Le professeur de violon, un film de Sérgio Machado : Critique

Synopsis : Parce qu’il vient d’échouer à l’audience d’un prestigieux orchestre, Laerte n’a d’autre choix que d’accepter un poste de professeur de musique dans une favela. Il comprend rapidement que, dans ce milieu hostile, ses élèves refusent son autorité et ne prennent pas au sérieux les compétences qu’il veut leur inculquer.

Musique classique, film trop classique.

Découvert il y a 10 ans grâce à la présentation de son film Bahia, ville basse à Cannes, Sérgio Machado revient avec le même acteur principal (Lazaro Ramos) et un sujet qui lui tient particulièrement à cœur, la musique. Mais comment aborder cette thématique aussi commune à travers le média cinématographique ? Tout simplement en prenant le même dispositif que tant d’autres films ont déjà utilisé avant lui : Celui de la transmission. On pense à Whiplash aux Etats-Unis ou encore à Les Choristes en France, parmi les nombreux scénarios partageant ce schéma de lien entre élèves et mentor autour de cours de musique. Les rapports de force entre ces élèves rebelles et leur professeur passionné n’ont dès lors pas grand-chose d’original à proposer, tant sa morale de rédemption par l’enseignement paraît éculée.  Son contexte urbain peut-être ? Là encore, l’image que le réalisateur donne des favelas est sensiblement la même que celle déjà vue dans une ribambelle de films brésiliens (La Cité de Dieu et La Cité des Hommes pour ne citer qu’eux), avec leur lot de guerres des gangs, de violences policières, de prostitution et de trafics de drogues. Toutefois, le label « histoire vraie » rend ce manque d’inspiration difficilement attaquable de front.

Les personnages secondaires étant largement caricaturaux et l’évolution de leurs relations avec leur enseignant étant très prévisibles dès leur introduction – pour quiconque connait un tant soit peu les ficelles scénaristiques du cinéma mainstream-, la qualité du long-métrage en vient à reposer essentiellement sur la prestation de Lazaro Ramès. Fort heureusement, l’acteur, inconnu en France mais populaire au Brésil grâce aux nombreuses telenovelas auxquelles il a participé, fait preuve d’une palette de jeu pour le moins convaincante. Le seul fait d’avoir sélectionné un acteur black pour incarner un professionnel de la musique classique renverse les clichés raciaux qui entourent ce milieu sommes toutes élitiste. Parce que le personnage est de nature stressée et peu sûr de lui, son interprétation est la marque d’un certain talent pour rendre tangible cette personnalité troublée. On regrettera donc que ces difficultés personnelles ne soient pas davantage exploitées par le scénario qui semble privilégier la réussite de ses méthodes pédagogiques à ses doutes intérieurs.

Son objectif éducatif, qui est d’apprendre à un groupe de jeunes – incluant quelques délinquants (une minorité en fait, mais les seuls sur lesquels la dramaturgie va choisir de s’attarder) – à apprécier les composition de Bach et Beethoven pour les sortir de leur quotidien morose et sans avenir, n’est cependant pas l’unique enjeu du personnage. Sa volonté d’intégrer un orchestre, au risque d’abandonner ses élèves, apparaît comme un contrepoids dans ce parcours plein de bons sentiments. Et pourtant, ni l’une ni l’autre des deux sous-intrigues ne semble être menée jusqu’à son terme. Sans doute est-ce la série Mozart in the Jungle qui nous a appris à attendre du microcosme des orchestres une vision quelque peu subversive. Mais là, rien de tout ça, bien au contraire, aucun membre de cet orchestre (hormis la chef d’orchestre dans une unique scène) n’aura même droit à une réplique. Et quant à l’émancipation des jeunes élèves, elle est passée à la moulinette d’ellipses qui rendent indéchiffrables leur cheminement psychologique. Toute cette mécanique scénaristique apparaît au final comme bien trop académique pour prétendre apporter un quelconque regard novateur sur les milieux socio-culturels qu’il tente de dépeindre, lui préférant toujours une exacerbation des émotions que peut générer cette belle histoire, au risque d’aller flirter avec un ton résolument pathos dans les dernières minutes.

Tenu par un cahier des charges commercial et sensationnaliste, Sérgio Machado livre un film terriblement convenu et sans la moindre audace, dont la véritable réussite est à imputer aux monteurs qui ont réussi à aligner le découpage des passages de concert au rythme des instruments à cordes.

Le professeur de violon : Bande-annonce

Le professeur de violon : Fiche technique

Titre original : Tudo que aprendemos juntos
Réalisation : Sérgio Machado
Scénario : Marta Nehring, Sérgio Machado, Marcelo Gomes, Maria Adelaide Amaral d’après le roman d’Antonio Ermirio de Moraes
Interprétation : Lázaro Ramos (Laerte), Kaique de Jesus (Samuel), Elzio Vieira (VR), Sandra Corveloni (Alzira), Fernanda de Freitas (Bruna)…
Photographie : Marcelo Durst
Montage : Márcio Hashimoto Soares
Direction artistique : Valdy Lopes Ferreira
Musique : Alexandre Guerra, Felipe de Souza
Production : Caio Gullane, Fabiano Gullane, Debora Ivanov, Gabriel Lacerda
Sociétés de production : Gullane Filmes
Sociétés de distribution : Jour2fête
Durée : 100 minutes
Genre : Drame, musical
Dates de sortie : 22 Juin 2016

Brésil – 2016

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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