Rétro Stephen King : Carrie, la Vengeance, un film de Kimberly Peirce

Alors que l’œuvre de Stephen King est d’une richesse indiscutable, les studios se sont pourtant lancés dans la redite en livrant Carrie, la Vengeance. Un remake inutile qui parvient à transformer un film culte en teen movie abrutissant.

Synopsis : Carrie est une adolescente de 17 ans timide, laide et solitaire. Au lycée, elle est le souffre-douleur des jeunes de son âge. À la maison, elle subit le comportement abusif et violent de sa mère Margaret, une fanatique religieuse. Pour elle, tout va empirer le jour où, lors de ses premières règles, elle va découvrir qu’elle possède des pouvoirs télékinésiques. Et rien ne va s’améliorer. Pas même l’invitation au bal par Tommy Ross, le garçon le plus populaire de l’école… 

Une oeuvre culte transformée en teen movie tape-à-l’œil

Adapter une œuvre culte de Stephen King, c’est déjà en soi un projet osé. D’autant plus que le cinéma, malgré de grands titres mémorables (Shining, Dead Zone, Les Évadés…), a donné naissance à des films pour le moins bancals, pour ne pas dire à négliger dès que possible. Mais s’attaquer à une adaptation mythique du septième art – en l’occurrence Carrie – par le biais d’un remake, la tâche s’en retrouve encore plus difficile. D’une part parce que les rênes passent d’un cinéaste talentueux (Brian De Palma) à une réalisatrice méconnue du grand public (Kimberly Peirce) n’ayant pas le même palmarès que son aîné (il faut juste compter Boys Don’t Cry, Stop Loss et un épisode de The L World à son actif). De l’autre, le long-métrage sent le produit commercial à plein nez : casting plus tape-à-l’œil (Chlöe Grace Moretz, Julianne Moore…), étiquette de « nouvelle adaptation du roman » afin de minimiser la comparaison avec le premier film, de plus grands moyens techniques mis sur la table… Et comme pouvait s’y attendre le spectateur averti, Carrie, la Vengeance est une pure commande de production tout bonnement inutile et sans saveur. Juste une occasion supplémentaire de surfer sur un succès passé en prétendant offrir à une toute nouvelle génération de spectateurs une vision inédite de l’œuvre originelle.

Il faut pourtant avouer qu’avoir quelqu’un comme Kimberly Peirce à la tête d’un tel projet pouvait apporter de la fraîcheur à l’ensemble. En effet, voir une femme s’occuper d’un thriller dramatique aussi populaire que Carrie s’annonçait comme une sorte de renouveau dans le monde hollywoodien. D’autant plus qu’avec son orientation sexuelle ouvertement assumée, Peirce aurait pu donner une toute autre dimension au personnage éponyme et donc à l’histoire. Malheureusement, Carrie, la Vengeance se présente comme une banale adaptation piochant à droite à gauche (aussi bien chez Stephen King que chez Brian De Palma) afin de dérouler son fil conducteur sans génie ni personnalité. Le film peut tout de même compter sur ce dernier pour tenir en haleine, l’histoire du roman étant suffisamment prenante pour captiver le public de bout en bout, et surtout ceux qui ne la connaîtraient pas encore. De ce point de vue là, Carrie, la Vengeance peut se laisser suivre sans déplaisir, le temps d’une soirée entre amis non exigeants. Mais ce n’est pas suffisant…

Grande absente de cette prétendue « relecture » de Carrie : une atmosphère digne de ce nom. Et pour cause, le public fait ici face à une intrigue fantastique faisant appel à des notions de religion, de croyances extrémistes (via le personnage de la mère), de Diable… Ajoutez à cela le fait que nous sommes plongés dans l’univers de Stephen King avec un final pour le moins apocalyptique (la fameuse scène du bal suivie des déambulations de Carrie en ville), autant dire qu’une ambiance s’imposait d’office ! Au lieu de cela, Kimberly Peirce a préféré se contenter de son intrigue et de la musique (peu présente) de Marco Beltrami, nous livrant pour le coup un produit sans âme. Même, Carrie, la Vengeance fonce dans les méandres du teen movie en se vautrant dans les clichés du genre : les lycéennes en chaleur et aux formes généreuses, les personnages idiots, la scène de sexe inutile, la romance alambiquée… Ici, le spectateur se retrouve plus dans une sorte de Twilight horrifique que dans une adaptation de Stephen King, pour notre plus grand désarroi !

