Blue Ruin – Critique du film

Blue Ruin fait partie de ce que le cinéma indépendant américain peut créer de mieux, lorsqu’on le laisse libre de mener un projet à bien, libéré à 100 % des carcans des maisons de production.

Kick-Ass blues

C’est le cas de ce Blue Ruin, à des milliers de lieues des Little Miss Sunshine, Juno, et autres produits formatés, calibrés pour briller à Sundance puis attirer un maximum de spectateurs en salle. Ici, le film a été tourné avec des bouts de ficelles, financé en partie par le crowdfunding (il a récolté plus de 35 000 dollars sur la plate-forme Kickstarter) et son réalisateur a aussi les casquettes de scénariste et directeur de la photographie. C’est d’ailleurs par ce rôle que Jeremy Saulnier s’est fait connaître, travaillant sur plusieurs petits projets, dont l’excellent I Used to be darker tout récemment.

Génération désargentée

Cette absence de moyens se ressent dans le film. Les acteurs principaux sont tous des connaissances de longue date du metteur en scène, les décors, peu nombreux, ont été trouvés grâce au système D, voire sont les lieux d’habitation de membres de l’équipe, ce qui se ressent d’ailleurs à l’image. On est loin des maisons savamment meublées pour faire artiste mais pas trop, et où chaque objet à son importance. Ici, tout est froidement réaliste, et on sent une économie dans la moindre scène, le moindre plan. C’est cela, d’ailleurs, qui fait en partie le charme de Blue Ruin. Cet aspect film d’étudiants monté avec peu d’argent, mais qui sait se donner les moyens de ses ambitions.

Car au-delà de l’histoire, qui est presque tristement banale, c’est ce réalisme glacé qui transpire de la pellicule qui prend à la gorge. Un sentiment de vrai inspiré de décors naturels, donc, mais aussi de l’écriture du personnage principal, et de sa prestation à fleur de peau. Dwight n’est pas un tueur, il le sait, et le spectateur le sait, le voit, à travers ses hésitations, ses prises de décisions aléatoires et sa manière un peu brute de tuer. On est loin du film de vigilante comme on en voit fleurir un peu partout. Ici, le héros n’est pas un milliardaire, ne devient pas une star du jour au lendemain par la magie des réseaux sociaux. Simplement, il a une tâche à accomplir, qui ne lui plaît pas plus que ça, mais qu’il compte bien mener à son terme.

Obsession meurtrière

Cette quête de vengeance nous est racontée froidement, presque chirurgicalement, à travers une mise en scène posée, lente, presque apathique parfois, à l’image de son héros. Les dialogues se font rares, la caméra reste fixée sur Dwight, qui fait avancer le film au rythme de ses sentiments. Les déchaînements de violence, très crus, laissent place à des moments de pure contemplation. De ce drame, il affleure parfois des moments de pure comédie noire. Au final, cet ovni cinématographique est plutôt inclassable. Thriller, drame, comédie, les genres se mélangent, un peu comme dans le cinéma des frères Coen, en moins codifié. Un film à nul autre pareil, à ne pas manquer !

Synopsis : Un vagabond solitaire voit sa vie bouleversée lorsqu’il retourne à sa maison d’enfance pour accomplir une vieille vengeance. Se faisant assassin amateur, il est entraîné dans un conflit brutal pour protéger sa famille qui lui est étrangère.

Fiche technique – Blue Ruin

États-Unis – 2013
Réalisation: Jeremy Saulnier
Scénario: Jeremy Saulnier
Interprétation: Macon Blair (Dwight Evans), Devin Ratray (Ben Gaffnay), Amy Hargreaves (Sam), Kevin Kolack (Teddy Cleland), Eve Plumb (Kris Cleland), David W. Thompson (William), Brent Werzner (Carl Cleland), Stacy Rock (Hope Cleland), Sidné Anderson (agent Eddy)…
Genre: Thriller
Date de sortie: 9 juillet 2014
Durée: 1h31
Image: Jeremy Saulnier
Décor: Kaet McAnneny
Costume: Brooke Bennett
Montage: Julia Bloch
Musique: Brooke Blair, Will Blair
Producteur: Anish Savjani, Richard Peete, Vincent Savino
Production: Filmscience, Neighborhood Watch
Distributeur: Wild Side Films, Le Pacte

Auteur de la critique : M.Y

 

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