Marseille, un film de Kad Merad : critique

Marseille essaye de trouver un juste milieu entre le comique et le dramatique, malheureusement, Kad Merad qui a écrit et réalisé ce long-métrage, aurait plutôt dû faire le choix de s’ancrer pleinement dans un registre ou dans l’autre pour avoir une histoire un peu plus profonde.

Synopsis : Paolo, parti en vacance avec son fils, reçoit un appel de son frère Joseph lui expliquant que leur père a eu un accident et se trouve entre la vie et la mort. Il décide, par conséquent, de retourner à Marseille auprès de sa famille, qu’il n’avait plus vue depuis 25 ans. De retour chez lui, Paolo s’installe avec son fils chez Joseph et sa femme pour se faire pardonner auprès de son père les erreurs qu’il a pu commettre par le passé.

Des vacances ennuyeuses

Certains passages nous permettrons de nous familiariser aux activités, à la vivacité et au franc-parler de ses habitants, mais nous pourront aussi ressentir une certaine lassitude à cause d’un humour qui tend vers l’exagération et pas toujours adapté en fonction de la situation.

En effet, nous aurions eu davantage de plaisir devant notre écran si ces nombreux clichés autour de la ville phocéenne et de ses habitants n’alourdissaient pas autant le propos du film. Car avec un personnage qui redécouvre sa terre natale, tout en recollant les morceaux avec ses proches, Kad Merad en vient à gratifier le film d’une redondance assez gênante tant celle-ci joue assez maladroitement avec les codes de la comédie quitte à laisser penser à une caricature de Marseille. Il suffit ainsi de voir le portrait peu flatteur et éternellement bougon des marseillais et leur passion dévorante pour le foot (montrée plus d’une fois d’ailleurs) pour comprendre que Merad, en voulant compiler l’âme de Marseille, n’en a tiré que la substance, faite d’exagération jusqu’au boutiste, sapant en définitive tout espoir que de voir des personnages prompts à susciter une once d’empathie. 

Un constat d’autant plus frappant à la vue du scénario – téléphoné au possible-, qui vu son aspect risible n’échappe pas à la facilité et nous gratifie d’un épilogue banal, ne faisant naitre que des remords, face au  potentiel gâché. A ce titre, le personnage de Paolo, central certes, est un cas d’école tant la platitude de son écriture empêche la naissance d’une quelconque empathie pour les autres personnages, malheureusement bien trop annexes pour qu’on s’y intéresse. Ainsi, à part l’idée « d’essayer » de faire rire pour son accent canadien à l’opposé de l’accent marseillais, le fils de Paolo ne dispose d’aucun intérêt à la narration, alors qu’on aurait pu y voir là le terrain prompt à faire naitre une belle relation père/fils où le jeune garçon découvre une partie de ses origines. Pour autant, ce manque est global puisque le constat est similaire pour Stéphane, le maire de Marseille (interprété par Louis-Do de Lencquesaing) qui, en brillant de par son absence, prouve les carences du scénario qui préfère étayer dans la gêne en donnant à voir le patriarche amnésique se perdre dans les rues de la ville en pleine nuit, en lieu et place de son passé avec Paolo et Joseph.
Heureusement, la présence de Patrick Bosso qui interprète le frère de Kad Merad permet de montrer de belles scènes où l’on ressent toute l’alchimie de ce duo qui pourra apporter une belle émotion aux spectateurs.

En revenant sur l’évolution de Giovanni, le père de Paolo et Joseph (interprété par Venantino Venantini), le scénario accuse le coup d’une baisse de régime. Et ce n’est pas l’incohérence que de voir le vieil homme arriver à s’évader de sa chambre d’hôpital au nez et à la barbe du personnel qui égayera le film, tant cet acte apparemment anodin et pourtant impossible renforce notre désintérêt sur l’ensemble et ne laisse guère du meilleur pour la suite.

Enfin, malgré la relation (assez clichée là aussi) que développe Paolo avec Elena qui est assez touchante, la conclusion, arrivant si facilement et trop rapidement, nous empêche de réfléchir à comment évoluera leur relation étant donné qu’elle vit à Marseille et que lui vit à Montréal, là aussi un échange entre Elena et le fils de Paolo aurait été bienvenu pour créer plus de profondeur dans ce film qui commence des histoires sans forcément les conclure comme il devrait.

Là où Dany Boon nous avait offert avec Bienvenue chez les Ch’tis un film réussi qui débordait d’humour et faisait honneur aux habitants du nord, Kad Merad offre une histoire sympathique  mais très rapidement lassante par ses excès de gags mal placés ou d’une trame sous développée.

Marseille : Bande annonce

Marseille : Fiche technique

Réalisateur : Kad Merad
Scénario : Kad Merad, Patrick Bosso, Judith El Zein
Interprétation : Kad Merad (Paolo), Patrick Bosso (Joseph), Judith El Zein (Elena), Anne Charrier (Valérie), Julien Boisselier (Pierre), Venantino Venantini (Giovanni), Philippe Lefebvre (Le directeur du CTC), Louis-Do de Lencquesaing (Stéphane), Mathieu Madénian (Le maître d’hôtel du Petit Nice)
Production : Jean-Baptiste Dupont, Richard Grandpierre, Cyril Colbeau-Justin
Sociétés de production : Eskwad et LGM Productions, Pathé Production, TF1 Films Production
Distributeur : Pathé Distribution
Durée : 102 minutes
Date de sortie : 16 mars 2016
Genres : Comédie, Drame

France – 2016

Festival

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Maxime Kasparian
Maxime Kasparianhttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant master cinéma-audiovisuel, je suis un passionné du cinéma depuis mon plus jeune âge grâce la saga intergalactique Star Wars (il est évident de vous dire que mon film préféré jamais détrôné à ce jour est L’empire contre-attaque). J’ai aussi une profonde addiction pour les séries télévisées notamment Lost et 24h chrono qui sont pour moi les plus novatrices, et malgré mon âge qui a largement dépassé la vingtaine, je garde une âme d’enfant en continuant de regarder avec amour les nouveaux films d’animation Disney, Pixar et compagnie. Mes artistes de références : James Cameron, Steven Spielberg, Ridley Scott, JJ Abrams, Joss Whedon, Shonda Rhimes, Ewan McGregor, Michael Fassbender, Matthew McConaughey, Meryl Streep, Jennifer Lawrence, Sigourney Weaver, Cate Blanchett. J’espère percer dans la critique, j’adore parler et débattre du cinéma, de télévision, de séries télés qui sont, pour moi, les meilleurs moyens de s’évader, de faire rêver, mais aussi de refléter notre société et nos cultures.

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