Magic in the Moonlight, un film de Woody Allen : Critique

Magic in the Moonlight ou le monde des illusions et des faux-semblants.

Synopsis: Le prestidigitateur chinois Wei Ling Soo est le plus célèbre magicien de son époque, mais rares sont ceux à savoir qu’il s’agit en réalité du nom de scène de Stanley Crawford : cet Anglais arrogant et grognon ne supporte pas les soi-disant médiums qui prétendent prédire l’avenir. Se laissant convaincre par son fidèle ami Howard Burkan, Stanley se rend chez les Catledge qui possèdent une somptueuse propriété sur la Côte d’Azur et se fait passer pour un homme d’affaires, du nom de Stanley Taplinger, dans le but de démasquer la jeune et ravissante Sophie Baker, une prétendue médium, qui y séjourne avec sa mère…

Play it again, Sam

Les années passent, et Woody Allen égraine ses films. Il le fait sans forcément séparer le bon grain de l’ivraie. Au bout de 44 films, il est capable de réaliser un film entier quasiment en pilotage automatique, presque sans se fouler. C’est bien dans cette catégorie que se situe ce nouveau film, totalement allénien, agrémenté des punchlines qui font sa signature et semblent être sortis de sa propre bouche, mais hélas peu inspiré, notamment au niveau du scénario.

Soit donc vers la fin des années 20, Stanley Crawford alias Wei Ling Soo, un magicien déguisé en une sorte de Dr Fu Manchu, odieux avec le personnel en coulisses, présomptueux et imbu de sa personne, mais qui s’avère être un Englishman policé et affable dès lors qu’il enlève son masque. Une manière sans doute habile pour Woody Allen d’introduire son sujet : le monde des illusions et des faux-semblants et par extension de l’invisible. Un sujet de prédilection.

Un soir, après une brillante représentation de plus, Stanley est rejoint par Howard, également magicien, opérant dans l’ombre du grand Wei Ling Soo, mais  néanmoins ami ; ce dernier l’invite à venir confondre une jeune medium américaine qui « sévit » sur la Côte et est en passe d’ensorceler le jeune et riche héritier Brice Catledge et sa famille, installés dans le Sud de la France (Woody Allen, ou plutôt sa sœur a écumé la Côte d’Azur pour trouver des spots tous plus splendides les uns que les autres). Stanley a forgé sa réputation sur sa rationalité, son esprit scientifique, et c’est donc incognito qu’avec son ami Howard, il rend visite à cette riche famille britannique, dans l’optique de démasquer la supercherie.

Stanley rencontre Sophie Baker, la jolie et pétillante medium, de près de 30 ans sa cadette, pétri de préjugés sur les prétendues « vibrations mentales » de cette dernière. Très vite pourtant, il est troublé par certaines révélations, et le film va raconter sa transformation par rapport à ses propres repères, (la science, la raison, la tempérance en toutes choses, jusqu’à l’invisible et Dieu), ainsi que l’idylle qui se noue ou pas entre les deux, avec à son apogée une « magie sous un clair de lune », une ouverture de l’Observatoire de Nice vers un ciel romantique en diable.

Le jeu de ces deux acteurs et des personnages secondaires est irréprochable. Colin Firth joue à merveille l’homme qui est revenu de tout, sûr de son bon sens, affichant presque du mépris pour ses semblables qui seraient crédules ou charlatans.  La jeune Emma Stone est une parfaite fausse ingénue, une « illuminée » dont le physique diaphane est en concordance avec cette jeune yankee des années 20, libre et sans le sou, affriolant le bourgeois dans ses adorables tenues Charleston. La tante de Stanley, flegmatique à souhait, une Vanessa incarnée par Eileen Atkins, finit d’apporter une gracieuse touche britannique au film de Woody Allen, tandis que Jacki Weaver, en crédule d’entre les crédules, un sourire niais permanent aux lèvres, apporte la touche de folie.

Et pourtant, le film de Woody Allen peine à nous émouvoir, tant il donne l’impression d’avoir été écrit sur un coin de table. Tout d’abord, l’allusion à la magie et au « monde invisible » est un sujet, qu’en tant que magicien amateur dans sa jeunesse, Woody Allen a déjà exploré dans des films comme Scoop ou encore Le sortilège du Scorpion de Jade. Les thématiques qu’il nous propose, sont celles qui ont émaillé ses films depuis toujours, la question de la mort en tout premier lieu. Sa relation avec Dieu aussi, avec cette scène improbable où Colin Firth s’essaie à la prière, quand sa chère Tante Vanessa se retrouve entre la vie et la mort suite à  un accident de voiture ; il le fait d’une manière si peu convaincue et encore moins convaincante, montrant en un seul plan à quel il ne peut pas s’y résoudre malgré tout, même si la vieillesse avance et que la tentation est grande de se laisser envelopper… La romance est peu crédible et a des allures factices, sans doute à cause de l’écart d’âge entre les deux protagonistes, aucun talent ne pouvant transformer un Colin Firth vieillissant en un perdreau de l’année !

En dehors d’un choix d’acteurs globalement judicieux, le grand talent de Woody Allen est, depuis un certain nombre de films maintenant, de faire confiance au très talentueux Darius Khondji pour la cinématographie. Le film est tourné dans des tons pastels et frais qui correspondent à l’idée qu’on peut se faire du Sud de la France des années 20, la French Riviera des britanniques et autres américains. Il est baigné d’une lumière naturelle superbement restituée, et de cadrages très équilibrés qui trouvent leur apothéose dans une scène de bal (à la villa Eilenroc de Juan-les-Pins) qui ne déparerait pas face au plus épique du Gatsby le magnifique très haut en couleurs de Baz Luhrmann. Darius Khondji en convient lui-même.

Il est maintenant dans les mœurs de parler d’un « bon » Woody Allen, et d’un « moins bon » Woody Allen. Magic in the Moonlight est à ranger parmi les seconds, une sorte de pause après le vrai élan créatif de Blue Jasmine. C’est un film un peu paresseux, mais un film paresseux d’un très grand faiseur, et il reste un plaisir des yeux supérieur à la moyenne de ce qui est donné à voir par les temps qui courent…

Fiche Technique: Magic in the Moonlight

Réalisateur : Woody Allen
Genre : Comédie, Romance
Année : 2014
Date de sortie : 22 Octobre 2014
Durée : 97 min.
Casting : Colin Firth (Stanley), Emma Stone (Sophie Baker), Simon McBurney (Howard Burkan), Catherine McCormack (Olivia), Eileen Atkins (Tante Vanessa), Erica Leerhsen (Caroline), Jeremy Shamos (George),Hamish Linklater (Brice), Marcia Gay Harden (Mme Baker), Ute Lemper (chanteuse cabaret), Jacki Weaver (Grace Catledge)
Scénario : Woody Allen
Chef Op : Darius Khondji
Nationalité : USA
Producteur : Letty Aronson, Stephen Tenenbaum, Edward Walson
Maisons de production : Dippermouth, Gravier Productions, Perdido Productions, Ske-Dat-De-Dat Productions
Distribution (France) : Mars Distribution

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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