Rencontre avec Olivier Marchal: Festival Séries Mania 2016

Rencontre avec Olivier Marchal, le cinéaste/créateur français de 36 Quai des Orfèvres et Braquo au festival Séries Mania

CineSeriesMag s’est rendu à la rencontre organisée par Séries Mania avec Olivier Marchal – cinéaste français de renom à qui l’on doit 36 Quai des Orfèvres, Les Lyonnais, MR73, Braquo entre autres -, à la suite de la projection du premier épisode de sa nouvelle série diffusée sur Canal +, Section Zéro.

Olivier Marchal explique avoir pris trois ans pour faire Section Zéro. Il en est venu à la série car c’est une forme qui lui plaît : « J’ai eu un vrai plaisir de créer la saison 1 de Braquo qui devait être un long métrage ». D’ailleurs les Lyonnais aurait dû être une série. Ici certes il s’agissait d’avoir l’efficacité de la télévision mais mine de rien il a eu tout de même douze jours et pas dix pour l’épisode I.

Dans la série, il rend hommage à Mad Max, Looper… Aussi il voulait essayer de faire autre chose, même si on retrouve ses obsessions : la crasse, la mort, les flics, les prostituées, la drogue… « Je trouve qu’on ne se détache jamais d’une œuvre, d’un cinéma qu’on construit ».

Après cette courte introduction s’en sont suivis des questions-réponses avec le public.

Quel est le budget de ce premier épisode par rapport au pilote de Braquo ?

« Sur Braquo on était à 1 million 2 en tournant en pellicule et ici à 2 millions en numérique. »

Vous vous êtes tourné vers l’Est pour vos décors ?

« On voulait vraiment jouer sur le bloc de l’ouest (…) et c’est vrai que j’ai eu le coup de foudre avec la Bulgarie, et on se croirait vraiment au bout du monde (…) tout est en désolation, même Sofia est une capitale grise éteinte, c’est très austère. Et évidemment pour des raisons économiques, les techniciens sont moins chers, les figurants sont moins chers (…) Tout est moins cher (…) À 30 pour cent du temps on était installé en studio (où ont été tournés 300, Expendables, entre autres) (…) Quand j’ai vu ça (le centre métallurgique) c’est vrai que j’avais mes décors de désolation. »

La femme est très présente dans vos récits…

« Une histoire sans femme n’est pas une histoire intéressante, j’ai essayé d’éviter les pièges de Braquo… je trouve que les rôles féminins sont plus importants. (…) les femmes me font peur, je suis assez timide malgré les apparences, les femmes me font peur car je ne les ai toujours pas comprises à 58 ans, et je les aime autant que je les hais… Je serais incapable (de faire une romance), ou alors ce serait très manichéen. (…) les femmes en prennent plein la gueule (…) et à la fin faut considérer que c’est un monde où on ne fait aucune différence entre les hommes et les femmes (…) c’est un monde très détraqué, très pessimiste mais c’est ma vision personnelle et c’est ce vers quoi on arrive »

Quel est votre rapport à la violence ?

« Je pense pas que la violence touche le public (…) j’ai pas de problème avec la violence, j’ai un problème avec la violence de rue. J’ai une de mes filles qui s’est faite tabasser et ça m’a traumatisé (…) avant c’était mieux, je pense que depuis les années 50, on est dans des rapports très violents (…) ce qui va arrriver est pire, (…) on le sait. (Ma monteuse) a un regard féminin sur ce que je propose. Dans la boite de nuit, on a essayé d’étouffer tous les sons, c’est stylisé. Dans l’épisode II, il y a Sacha Distel, La belle vie (…) voilà je m’inspire de Leone, de Peckinpah, de tous ces grands qui m’inspirent (…) Mais je crois que la critique a un problème avec la violence, car lorsque je fais MR73, qui est une histoire d’amour (…), les critiques ont dit « Enfin Olivier Marchal ne se balade plus avec un flingue », (…) autant qu’on me dégomme sur le plan cinéphilique ça me va, ça m’est déjà arrivé, mais la plupart des critiques agressent (…) La violence elle peut être belle, au cinéma. Après moi je préfère filmer une scène de violence qu’une scène de cul (…) car je suis gêné. (…) (Toutefois) la violence m’intéresse quand c’est justifié. »

« La bagarre (dans la boite de nuit) a été faite en deux fois, dit-t-il. On avait rempli les gobelets, les figurants en dansant ont tout renversé et l’acteur s’est détruit tous les ligaments. » Il y a eu d’autres accidents, malgré les préparations, explique-t-il.

