Entre-Deux, un court métrage de Franchin Don : Critique

La belle et jeune compositrice Sarah meurt brutalement mais son esprit demeure. Dans les oreilles de son compagnon Clément, dans les derniers souvenirs de sa mère Jeanne. L’entre-deux du titre est peut-être ce petit laps de temps, celui du deuil, nécessaire avant de reprendre une vie normal après la mort d’un être proche. Chacun réagit différemment après un décès et c’est ce dont l’écriture subtile de Éric Geynes cherche à nous interroger. Certains refoulent tandis que d’autres profitent, comme Jeanne, de cette ultime opportunité pour expier à leurs façons les fautes commises envers le disparu.

Peu de moyens mais un travail acharné sur le son et la lumière suffisent à nous immerger dans cet état second post-traumatique que vivent les deux personnages. Les échos de l’âme de Sarah résonnent et vibrent encore longtemps dans le corps des personnages et les oreilles des spectateurs. La réalisation, dépouillée de tout dialogue superflu, est d’une grande rigueur et d’une efficacité prometteuse.

Mais la réussite la plus encourageante de ce court est son scénario, suffisamment riche pour être adapté au long. Il y a quelque chose de purement hitchcockien dans cet Entre-deux, comme une vertigineuse référence à Sueurs Froides. Après le décès de sa fille, Jeanne ressent le besoin de vivre sa journée (voire sa vie ?) à sa place, avec son compagnon. Clément voit ainsi dans Jeanne le visage vieillissant de Sarah, comme une âme revenue d’entre les morts, et tombe forcément amoureux de ce futur qui vient de lui être dérobé.

Avec de véritables ambitions purement cinématographiques, Franchin Don signe un vertigineux hommage à Sueurs Froides. Un film qui pourrait très bien symboliser l’entre-deux entre le court et le long-métrage.

Synopsis : Sarah, une jeune compositrice, annonce une bonne nouvelle à son compagnon Clément mais leur bonheur est de courte durée. Lorsque les parents de Sarah apprennent qu’elle vient de décéder, sa mère Jeanne ramène Clément chez lui et tente de déchiffrer la vie de sa fille. Le lendemain, elle demande à Clément de l’accompagner pour capturer chaque instant de la journée que Sarah aurait dû vivre.

Entre-Deux: Fiche Technique

Un Court-métrage de Franchin Don
Marie Bunel – Jeanne Derancy – Eric Geynes – Clément (Scénariste / Producteur) Capucine Delaby – Sarah Derancy, Bernard William – Bernard Derancy
Producteur délégué : Éric Geynes
Producteur exécutif : Éric Geynes
Directeur de la photo : Vincent Moreau
Assistant opérateur : Julien Raynaud
Directeur de production : Jérôme Cusin
Monteur son : HealaeH
Auteur de la musique : Cécile Bonardi
Costumier : Fabien Chesseboeuf
Chef maquilleuse : Amélie Salomon
Assistante à la réalisation : Andrea Wagenknecht
Coproducteur : Benjamin Bonnet
Ingénieur du son : HealaeH
Cadreur : Vincent Moreau
Monteuse : Margaret Glover
Scripte : Amandine Assenat
Chef décoratrice : Coline Antonucci
Effets spéciaux : Humayun Mirza
Mixeur : HealaeH
Année de production : 2015
Production Déléguée : Gerbille Productions
Coproduction : Mood Films Production

Site internet:  https://entredeuxfilm.wordpress.com/ (EN https://hiatusfilm.wordpress.com/)

le making of / interview https://vimeo.com/114659139

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Jim Martin
Jim Martinhttps://www.lemagducine.fr/
Diplômé en Lettres, puis en Cinéma, je n'avais qu'une gageure. Celle de braver tous les pans de l'histoire du cinéma, du chef-d’œuvre intimiste au navet international, pour écrire et partager mes points de vue sur ce septième art qui, comme nul autre, nous ouvre au monde et à des expériences sensorielles inédites. Je vous engage dès lors à ne pas être d'accord avec moi. Réagissez, débattez et donnez ainsi sens à ce cinéma que l'on chérit tant !

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.