication), la série Mars semble faire un clin d’œil aux frères jumeaux Scott et Mark Kelly que l’on retrouve d’ailleurs dans le documentaire. Tous deux véritables astronautes à la NASA, ils acquièrent la notoriété en se prêtant à une expérience inédite : tandis que Scott Kelly passe près d’un an en orbite (de Mars 2015 à Mars 2016), son frère Mark Kelly (aujourd’hui astronaute retraité) participe, lui, au sol à la mission. L’étude consistant à recueillir des données sur les deux frères monozygotes (qui ont le même patrimoine génétique) et à opérer des points de comparaison sur les effets physiologiques d’un voyage à long terme dans l’espace.

Présenté sous le format de six épisodes, Mars est indéniablement une série fascinante. Le travail réalisé derrière -ne serait-ce que la partie documentaire (plus de 100 heures d’images d’archives et des interviews d’experts à travers le monde)- atteste de la volonté des producteurs de fournir un travail de qualité, authentique et précis dans ses faits. Néanmoins, on reste perplexe sur le produit final, et en particulier sur la partie scriptée du show qui manque de dynamisme. Doit-on cet échec au manque d’expérience des acteurs de la série (même un « doyen » comme Olivier Martinez peine à convaincre dans son rôle) ? Pas forcément, puisque le scénario lui-même se révèle particulièrement faible. L’histoire d’amour entre Javier Delgado et Amélie Durand par exemple est reléguée au centième plan et n’intéresse de toute façon pas plus que ça; les dialogues semblent souvent forcés et le danger constamment présent sur cette planète inhospitalière et qui est donc censé laisser les téléspectateurs sur le qui-vive est très mal exploité. Au final, une série peu captivante mais qui aura le mérite d’aborder un thème complexe et essentiel sur le devenir de l’Homme.          

Mars : Bande Annonce

 Mars : Fiche Technique

Création : Ben Young Mason, Justin Wilkes
Réalisation : Ron Howard
Scénario : Ben Young Mason, Justin Wiles, André Bormanis, Mickey Fisher, Karen Janszen, Stephen Petranek, Jonathan Silberberg, Paul Solet
Interprétation : Jihae (Hana Seung et Joon Seung), Alberto Ammann (Javier Delgado), Clementine Poidatz (Amélie Durand), Anamaria Marinca (Marta Kamen), Sammi Rotibi (Robert Foucault), Olivier Martinez (Ed Grann), Nicholas Wittman (Oliver), Kata Sarbo (Ava Macon), Ben Cotton (Ben Sawyer)
Direction artistique : Karen Wakefield
Musique: Warren Ellis, Nick Cave
Production : Imagine Entertainment, Radical Media, Zak Productions
Sociétés de production : National Geographic Channel
Distribution : National Geographic Channel
Genre : Docu-fiction, Aventure, Drame, Science-Fiction
Langue : Anglais
Etats-Unis, 2016

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