Deadpool 2 : La mare aux connards

Après l’agréable surprise d’un premier opus qui ne se prenait pas trop la tête, Wade Wilson reprend les sabres pour tailler dans le lard de la pop culture moderne. Et malheureusement ce qui devait arriver arriva. À force de pêcher par excès, Deadpool 2 devient ce qu’il s’évertue à caricaturer : un blockbuster paresseux entièrement dédié à l’humour jetable.

Il est toujours un peu triste de constater à quel point l’écurie Marvel a fait du dégât dans le paysage du blockbuster. Outre cette mode des univers étendus, partagés et digérés, et cette esthétique de tâcheron érigée en système, c’est surtout cette tyrannie du fun et du cool qui semble peu à peu ronger l’imaginaire collectif. Les films de super héros doivent être drôles et ne surtout pas prendre la tête du spectateur, venu pour siroter son soda et bouffer son pop-corn. Prenons pour témoin le dernier Avengers qui, malgré un méchant avec des atours d’antihéros tragique et une ambiance de saine apocalypse, ne pouvait résister a l’envie de glisser quelques vannes hors de propos. Même le versant « sombre et mature » (DC comics), a fini par rentrer dans les rangs de la positive attitude avec un Justice League remanié par Joss Wedhon,  artisan du cool devant l’éternel. Et qu’on ne vienne plus nous dire après ça que le Thor de Kenneth Branagh, pensé comme une comédie sur fond de mythes nordiques, n’aura pas marqué l’histoire…

Deadpool2-Ryan-Reynolds-film-critique-reviewEnfin bon, si on vous parle de ça ici, c’est qu’il s’agit bien du fond du problème. « Oui mais Deadpool est un crétin rigolo, donc c’est normal que le film soit une comédie » allez vous dire. Certes, le personnage crée par Rob Liefeld et Fabian Nicieza dans les années 90 est un bouffon rigolard et un peu psychopathe qui met régulièrement à mal la logique narrative des œuvres dans lesquelles il apparaît. Il est donc logique que son propre film soit dans une veine comique. Sauf que c’est l’humour avec un grand H qu’il faudrait repenser pour comprendre pourquoi ici, cette débauche de gags scabreux, de caméos surprises (Terry Crew, Brad Pitt, Matt Damon etc…) et d’auto-référence ne fonctionne pas.

Le premier film gagnait l’adhésion du public par son apparente simplicité. Une bonne partie de l’intrigue était centrée autour d’un affrontement sur un tronçon d’autoroute, où parfois le personnage se tournait vers nous pour expliquer un peu comment il en était arrivé là. L’unité de lieu qui s’étendait (temporellement et géographiquement) était finalement dans la logique même de cette narration « méta ». On n’était jamais vraiment sûr de la véracité des faits racontés. Par ce simple effet narratif, Tim Miller prenait à bras le corps la particularité du mercenaire (sa « comics awareness » comme ils disent) pour en faire un élément de mise en scène. C’était comme si le héros faisait son propre film au fur et à mesure. Plutôt fin pour un film qui s’est surtout vendu autour de son humour potache.

Mais pour diverses raison (on n’évoquera pas trop l’ego de l’interprète principal), Tim Miller s’est vu remercié après ce premier film pour être remplacé par David Leitch, encéphale gauche du succès John Wick, tandis que Reynold s’offrait la place de co-scénariste. Constatons rapidement que la partie artistique et baroque de John Wick était dans l’encéphale droit, et revenons donc à notre histoire d’humour.

S’il y’a un reproche que l’on peut faire à « l’humour marvel », ce n’est pas d’être nul, mais d’être trop souvent hors-sol. En tant qu’unités comiques, ces pastilles humoristiques fonctionnent bien, mais prises dans l’ensemble du film, elles semblent totalement déconnectées du sujet principal (par exemple Drax qui mange des chips alors que Thanos arrive dans Infinity Wars). Sauf les blagues de Captain America, qui renforcent le côté « héros de d’un monde disparu », ou les gags de Thor Ragnarök qui ne cessent de rappeler le déracinement des personnages et leur mauvaise maîtrise d’un nouvel univers. Pour faire simple, les moments drôles sont au service du sujet.

Deadpool-x-force-critique-cinemaDans Deadpool 2, comme dans toute mauvaise comédie, la hiérarchie est inversée et les blagues deviennent le sujet du film. Entièrement dédiés à la satisfaction d’un public de plus en plus gourmand de références roublardes et de clins d’œil de moins en moins subtils, les gags s’enchaînent, évoquant ça et là divers piliers de la pop culture (du générique à la James Bond sur le nouveau tube de Céline Dion à l’évocation des logiques de studios). On rigole parfois, mais au bout d’un moment la lassitude se fait sentir, car justement le film n’a pas de point de fuite ou de direction précise. L’introduction laisse sentir une envie d’emmener la franchise vers un horizon plus sombre… mais la promesse est non tenue, puisque même le spleen du héros est ramené au rang de la blague méta (il se compare à Logan). Et puis l’on nous promet la création d’une équipe de bras cassés, mais c’était encore une blague (qui en plus bloque tout développement d’autres personnages). Un méchant ultra-viril ? Pareil, on nous réchauffe l’opposition bateau entre le « sombre » de DC comics et le « fun » de Marvel. Ne parlons même pas de certains personnages iconiques condamnées à prendre des balles dans la tête ou des câbles éclectiques dans l’anus (Black Tom Cassidy, merci d’être passé). La seule obsession de Reynolds semble être d’enchaîner les blagues, remplissant ce que l’on appelle dans le jargon un cahier des charges.

