Quarry, une série de Graham Gordy et Micheal D.Fuller : critique saison 1

Quarry est arrivée discrètement sur Cinemax à la rentrée et pourtant elle n’a pas à rougir face aux séries de sa grande soeur HBO. Troublante, fascinante et touchante, Michael D. Fuller et Graham Gordy signent avec Quarry un drame psychologique intense qui nous empoigne et ne nous lâche plus.

“You miss it ? War.” “Every goddamn day.”

A la manière d’un film de Cimino, Quarry se sert de la guerre du Vietnam pour exposer des personnages complexes et torturés dans la société hostile qu’est l’Amérique des années 70. Mac Conway, vétéran brisé par la guerre ne parvient pas à s’intégrer dans cette société qui ne veut plus de lui. Traumatisé, son passé resurgit sous forme d’hallucinations, la première fois que ça lui arrive Mac sort brusquement de son lit en pleine nuit et court dehors, nu, se camouflant derrière des voitures, le regard hagard, les mains serrées autour d’une arme invisible, il essaie d’échapper à l’ennemi. Ces épisodes soudains nous mettent dans le même état de stupeur et d’effroi que sa femme qui, dépassée par le traumatisme de son mari ne sait pas comment l’aider, à une époque où le syndrome du stress post-traumatique n’est pas légitimé. Et alors qu’on pensait que Joni Conway passerait au second plan après un premier épisode où le couple est mis à rude épreuve, elle va finalement faire partie intégrante de l’intrigue. Car Quarry est aussi une histoire d’amour, une histoire de mariage et l’évolution de Mac va de pair avec l’état de son couple. Pourtant le voir se désagréger ne nous aurait pas surpris, les obstacles s’enchainent et les disputent se multiplient mais le tandem finit toujours par se retrouver, attiré l’un à l’autre comme des aimants, comme deux pièces complémentaires. Une complicité qu’on ressent aussi entre les deux acteurs dont la performance est stupéfiante. Dans une maison qu’aucun des deux n’arrive à quitter, ils forment un foyer dans lequel ils parviennent à trouver une sorte de sûreté, de sérénité dans ce brouhaha que représente leur vie, un abri qui les protège ne serait-ce qu’un instant de la tempête qui les attend au-dehors.
Les autres personnages ne sont pas en reste, chacun fascine à sa manière notamment le très bon The Broker (L’Agent), patron peu scrupuleux de Mac, qui devient de plus en plus énigmatique et alors qu’on pensait commencer à le comprendre, il nous surprend à la toute dernière minute.

Voitures vintages et moustaches à foison, la reconstitution d’époque est impeccable et les décors nous propulsent droit dans les années 70. La bande son est splendide avec des morceaux d’Otis Redding, de Blue Oyster Cult ou encore de Big Star (petit groupe originaire de Memphis) qui nous plongent dans une autre époque, au fin fond d’une Amérique sombre et mélancolique dans laquelle on prend plaisir à se perdre le temps d’un épisode. Car c’est bien une Amérique en perdition qui est dépeinte ici. La série prend place durant une période difficile de l’histoire de ce pays, peuplé d’habitants fatigués par de trop nombreuses désillusions, à la veille de la réélection de Nixon et à la fin de la guerre du Vietnam. Créant tout un contexte socio-économique autour de ses intrigues, Quarry nous permet de mieux cerner les motivations et situations de chaque personnage : les difficultés économiques du couple Mac/Joni, la dure intégration de la famille de Ruth dans une ville où la ségrégation raciale est omniprésente ou encore l’homosexualité mal perçue de Buddy. Des difficultés qui s’amoncellent, des situations qui s’enveniment, c’est une fatalité inéluctable qui s’abat sur les personnages, coincés dans une spirale de violence.

