Arras Film Festival : Le Labyrinthe de Pan, un film de Guillermo Del Toro

À l’occasion de la rétrospective sur la Guerre d’Espagne, au Arras Film Festival, retour sur Le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro, conte noir à l’ambiance gothique et baroque.

Synopsis : Espagne, 1944. Fin de la guerre. Carmen, récemment remariée, s’installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l’armée franquiste. Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu’elle n’est autre que la princesse disparue d’un royaume enchanté. Afin de découvrir la vérité, Ofélia devra accomplir trois dangereuses épreuves, que rien ne l’a préparé à affronter…

Notre Review Le Labyrinthe de Pan

Redécouvrir aujourd’hui, en 2016, Le Labyrinthe de Pan (El Laberinto del fauno), soit seize ans après sa sortie en salles, tient de l’expérience de cinéma quasi mystique. Projeté dans une très belle copie pellicule 35 mm, le long métrage de Del Toro nous emmène dans l’Espagne dominée par Franco. Mais même si la guerre est finie, les maquisards sont là, cependant l’espoir réside ailleurs, dans l’imaginaire de l’enfance, déployé en et par la jeune personne d’Ofélia. Alors que la guerre et ses ravages touchent l’Espagne et ses habitants – divisant et mettant à feu et à sang le pays –, un livre magique et Pan, un faune à la fois étrangement attractif et angoissant, emmènent la jeune fille dans une aventure extraordinaire.

Ces péripéties la porteront ainsi au-delà du quotidien mortifère, dans un univers qui n’est toutefois pas dénué d’horreur et de danger. Car l’épouvantable chez Del Toro est présent dans la réalité comme dans le fantasme. Quand bien même elles prendraient la forme d’un combat à main armée, d’une séquence de torture d’un résistant bègue, ou d’un être démoniaque dévoreur d’enfant (et dévoreur tout court) devant porter ses yeux dans deux trous taillés dans ses mains pour les recevoir, l’horreur et sa violence sont inéluctables.

https://www.youtube.com/watch?v=ypBj0xDP-io

Ci-dessus, Ofélia réveille une épouvantable créature.

Cependant, la victoire n’est pas impossible, le bien peut vaincre le mal, mais pas forcément proprement, soit sans victime. Les résistants vaincront, mais combien des soldats franquistes mourront, pour finir doublement fusillés d’une balle dans la tête, comme le faisaient les mêmes disciples de Franco aux résistants ? Si Vidal est décédé, comme l’a noté le médecin du village, tuer l’officier ne servira à rien, puisqu’il sera remplacé. Ainsi la victoire, événement marqué dans la violence, est éphémère. La guerre est vaine.

De ce combat réel, Ofélia en ressort comme une victime ou presque. Car sans le vouloir, elle a accompli la prophétie. Quand bien même tout son périple tiendrait du fantasme, sa mort n’est pas une fin. Alors qu’elle est en train de mourir, la jeune fille termine son parcours merveilleux, ainsi l’imaginaire, l’univers merveilleux sont à leur apogée. Ainsi, si l’enfant est tué par la violence du monde, l’enfance – et ses infinies puissances (de l’imagination, de la capacité de créer et projeter un monde extraordinaire et extraordinairement fantasque, entre autres) – ne peut mourir. La créativité, l’imagination et tout le bien que peut engendrer l’humanité, ne peuvent disparaître. La violence n’est pas la solution contre la violence, la haine et la folie des hommes. Alors que Vidal voulait qu’on dise à son fils plus tard – lorsqu’il sera plus grand – un adage familial, l’ancienne servante lui dira, avant qu’il ne soit abattu, que son fils ne saura rien de lui. Le mal sera alors non pas pardonné, mais oublié, vidé, isolé de l’existence des hommes. Mais attention, à ne plus se souvenir du passé, qui sait si on ne reproduira pas ses erreurs. Et justement Guillermo Del Toro nous les a exposées violemment, tout en nous montrant l’espoir, la beauté, l’art et la poésie résister et survivre à ce chaos. Et son Labyrinthe de Pan montre de par les réflexions en mouvement et sensations animées qu’il continue de faire naître, qu’il est un grand film parmi les plus grands, une œuvre à découvrir et redécouvrir.

Chef d’œuvre de Del Toro ou pas… Laissons ces pensées à d’autres, et allons, encore une fois, tous ensemble, marcher, courir, trembler, saigner, pleurer et rire… dans le labyrinthe de Pan !

Un Film de Guillermo del Toro
Titre original : El laberinto del fauno
Avec Ivana Baquero, Sergi López, Maribel Verdú, Ariadna Gil, Doug Jones…
Distribution :  Wild Bunch Distribution
Genre : Fantastique, Epouvante-horreur
Récompenses : 13 prix et 27 nominations
Date de sortie : 01 Novembre 2006

France – 2006

 

Festival

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