Et puis, après une heure trente de gesticulation comico-lourdingue, un potentiel thème fort surgit de derrière les fagots. Et pas des moindres : celui de la maltraitance infantile et de la pédophilie (on n’invente rien, le mot est prononcé dans le film). Bigre, en voilà une surprise de taille, et on se retrouve avec une dernière demi-heure efficace où moments dramatiques, scènes d’action et idées comiques convergent toutes vers cette belle idée : faire leur fête aux salauds qui s’attaquent aux enfants. Donc voilà, il y avait bien un sujet à traiter dans ce Deadpool 2. Sans aller jusqu’à demander des blagues sur la pédophilie, nous étions en droit d’attendre que cette idée forte soit traitée avec un peu d’intelligence. Il aurait été possible de conserver la gouaille légendaire de Wade Wilson, tout en l’emmenant vers des horizons plus matures. Bref, faire de Deadpool un vrai super héros, tourné du côté des rebuts et des bras cassés de la société, c’était carrément jouable. Mais bon, à en croire Reynolds, qui préfère se vendre sur son auto-dérision, ce n’était pas le sujet.

Deadpool 2 : Bande-annonce

Synopsis : L’insolent mercenaire de Marvel remet le masque ! Plus grand, plus-mieux, et occasionnellement les fesses à l’air, il devra affronter un Super-Soldat dressé pour tuer, repenser l’amitié, la famille, et ce que signifie l’héroïsme – tout en bottant cinquante nuances de culs, car comme chacun sait, pour faire le Bien, il faut parfois se salir les doigts. 

Deadpool 2 : Fiche Technique

Réalisateur : David Leitch
Scénario : Ryan Reynolds, Paul Wernick, Rhett Reese, Rob Liefeld, Fabian Nicieza, d’après les comics de Rob Liefeld et Fabian Nicieza
Avec Ryan Reynolds, Josh Brolin, Morena Baccarin, Julian Dennison, Zazie Beetz, Morena Baccarin, Andre Tricoteux, Brianna Hildebrand…
Décors : Sandy Walker ; David Scheunemann
Costumes : Kurt and Bart
Photographie : Jonathan Sela
Montage : Craig Alpert, Elísabet Ronaldsdóttir et Dirk Westervelt
Bande originale : Tyler Bates
Genres Action, Comédie, Aventure
Sociétés de production : 20th Century Fox, Marvel Entertainment, Genre Films, The Donners’ Company
Distributeur Twentieth Century Fox France
Durée : 2h 00min
Date de sortie : 16 mai 2018

États-Unis

Festival

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Cannes 2026 : Le Château d’Arioka, leçon d’honneur

Présenté à Cannes Première, "Le Château d'Arioka", nouveau film de Kiyoshi Kurosawa, est un film policier féodal en forme de huis clos philosophique. Un film de samouraïs, sans grandes batailles ni duels au katana, qui convainc, à condition d'accepter son tempo, tel une infusion en quatre mouvements.

Newsletter

À ne pas manquer

Tout va super : Voir Habib et mourir

Drôle, subtil et bouleversant, Tout va super mêle comédie romantique et réflexion sur la fin de vie. Porté par une distribution éclatante (Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb, Camille Chamoux, Rudy Milstein), le nouveau film de Patrick Cassir a des airs de Blier en plus suave.

The Mandalorian and Grogu, ou la saga Star Wars à bout de Force ?

Après sept ans d’absence au cinéma, The Mandalorian and Grogu ramène enfin Star Wars sur grand écran. Jon Favreau livre une aventure accessible, efficace et parfois franchement plaisante, mais dont le manque d’enjeu, d’ambition visuelle et de souffle cinématographique finit par réduire le retour de la saga à un simple téléfilm de luxe.

Passenger – Frissons routiers balisés pour tenue de route correcte

Avec Passenger, André Øvredal revient à l’horreur d’exploitation pure, entre légende urbaine, présence démoniaque et frissons nocturnes sur les routes. Si son excellente scène d’ouverture et quelques morceaux de mise en scène rappellent son vrai savoir-faire, le film reste trop banal, trop calibré et trop pauvre dans ses personnages pour dépasser le rang de série B honnête.

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.
Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

Tout va super : Voir Habib et mourir

Drôle, subtil et bouleversant, Tout va super mêle comédie romantique et réflexion sur la fin de vie. Porté par une distribution éclatante (Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb, Camille Chamoux, Rudy Milstein), le nouveau film de Patrick Cassir a des airs de Blier en plus suave.

The Mandalorian and Grogu, ou la saga Star Wars à bout de Force ?

Après sept ans d’absence au cinéma, The Mandalorian and Grogu ramène enfin Star Wars sur grand écran. Jon Favreau livre une aventure accessible, efficace et parfois franchement plaisante, mais dont le manque d’enjeu, d’ambition visuelle et de souffle cinématographique finit par réduire le retour de la saga à un simple téléfilm de luxe.

Passenger – Frissons routiers balisés pour tenue de route correcte

Avec Passenger, André Øvredal revient à l’horreur d’exploitation pure, entre légende urbaine, présence démoniaque et frissons nocturnes sur les routes. Si son excellente scène d’ouverture et quelques morceaux de mise en scène rappellent son vrai savoir-faire, le film reste trop banal, trop calibré et trop pauvre dans ses personnages pour dépasser le rang de série B honnête.