La tension monte crescendo, prenant son temps, épaississant un peu plus l’atmosphère à chaque épisode plus suintant les uns que les autres. Une série “slow burner” dont on pourrait déplorer quelques longueurs, mais si Quarry prend son temps c’est pour mieux nous décontenancer avec un final grandiose qui nous explose à la figure telle une bombe au napalm. Composé d’un plan séquence de plus de huit minutes, on nous dévoile enfin ce qu’il s’est passé à Quan Thang, polémique dont il est question tout au long de la saison. Et ce n’est pas sans rappeler la scène insoutenable du débarquement en Normandie de Il Faut Sauver Le Soldat Ryan que Quarry nous donne à voir l’atrocité de la guerre. Dans une séquence haletante qui nous prend aux tripes, où l’horreur semble ne jamais prendre fin, Quarry expose la violence sans détour, avec un réalisme frappant. Puis réussit un coup de maitre en clôturant l’épisode avec un twist final déconcertant qui ajoute une tout autre dimension à ce qu’on a pu voir depuis le début et nous laisse pantois.
Et bien que Quarry soit une série noire et tragique, la photographie sublime et la manière de filmer somptueuse, avec par moment un regard plein de tendresse notamment lors des scènes centrées sur Mac et Joni, couple dont l’amour à tout épreuve apporte une note d’optimisme à la série, de même que les quelques notes d’humour aussi surprenantes que bienvenues, font de cette série une œuvre envoûtante d’une poésie touchante.

Quarry, saison 1 : Bande-annonce

Synopsis : Dans les années 70, un tireur d’élite de la Marine de retour de la guerre du Vietnam se retrouve rejeté par sa famille et ses amis et diabolisé par le public et les médias. Désenchanté, il est recruté dans un réseau de criminels chargés de nettoyer les rives du Mississippi…

Quarry : Fiche Technique

Créateurs : Graham Gordy, Michael D.Fuller
Réalisation : Greg Yaitanes
Scénario : Graham Gordy, Michael D.Fuller, Jennifer Schuur (d’après l’œuvre de Max Allan Collins)
Interprétation : Logan Marshall-Green (Mac Conway), Jodi Balfour (Joni Conway), Peter Mullan (The Broker), Niki Amuka-Bird (Ruth Salomon), Damon Herriman (Buddy), Josh Randall (Inspecteur Tommy Olsen)…
Effets spéciaux : Spectrum Effects
Production : Greg Yaitanes, Steve Golin, Graham Gordy, Michael D.Fuller, John Hillcoat, Matt DeRoss, David Kanter, Max Allan Collins
Sociétés de production : Anonymous Content, Cinemax, NightSky Productions
Genre : Drame
Format : 8 x 52 minutes
Chaine d’origine : Cinemax
Première diffusion : Depuis le 10 septembre en US+24 sur OCS Choc

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Perrine Mallard
Perrine Mallardhttps://www.lemagducine.fr/
J’ai grandi avec Luke Skywalker, Korben Dallas et la bande de Friends. Rêvé de devenir un gangster comme dans les films de Scorsese. Me suis prise pour une cinéphile après avoir vu Pulp Fiction et découvert mon amour pour le cinéma avec les films des frères Coen. J’aime la poésie de Sofia Coppola et l’imaginaire de Wes Anderson. Je préfère presque toujours les méchants. Et mes films préférés sont entre autres : Bronson, Un Tramway nommé Désir, Donnie Darko, The Dark Knight, Thelma & Louise, Somewhere, Mad Max : Fury Road, The Voices, Snatch et la plupart des Coen. J’ai découvert les séries avec Supernatural pour ensuite me tourner vers The Walking Dead, Misfits et continuer avec The Office, Hannibal, True Detective pour ne jamais m’arrêter, à tel point que je ne peux plus me passer de ma dose quotidienne. Néanmoins, j’ai la fâcheuse tendance à dire que les premières saisons sont les meilleures. Je n’ai pas de préférence entre le cinéma et les séries, tout comme je n’en ai pas concernant les genres, les seuls films/séries qui ne me plaisent pas sont ceux qui me laissent indifférente.

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