Police Fédérale Los Angeles : Friedkin fait peau neuve chez Carlotta

Pour conclure l’année 2017, Carlotta pouvait difficilement frapper plus fort que la ressortie 4K de Police Fédérale Los Angeles de William Friedkin, dans un fastueux coffret dont l’inestimable collection culte a le secret. L’occasion de confirmer une nouvelle fois que l’écrin numérique sied à ravir au cinéma de Wild Bill, surtout quand il s’agit de sublimer une de ses œuvres les plus avant-gardistes.

La rage au ventre

Comme bon nombre de bandes des années 80, Police Fédérale Los Angeles dût attendre son exploitation vidéo pour trouver son salut et bâtir l’aura culte qui est la sienne aujourd’hui. Sur le coup, son échec lors de sa sortie en salles et son accueil relativement tiède par la presse (même si on trouve quelques plumes enflammées montées au créneau pour défendre le film, dont celle de Nicolas Boukhrief alors à Starfix) fragilisent un peu plus la position de William Friedkin à Hollywood. En effet, le réalisateur n’est plus en 1985 le golden-boy impétueux des triomphes de French Connection et L’exorciste. Éprouvant des difficultés à se relever après l’échec cinglant du Convoi de la peur, Friedkin est de plus en plus considéré comme un dinosaure par une industrie sur laquelle il régnait en maître à peine 10 ans auparavant.

De fait, Police fédérale Los Angeles est imprégné de cette mentalité d’outsider désireux de prouver qu’il est toujours dans le coup et de montrer à cette époque qui essaie de le fossiliser qu’il l’a comprise mieux que personne. Tourné pour un budget modeste (6 millions de dollars) dans les rues de L.A, loin du confort des studios (le coproducteur et monteur Bud Smith qualifie le tournage de « Hit and Run »), PFLA fait partie de ces films animés par la volonté de saisir l’air de leur temps sur celluloïd. Dès ce générique rythmé par la musique de Wang Chung, alors que se met en route la planche à billets qui inonde les rues de la ville en faux-dollars, le film fait preuve d’une puissance cinématique grandiose qui ne sera jamais démentie.

police-federal-los-angeles-willem-dafoe-film
Willem Dafoe (Rick Masters) le virtuose du faux brûle son tableau

Simulacre et simulé

Bien que tourné à même le bitume, l’approche de Friedkin sur ce film se situe aux antipodes de French Connection. Au réalisme âpre et documentarisant de son chef-d’œuvre oscarisé, Police Fédérale Los Angeles déréalise le décor pour plonger le spectateur dans l’abstraction. A l’image d’une histoire peuplée de faux-semblants, Los Angeles apparaît comme une ville d’exposition ou chaque lieu fait figure de pièce rajoutée. Dans un film où chaque raccord est susceptible de faire mentir le sens du précédent et où les personnages sont menés par des pulsions qu’ils ne comprennent pas, le public expérimente cette sensation kafkaienne où ses habitudes sont annihilés par le fonctionnement de l’univers dépeint.

De fait, il faut accepter le fonctionnement parfois erratique d’une l’intrigue taillée à la serpe pour s’imprégner du sentiment d’étrangeté qui se diffuse à l’image. Ce que le grand romancier James Ellroy appelait Le Grand Nulle Part, William Friedkin en a fait une matière filmique où tout n’est plus qu’apparences et artefacts, à l’instar des faux billets imprimés par Rick Masters, seul personnage à comprendre le cirque auquel il participe. Au fond, Police Fédérale Los Angeles est un film sur des personnages qui essaient d’être et dont l’identité ne tient qu’à des repères menaçant de vaciller d’une scène à une autre. Soit une pierre angulaire dans le vertige identitaire friedkinien et un pavé de taille dans la mare d’une décennie qui a refusé de se voir dans le miroir tendu par le réalisateur. Peut-être de peur de ne plus y reconnaître son reflet…

Suppléments à la carte

Une fois encore, on saluera le travail éditorial copieux de Carlotta qui a mis les petits plats dans les grands pour offrir au film le support définitif qu’il mérite. Même visionné sur une télé 2K, la restauration de l’image mérite largement le détour, en dépit de quelques ratés notamment au niveau d’un grain blanc parfois envahissant qui met en valeur la chaleur hypnotisante des couleurs voulues par Friedkin et son chef op’. Même chose pour le son qui valorise considérablement le travail effectué par l’équipe, notamment pour l’environnement musical (Wang Chung a rarement aussi bien résonné dans votre salon).

