Un homme à la hauteur, un film de Laurent Tirard : Critique

Après nous avoir tous deux offert de belles performances fin 2015, il semblait logique de réunir Virginie Efira (Le goût des merveilles) et Jean Dujardin (Un + une) le temps d’une comédie romantique. Avec Un homme à la hauteur, ils nous proposent une histoire sympathique, autour d’une rencontre originale, qui devrait faire sourire le public tout le long du film.

Synopsis : En rentrant chez elle, Diane (Virginie Efira) reçoit un coup de téléphone d’un inconnu du nom d’Alexandre (Jean Dujardin), qui lui annonce qu’il a récupéré son portable. Après une petite discussion, il lui demande un rendez-vous à déjeuner afin de lui rendre et pouvoir faire plus ample connaissance. Le lendemain, Diane a la surprise de découvrir qu’en réalité il s’agit d’une personne de petite taille.

Voir plus grand, mais surtout voir plus loin.

Ce fut une bonne idée de rencontrer dans le même long-métrage pour la première fois ces deux acteurs connus du paysage cinématographique français. Ils montrent une forte alchimie l’un pour l’autre, et nous ressentons une vraie empathie pour leurs personnages, séparés par 40 centimètres, mais qui iront au-delà de cette différence de taille pour vivre leur romance et s’aimer.

Comme souvent, nous avons un scénario classique reprenant les codes de la comédie traditionnelle : une rencontre entre un homme et une femme qui se découvrent, et qui s’apprécient jusqu’à tomber amoureux. Puis un obstacle qui force les héros à se séparer. Ici ce seront les difficultés de Diane à vivre avec une personne plus petite, jusqu’à ce qu’elle réalise son erreur et décide de retrouver l’homme qu’elle aime pour le reconquérir.
L’humour permet à la fois d’être représentatif de certains clichés sur les individus plus petits, mais surtout de casser le préjugé pour qu’on aille au-delà. Autrement dit, l’ensemble des situations burlesques créé un statut inconfortable pour Alexandre mais le rend encore plus attachant et amusant pour le spectateur finalement.

Par conséquent, le but de ce film est de présenter le caractère et l’état d’esprit d’un nain afin de représenter l’ensemble de cette communauté pouvant s’assimiler au personnage de Dujardin, avec de l’autodérision et de l’ironie, bien gérées dans l’écriture, afin d’alléger les difficultés et à priori sur ces individus sans forcément les victimiser.
De plus, le sujet permet, grâce au rôle de Virginie Efira, de comprendre également le point de vue de nombreuses personnes qui ne se voient pas vivre avec un nain, au départ, et qui réfléchissent à deux fois avant d’imaginer construire une relation avec lui.
L’ambition d’Un homme à la hauteur est donc de raconter d’une part, une comédie touchante et légère, mais aussi d’apporter un message en toile de fond, celui de ne pas rentrer forcément dans la pensée commune en imaginant les nains comme des handicapés avec un problème physique – comme le fait la mère de Diane après avoir appris que sa fille en aimait un.

La technique et les effets spéciaux ont une place importante et sont aussi à relever. En effet, le réalisateur, Laurent Tirard, aurait pu choisir un vrai nain pour jouer Alexandre, mais la décision de prendre Jean Dujardin pour le rôle est très audacieuse. Cela montre encore une fois tout son talent d’acteur de pouvoir jouer un rôle vraiment différent de ce qu’il a l’habitude d’interpréter, permettant donc aux deux vedettes de travailler d’une tout autre manière pour ce long-métrage.
Malgré les fonds verts, une doublure, et une mise en scène particulière jouant sur les perspectives et les échelles de plans, cela n’a pas empêché d’apporter une interprétation sincère et poignante de la part des deux comédiens en dépit des difficultés.

Nous aurons plaisir à suivre cette union particulière qui concernent beaucoup de couples et qui sont très peu représentés à l’écran. Ainsi, Un homme à la hauteur est un bon divertissement, certes déjà vue et assez familier dans sa construction, mais avec une touche de nouveauté.

Un homme à la hauteur : Bande-annonce

Un homme à la hauteur : Fiche Technique

Réalisation : Laurent Tirard
Scénario : Laurent Tirard
Interprétation : Jean Dujardin (Alexandre), Virginie Efira (Diane), Cédric Kahn (Bruno), César Domboy (Benji), Myriam Tekaïa (Stéphanie), François-Dominique Blin (Sébastien).
Décors : Françoise Dupertuis
Costumes : Valérie Artiges-Corno
Photographie : Jérôme Altéras
Montage : Valérie Deseine
Musique : Eric Neveux
Producteurs : Sidonie Dumas, Vanessa van Zuylen
Sociétés de production : VVZ Productions, Gaumont, Creative Andina, Scope Pictures
Société de distribution : Gaumont (France et Monde)
Durée : 98 minutes
Genre : comédie
Date de sortie : 4 Mai 2016
France – 2016

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.
Maxime Kasparian
Maxime Kasparianhttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant master cinéma-audiovisuel, je suis un passionné du cinéma depuis mon plus jeune âge grâce la saga intergalactique Star Wars (il est évident de vous dire que mon film préféré jamais détrôné à ce jour est L’empire contre-attaque). J’ai aussi une profonde addiction pour les séries télévisées notamment Lost et 24h chrono qui sont pour moi les plus novatrices, et malgré mon âge qui a largement dépassé la vingtaine, je garde une âme d’enfant en continuant de regarder avec amour les nouveaux films d’animation Disney, Pixar et compagnie. Mes artistes de références : James Cameron, Steven Spielberg, Ridley Scott, JJ Abrams, Joss Whedon, Shonda Rhimes, Ewan McGregor, Michael Fassbender, Matthew McConaughey, Meryl Streep, Jennifer Lawrence, Sigourney Weaver, Cate Blanchett. J’espère percer dans la critique, j’adore parler et débattre du cinéma, de télévision, de séries télés qui sont, pour moi, les meilleurs moyens de s’évader, de faire rêver, mais aussi de refléter notre société et nos cultures.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.