« Je dois beaucoup aux équipes et aux acteurs (…) ils m’ont beaucoup porté car j’y croyais pas. » « J’avais peur d’aller dans ça », c’est-à-dire de tomber dans le registre du comique tel Qui a tué Paméla Rose explique-t-il. « Il y a des maladresses, après je suis jamais content de moi ».

Comment s’est déroulé le montage ?

Il a eu lieu en Belgique, explique le cinéaste, et c’est son frère Denis Marchal qui a supervisé tout l’étalonnage. Concernant l’image, il y a 80 pour cent du travail du chef opérateur et 20 pour cent du travail de montage.

Est-ce que vous pourriez expliquer les personnages et leurs nombreux tatouages ?

« Tout ce qui est maquillage coiffure c’est les Bulgares qui ont bossé avec les Américains. Le chef maquilleur a trouvé une méthode… Alors il y a eu de faux tatous, mais il y en a eu de vrais ! (…) (Au moment de choisir des Nazis) je vois des mecs tatoués, et je dis ah cool ils paraissent vrais et on m’a répondu « ce sont des vrais ! ». Aussi il explique que le chef maquilleur a inventé une technique qui permettait au tatouage de rester cinq six jours (en résistant aux douches) et il n’y avait qu’à le reprendre le lendemain. « Moi j’aime bien les tatous, je trouve ça sexy (…) je pense que dans quinze ans, vingt ans, ce sera complètement banal. C’est quelque chose qui va redevenir has been peut être ».

Section Zéro, une série d’anticipation…

Olivier Marchal explique qu’il avait 20 ans lorsqu’il a vu le premier Mad Max, le meilleur de la saga selon lui : « Je voulais faire mon Mad Max à moi ». Il enchaîne en disant que le genre « me permet surtout de dire (et faire) n’importe quoi (…) les looks (…) ça m’a permis d’assurer mes délires et mes fantasmes ». Aussi il ne s’agit pas de dire qu’il a fait une nouvelle œuvre digne de ses inspirations : « Ça n’est pas de la fausse modestie, c’est juste que je pense qu’il faut jouer dans sa cours ».

Quelle est votre relation avec votre chef-opérateur ?

« On a déjà une relation très alcoolisée avec mon chef op’… Non je plaisante ! On a fait un film et on s’est retrouvé sur (ses films suivants) (…) C’est un type qui travaille très vite sans matériel et qui est cinéphile (…) On travaille à partir de films et photos (…) Je vois un film à la télévision qui m’interpelle, hop, je lui dis de regarder (…) Parfois on s’engueule, il me dit « le plan tu le monteras pas » (…) Il est aussi artiste. »

Il explique ensuite que sur la série se trouvaient des techniciens qui ont travaillé avec Oliver Stone et Alejandro Inarritu. Le cinéaste ne programme pas tout à l’avance, et compte sur ses collègues pour lui faire des propositions et surtout l’aider à concrétiser sa vision : « Alors après je sais ce que je veux mais ne sais pas l’exprimer ».

CineSeriesMag – Vous parlez beaucoup de Mad Max comme inspiration, on voit aussi Blade Runner, et beaucoup Robocop.

« Ah oui complètement, dans le genre de l’anticipation complètement. »

CSM – Est-ce que vous vous êtes inspiré du jeu vidéo Tom Clancy’s The Division ?

« Alors non, pas du tout, j’en ai entendu parler, mais non. »

CSM – Parce-qu’on retrouve bien des similitudes entre vos décors post-apocalyptique et le New-York du jeu vidéo ?

« Ah oui ? Faudra que je vois ça alors. »

CSM – Vous vous êtes inspiré des films de David Ayer qui travaillent beaucoup les techniques policières, les gestes policiers ?

« Euh non, je ne connais pas. »

CSM – Vous placez l’action dans le futur, malgré tout on reconnaît de nombreuses techniques et gestuelles de policiers, d’ailleurs déjà aperçues dans certaines de vos précédentes œuvres. Est-ce que vous avez réfléchi à ce que serait la police dans l’avenir, à ses techniques, à ses gestes… ?

« Alors non, hélas, on n’a pas eu le temps. C’est qu’il faut que ça va très vite (…) et on s’est concentré sur l’écriture (…) donc quand on en est arrivé là, on a pris nos flics, nos commandos et hop c’était parti. Donc non hélas, je suis pas allé jusqu’à ce point, c’est dommage, mais on n’avait pas le temps. »

La rencontre toucha à sa fin. Nous avons aussi appris qu’Olivier Marchal travaillait sur l’adaptation d’un livre de son ami romancier Jean-Christophe Grangé (Les Rivières Pourpres), La Ligne Noire, avec possiblement Mickey Rourke au casting.

Ci-dessus une featurette promotionnelle sur le travail d’Olivier Marchal sur Section Zéro.

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