Mais alors que le long-métrage livre le minimum syndical en matière d’atmosphère, paradoxalement, ce dernier en fait des tonnes sur bien des aspects au point d’être grotesque au possible. À commencer par le casting, qui reflète bien cette impression de faire face à un teen movie. Et notamment Chlöe Grace Moretz, qui n’arrive pas à faire oublier la prestation Sissy Spacek en livrant une Carrie peu crédible à chacune de ses apparitions. La scène du bal, concernant sa prestation, se montre d’ailleurs comme la cerise sur le gâteau, l’actrice se livrant à une mauvaise parodie de Dalida (gesticulant des bras à l’excès). Même constat pour les effets spéciaux, qui veulent absolument en mettre plein la vue sans pour autant réussir à impressionner. Pire, à trop vouloir faire ce qui était irréalisable à l’époque de Palma, Carrie, la Vengeance chute dans le ridicule sans nom. La faute à des effets numériques gratuits et discutables (encore une fois, la scène du bal mais aussi le dénouement qui se veut spectaculaire sans jamais l’être) faisant parfois penser à du Paranormal Activity (des objets et meubles en lévitation) mais également à un côté gore tellement appuyé que cela en devient indigeste (mention spéciale à la naissance de Carrie). Du tape-à-l’œil pour jeunots boutonneux, faisant honte à l’oeuvre de Stephen King et à sa première adaptation !

Il valait mieux refaire une adaptation peu mémorable de l’auteur (Les Vampires de Salem, Simetierre…) plutôt que de perdre du temps à singer un grand titre. Surtout que l’œuvre de Stephen King, d’une richesse indiscutable, n’a pas fini de s’agrandir avec de nouveaux romans mémorables (Histoire de Lisey, Duma Key…) qui, pour le coup, attendent d’avoir une bonne transposition au cinéma. Malgré cela, les studios ont tout de même voulu se perdre avec cette redite inutile aux airs de teen movie abrutissant. Non pas une déception car c’était prévisible, mais une terrible confirmation ne cessant de s’affirmer de projet en projet. Celle de voir à quel point les productions hollywoodiennes préfèrent replonger dans les valeurs sûres sans avoir peur de les dénaturer au possible. Le film de Brian De Palma méritait bien mieux que cela. Stephen King aussi !

Carrie, la Vengeance : Bande-annonce

Carrie, la Vengeance : Fiche technique

Titre original : Carrie
Réalisation : Kimberly Peirce
Scénario : Lawrence D. Cohen et Roberto Aguirre-Sacasa, d’après le roman de Stephen King
Interprétation : Chloë Grace Moretz (Carrie White), Julianne Moore (Margaret White), Gabriella Wilde (Sue Snell), Judy Greer (Mme. Desjardin), Portia Doubleday (Christine Hargensen), Alex Russell (Billy Nolan), Ansel Egort (Tommy Ross), Cynthia Preston (Eleanor Snell)…
Photographie : Steve Yedlin
Décors : Carol Spier
Costumes : Luis Sequeira
Montage : Lee Percy et Nancy Richardson
Musique : Marco Beltrami
Producteur : Kevin Misher
Productions : Metro-Goldwyn-Mayer, Screen Gems et Misher Films
Distribution : Sony Pictures Releasing
Budget : 30 M$
Durée : 100 minutes
Genre : Fantastique
Date de sortie : 4 décembre 2013

États-Unis – 2013

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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