TCM Cinéma Programme : À bout de course

Mardi 19 avril, TCM Cinéma diffuse un des chefs d’œuvre du grand Sidney Lumet

Synopsis : à 17 ans, Danny est un jeune Américain comme les autres. Il joue au base-ball avec ses copains, il fait du vélo ou du piano, etc. Mais lorsque deux voitures suspectées d’appartenir au FBI sont aperçues près de sa maison, sa famille et lui doivent repartir. Les parents de Danny sont poursuivis par les autorités fédérales pour avoir commis en 1971 un attentat qui a grièvement blessé et handicapé un gardien. Depuis, tous les six mois, Danny doit changer de ville et de vie, adopter une nouvelle identité et intégrer une nouvelle série de mensonges.

Tourné dans la seconde moitié des années 80, après un film (Le lendemain du crime) plus que décevant, À bout de course rassure les admirateurs du grand cinéaste : il est encore capable de signer un véritable chef d’œuvre qui porte la marque de son intelligence et de sa subtilité.

Portrait d’un adolescent

Le film est donc principalement le portrait d’un adolescent, incarné d’une façon magistrale par River Phoenix. Et l’adolescence, c’est le moment où un jeune est tiraillé entre son enfance auprès de ses parents et sa volonté d’une vie d’adulte autonome. C’est cela que montre Lumet en priorité ici. La scène finale du film se déroule à un carrefour et l’on peut voir nettement deux routes partir dans des directions différentes : cette image résume le long métrage.

D’un côté, il y a la fidélité à ses parents, qui ont été des activistes d’un groupe d’extrême-gauche au tout début des années 70. Le père (Judd Hirsch, que Lumet avait déjà dirigé dans Serpico, et qui tient ici le rôle de sa vie) est toujours fidèle à ses opinions, parfois jusqu’à la caricature (au point de rejeter la musique classique, considérée comme bourgeoise). Il exerce une autorité qu’il voudrait incontestable sur sa famille, prenant toute les décisions, maintenant une mainmise paranoïaque sur sa femme et ses enfants (« on est une unité », dira-t-il comme toute justification à une future fuite). Mais Lumet, avec la grande intelligence qui le caractérise, ne juge pas et ne condamne pas cet homme. Le spectateur le trouve excessivement sévère et directif ? Il suffit d’une scène de tendresse avec ses enfants pour faire pencher la balance de l’autre côté et nous montrer un homme sincère et intègre, aimant franchement sa famille.

Mais ce père refuse de voir la réalité en face. Sa famille se délite progressivement. Tout le monde veut quitter ce mode d’existence trop contraignant qui interdit toute vie sociale. Et Danny est celui qui semble donner l’impulsion de départ. Parce que vivre normalement, comme n’importe quel adolescent, devient un désir de plus en plus fort. Son attachement auprès de son prof de musique, son histoire d’amour avec Lorna, la question de son avenir et de sa possible entrée à l’université, tout cela s’oppose frontalement à la vie de fugitif imposée par ses parents.

Film politique

En s’attachant à ce personnage qui va à contre-courant de ses parents, Lumet retrouve un de ses  procédés narratifs habituels : celui du solitaire qui s’oppose au groupe. Comme Henry Fonda face aux autres jurés (dans Douze Hommes en colère), comme Treat Williams face aux flics corrompus qu’il balance (dans Le Prince de New-York), Danny est celui qui va en sens contraire et qui va, progressivement, en entraîner d’autres avec lui.

L’autre thème que l’on retrouve souvent chez le cinéaste, c’est celui de la famille. Et ici il est, bien entendu, en première ligne. La famille représente à la fois le lieu de développement de ses capacités et de son caractère (la mère qui apprend à Danny à jouer du piano) et l’endroit des interdits où ces capacités sont étouffées (Danny joue merveilleusement bien du piano, mais à la maison il le fait silencieusement, et il n’y a qu’à l’extérieur que ce don peut éclater au grand jour, loin du cocon familial).

À travers ces portraits de personnages complexes et en pleine mutation, Lumet fait preuve d’une grande subtilité. Jamais il ne juge ce qu’il montre, ne cherchant pas à condamner les engagements des parents par exemple, mais montrant à quel point l’époque a changé. Les convictions et les procédés des années 70 paraissent désuets à la fin des années 80, et le militantisme actif s’est transformé en banditisme.

Jamais le cinéaste ne force le trait, et c’est pour cela que ce film touche autant les spectateurs. Évitant les pièges du mélo, À bout de course n’en est que plus émouvant, et le final est absolument irrésistible. Refusant de traiter directement de politique, Lumet signe paradoxalement une grande œuvre politique sur l’engagement, l’éducation, la place de la famille dans la société.

Avec un casting impressionnant de justesse et une mise en scène d’une grande maîtrise, Sidney Lumet signe un chef d’œuvre émouvant, un grand film sur la famille et la politique.

À bout de course – Bande annonce

À bout de course – Fiche technique

Titre original : Running on empty
Réalisateur : Sidney Lumet
Scénario : Naomi Foner
Interprétation : River Phoenix (Danny Pope), Judd Hirsch (Arthur Pope), Christine Lahti (Annie Pope), Jonas Abry (Harry Pope), Martha Plimpton (Lorna Phillips), Ed Crowley (Mr. Phillips)
Photographie : Gerry Fisher
Montage : Andrew Mondshein
Musique : Tony Mottola
Producteurs : Amy Robinson, Griffin Dunne
Sociétés de production : Double Play, Lorimar Film Entertainment
Société de distribution : Warner Bros
Budget : 3 millions de dollars
Date de sortie en France : 26 octobre 1988
Durée : 111’
Genre : drame

 

États-Unis – 1988

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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