American Crime Story saison 2 : Autopsie d’un tueur en série

Après avoir retracé l’un des procès les plus médiatisés de l’histoire judiciaire américaine dans sa première saison, la nouvelle anthologie concoctée par Ryan Murphy revient sur un autre fait divers qui aura secoué les années 90, l’assassinat du créateur de mode Gianni Versace dans American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace.

Couleur flashy, décor baroque, les premières images dévoilées pour cette deuxième saison laissaient entrevoir une plongée fracassante dans l’univers chic et choc du couturier Gianni Versace. La promo mise d’ailleurs tout sur son trio de stars hispaniques (jouant tous les trois des personnages italiens) Edgar Ramirez, Ricky Martin et Penelope Cruz. Le premier épisode de la saison va clairement dans ce sens, nous en mettant plein les yeux, nous transportant directement sous le soleil du Miami de la fin des années 90s, et son style pétaradant. Le tout allié à une mise en scène au cordeau, avec plan et travelling dont Murphy a le secret. On se dit très vite que le showrunner se trouve comme un poisson dans l’eau dans cet univers, et qu’il pourra exploiter pleinement son goût pour une certaine grandiloquence. Sauf qu’on ne pouvait mieux se tromper, car si le premier épisode fait illusion, le reste de la saison va prendre une direction bien différente.

American Crime Story : The Assassination of Gianni Versace va prendre une tournure qu’on pourrait qualifier d’intimiste. Malgré ce que peut nous dire le titre, la vrai star du show ne sera pas le styliste italien, mais son assassin, le jeune Andrew Cunanan. Bien que le tragique fait divers soit le point de départ de la série, nous montrant l’assassinat dès le premier épisode, ce n’est pas toute l’enquête qui va suivre et la chasse à l’homme engagée dans les quelques jours suivants qui va intéresser Tom Rob Smith, principal scénariste de la saison. Cette saison 2 va nous raconter la genèse d’un serial killer. Au travers des 9 épisodes, on va donc nous raconter de manière antéchronologique la terrible odyssée sanguinaire au travers des États-Unis de Cunanan qui a abouti à la mort de 5 hommes.  Exit donc le Penelope Cruz show (et son horrible accent) en Donatella Versace, mais place à la révélation Darren Criss, faisant le grand écart avec une autre prod de Murphy, Glee.

Au cours des 7 épisodes compris entre le pilot et le final, les showrunners vont dresser le portrait d’un véritable american psycho. Andrew Cunanan est montré comme un homme intelligent, déterminé, et disposant à la fois d’une certaine sensibilité qui ne transparaît pas forcément au premier abord. Un personnage complexe dont la destinée funèbre dévoile ses origines au fur et à mesure des épisodes. Une rencontre avec Gianni Versace à San Fransisco qui joue un rôle cathartique, une histoire d’amour qui finit mal avec un jeune architecte, une amitié sabordée avec un ex-militaire, la moindre rencontre semble avoir impacté le destin macabre de Cunanan. L’angle d’attaque adopté par les scénaristes est l’homosexualité de Cunanan et la vision de l’homosexualité dans les années 90. Une homosexualité qui reste encore cachée, que cela concerne le personnage de Finn Wittrock et sa mésaventure au sein de l’armée, ou encore celui campé par Ricky Martin, petit ami de Gianni Versace, véritable homme de l’ombre qui se retrouve complètement dépossédé après la disparition du seul être lui accordant sa lumière. Une sexualité qui est pour la plupart d’entre eux lourde à porter, Jeff évidemment, mais aussi David dans le cercle familial. Seul Andrew semble être à l’aise avec sa sexualité, en profitant pour se placer dans l’ombre du self-made man qu’était son père, s’accoquinant avec le vieil homme à la renommé saisissante et avec Gianni Versace comme trophée ultime. Andrew veut être vu, et va agir comme une véritable faucheuse de ces âmes cachées, révélant ainsi leur homosexualité au grand jour dans une mise en scène mortifère (le cas Miglin). Quête de célébrité par tous les moyens, méprisant l’ordinaire, l’unique façon pour Cunanan d’y accéder sera dans la destruction. Quoi de mieux comme apogée que la destruction d’un créateur.

American-Crime-Story-Saison-2-edgar-ramirez-ricky-martinForcément, le thème de la création est présent à chaque instant. Celui renvoyant au milieu de la mode évidemment avec des moments mis en parallèles avec des changements cruciaux dans la maison Versace, comme cette émancipation de Donatella. Mais là où la création se fait plus forte, c’est dans l’image que cherche à renvoyer Cunanan. À base de mensonges, Cunanan se tisse une vie de goldenboy, embobinant n’importe quel jeune homme. Et forcément, toutes ces supercheries prennent leur source dans le créateur originel d’Andrew Cunanan, Modesto Cunanan, immigré philippin et escroc notoire, dont Andrew était la prunelle des yeux, l’enfant-roi, le digne successeur de son empire factice. Comme l’indique le titre de l’épisode 8, « Creator/Destroyer », la figure paternelle est à la fois celle qui aura façonné la personnalité d’Andrew, mais qui aura également signé sa perte, comme une épée de Damoclès qui n’attendra malheureusement pas longtemps pour tomber. La tragédie familiale qui intéresse Ryan Murphy et ses acolytes n’est pas celle de la dynastie Versace, cueillie un matin de juillet 1997, mais celle des Cunanan. La fresque baroque et clinquante s’avère être au final une descente aux enfers intimiste dont les pages ont été écrites très en avance. Une histoire dont la puissance est renforcé par le talent de Darren Criss absolument subjuguant dans son rôle de Cunanan. Que cela soit en slip dansant sur Easy Lover (après Bateman qui baisait sur Susudio, Phil Collins serait-il le chanteur préféré des american psycho ?) ou en amoureux éconduit, Darren Criss glace aussi bien qu’il émeut, une véritable fascination s’opère autour de lui. Criss aura avec ce rôle accompli ce que son alter ego a toujours recherché, une reconnaissance.

American Crime Story  Saison 2 – Bande Annonce

American Crime Story Saison 2 – Fiche Technique

Créateurs : Scott Alexander et Larry Karaszewski
Réalisation : Ryan Murphy, Gwyneth Horder-Payton, Dan Minahan
Scénario : Tom Rob Smith, Maggie Cohn
Interprètes : Darren Criss, Edgar Ramirer, Penelope Cruz, Ricky Martin, Finn Wittrock, Joanna P.Adler, Cody Fern
Musique : Mac Quayle
Photographie : Simon Dennis
Montage : Chi Yoon Chung
Production : Ryan Murphy, Brad Falchuk, Nina Jacobson
Diffuseur : FX
Date de diffusion  : 17 janvier 2018
Genre : policier, drame
Nombre d’épisodes : 2X09
Durée d’un épisode : environ 50 minutes

États-Unis – 2016

 

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