L’Île aux chiens de Wes Anderson, un film qui ne manque pas de mordant

Retournant à l’animation en stop motion presque 10 ans après son Fantastic Mr. Fox, Wes Anderson renoue avec la fable sociale qui situe les animaux en protagonistes à la place des humains. S’adressant avant tout à un jeune public, L’Île aux chiens reste une œuvre spécifique à son cinéma où le réalisateur fait de nouveau exploser la succulente folie de son  univers.

Synopsis : En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Île aux chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.

Avec L’Île aux chiens, Wes Anderson reste fidèle à son univers fantasque et à lui-même. Inutile de s’attendre à un changement majeur dans le cinéma du monsieur car cela n’arrivera pas. Ce qui n’est pas dérangeant tant le cinéaste a su avec les années gagner une précision et une maestria visuelle hors du commun. Aujourd’hui, il n’y a tout simplement pas d’autres réalisateurs qui font du cinéma comme lui. Une maîtrise qu’il avait pleinement assise avec son dernier film en date, The Grand Budapest Hotel en 2014. Son amour du cinéma artisanal explosait alors complètement dans un mélange habile de décors réels, maquettes ou encore peintures sur glace. Il s’amusait aussi à jouer avec les formats de l’image pour perturber son cadre et parler du pouvoir de transmission et d’héritage à travers les époques que ce soit par le récit ou l’évolution même des procédés cinématographiques.

l-ile-aux-chiens-bryan-cranstonPour L’Île aux chiens, Anderson va aussi s’amuser à restreindre son cadre, non pas pour marquer une époque mais pour marquer un contexte. Œuvre bien plus politique, sans pour autant que cet aspect soit central, dans laquelle le cinéaste expose un futur peu reluisant encore régi par des gouvernements arbitraires et l’exclusion. Ici ce sont les chiens les victimes de la stupidité humaine, prête à tout pour s’aliéner les autres, et Anderson trouve la brillante idée de créer un décalage de langage entre les canidés et les humains. Se déroulant au Japon, les humains parleront la langue locale tandis que les chiens communiqueront en anglais (ou français selon la version que vous verrez). En imposant cette impossibilité de communiquer par les mots, Anderson dresse un portrait sur la différence ou plutôt ce qui rapproche les êtres vivants. Sans jamais tomber dans un discours niais sur l’entraide et l’amour, le film véhicule une certaine naïveté enfantine à travers la vision candide des chiens ou l’optimiste insondable et révolutionnaire des enfants. Ce qui encadre une histoire touchante et surprenante dans sa capacité de traiter des thématiques adultes sans pour autant les imposer à ses spectateurs. On pourra déplorer une structure un brin trop chapitrée du récit, une marque de fabrique un peu redondante chez Anderson, ou encore quelques clichés parfois de mauvais goûts principalement quand cela touche la culture japonaise.

l-ile-aux-chiens-Edward-NortonMais le tout bénéficie d’un humour truculent et d’une intelligence remarquable dans l’exécution du récit, que ce soit dans les dialogues finement écrits ou le sens du cadrage. Wes Anderson signe une mise en scène savoureuse, toujours dans le mouvement, qu’ils soient latéraux, verticaux ou à base de zooms et de dézooms, pour jouer sur les entrées et les sorties de champs qui amorcent souvent des gags visuelles resplendissants. Ici, le cinéaste apporte même un soin particulier aux diverses échelles de plan pour donner à l’ensemble un côté encore plus vif et imprévisible. Toujours soutenu par un montage qui tourne à plein régime, parfois peut-être même un peu trop surtout dans l’accumulation un peu excessive des flashbacks et des divers points de vues des personnages, et la brillante musique d’Alexandre Desplat. Le compositeur est capable du meilleur comme du pire, mais lorsqu’il travaille avec Anderson il est toujours à son top. Utilisant des sonorités japonaises, il compose un score percutant et intense qui s’impose comme un de ses plus beaux travaux. Ajoutez à ça un casting vocal prestigieux et irréprochable tel que Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray, Scarlett Johansson ou encore Jeff Goldblum et vous obtenez un tout impeccable.

L’ïle aux chiens est une fable politico-sociale à la fois drôle et sensible et qui s’impose aussi comme une formidable lettre d’amour pour les canidés. Le film de Wes Anderson toussote un peu sur son montage par moments trop excessif et didactique, sur son rythme ou quelques petits clichés un peu trop appuyés mais il propose une aventure hors norme et inventive. Adapté pour tout la famille, il devrait satisfaire les plus jeunes comme les plus grands car la magie du cinéma d’Anderson réside dans le fait de savoir communiquer avec tous, malgré sa forme si spécifique. C’est un univers rêveur et fantasque qu’on aime découvrir encore et encore, car même si Wes Anderson ne change pas sa formule en profondeur, elle reste suffisamment unique et fougueuse pour nous emporter loin et ne plus nous faire redescendre.

L’Île aux chiens : Bande annonce

L’Île aux chiens : Fiche technique

Titre original : Isle of Dogs
Réalisation et scénario : Wes Anderson
Casting : Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray, Jeff Goldblum, Greta Gerwig, Scarlett Johansson, Tilda Swinton, Liev Schreiber,…
Décors : Paul Harrod et Adam Stockhausen
Direction artistique : Curt Enderle
Photographie : Tristan Oliver
Montage : Ralph Foster et Edward Bursch
Musique : Alexandre Desplat
Producteurs : Wes Anderson, Jeremy Dawson, Steven M. Rales et Scott Rudin
Production : American Empirical Pictures, Indian Paintbrush et Scott Rudin Productions
Distribution :  20th Century Fox
Durée : 101 minutes
Genre : animation
Dates de sortie : 11 avril 2018

Etats-Unis – 2018

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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