Pour ce qui est des suppléments, comme d’habitude avec l’éditeur, la générosité est au rendez-vous. Outre le livret de 150 pages présent dans la version collector et signé par des plumes de La septième obsession, vous trouverez également de quoi vous enfiler l’entrée-plat-dessert (avec supplément et café) dans les menus du Blu-ray. Est inclus un documentaire dans lequel toute l’équipe revient sur l’aventure du tournage, anecdotes croustillantes et images d’archives à l’appui ; des interviews individuelles de certains acteurs, de Wang Chung et du coordinateur cascades ; la fin alternative tournée à la demande du studio (et rejetée proto par le réalisateur), une scène coupée et des spots radios ! Même si l’intérêt se révèle parfois inégal, difficile d’en vouloir à Carlotta de vouloir servir jusqu’à satiété le public, et d’honorer la profession de foi d’une collection décidément rutilante. Bref, si l’idée d’un rebond de Noël vous a traversé l’esprit (ou si vous désirez tout simplement corriger les erreurs de listes du Père Noël), n’hésitez pas et ruez-vous sur ce coffret.

Titre original : To Live and Die in L.A.
Année de sortie : 1985
Pays : États-Unis
Scénario : William Friedkin et Gerald Petievich, d’après le roman de Gerald Petievich To live and die in LA
Photographie : Robby Müller
Montage : M. Scott Smith
Musique : Wang Chung
Avec : William L. Petersen (Richard Chance), Willem Dafoe (Rick Masters), Jim Hart (Michael Greene), John Turturro (Carl Cody), Darlanne Fluegel (Ruth Lanier), Debra Feuer (Bianca Torres) & John Pankow (John Vukovich).

Collection Coffret Ultra Collector #8 Coffret Ultra Collector Limité Et Numéroté Blu-Ray + Double Dvd + Livre 160 Pages Police Fédérale, Los Angeles (1985) Un Polar Emblématique Des Années 1980 Par Le Réalisateur De « L’exorciste » Et De « Killer Joe« .
Sortie le 6 décembre 2017 (50.16€) chez Carlotta.

Collection-Coffret-Ultra-Collector-Police-Federale-Los-Angeles-carlotta-edition-film-William-Friedkin

Nouvelle restauration 4K supervisée et approuvée par William Friedkin

Caractéristiques techniques du Blu-Ray :

• MASTER HAUTE DÉFINITION • 1080/23.98p • ENCODAGE AVC
Version Originale DTS-HD MA 5.1 & 2.0 / Version Française DTS-HD MA 5.1
Sous-Titres Français • Format 1.85 respecté • Couleurs
Durée du Film : 116 mn

Également Disponible En Édition BLU-RAY Single (inclus making-of + scène coupée + fin alternative + spot radio + bandes-annonces)

Caractéristiques techniques du DVD :

2 DVD 9 • NOUVEAU MASTER RESTAURÉ • PAL • ENCODAGE MPEG-2
Version Originale Dolby Digital 5.1 & 2.0 / Version Française Dolby Digital 5.1 • Sous-Titres Français • Format 1.85 respecté • 16/9 compatible 4/3
Couleurs • Durée du Film : 111 mn

Suppléments du coffret ultra-collector:

Commentaire audio de William Friedkin
Un monde de contrefaçons : Le Making-Of De « Police Fédérale, Los Angeles » (30 mn)
Entretiens avec le réalisateur et les acteurs illustrés d’archives du tournage.
Le livre « Éloge du faux-semblant » avec 6 nouveaux textes explorant les différents aspects du film, sa place dans le cinéma des années 1980… plus de 40 photos (160 pages). En association avec La Septième Obsession.
Bonus vidéo:
Entretiens avec le réalisateur et les acteurs illustrés d’archives du tournage.
Souvenirs du casting et du tournage de Police fédérale, Los Angeles par William Petersen
Le Renouveau De La Femme À Los Angeles (15 mn)
Docteur D’un Jour (9 mn)
Totalement en phase (13 mn)
À contresens (36 mn)
Scène coupée (4 mn)
Fin alternative (9 mn)
Spot radio
Bandes-annonces

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !
Guillaume Meral
Guillaume Meralhttps://www.lemagducine.fr/
"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

Le Maître du Kabuki : le nouveau « trésor national vivant » japonais ?

Davantage qu’une ode à un art théâtral ancestral – par ailleurs difficile à apprécier pour un spectateur occidental – "Le Maître du kabuki" est une véritable saga qui aborde de multiples thématiques dont l’écho résonne bien au-delà des frontières de la péninsule nippone.

La femme qui crie : ce que personne entend

Dans le Taïwan rurale des années 1940, Ah-shih crie et personne n'entend vraiment. "La Femme qui crie" (1984) de Tseng Chuang-hsiang est un film implacable sur la violence conjugale, la complicité silencieuse d'un village entier, et la solitude absolue d'une femme que la société a condamnée avant même qu'elle ait commis sa vengeance.

Natura : Se perdre pour renaître

S'il est de coutume de penser que la beauté est intérieure, "Natura" nous invite à une tout autre mise en perspective : celle d'un environnement naturel à la fois hostile et sublime, qui finit par agir comme un miroir. Une traversée du massif vosgien qui tient à la fois du conte et de la survie, où une femme cherche, dans l'épaisseur de la forêt, quelque chose qui ressemble à une seconde naissance. Mickael Perret réussit à explorer ce décor dans ce qu'il a de plus brut et de plus étrange. Un premier film audacieux et ambitieux, porteur de grandes promesses.