Egon Schiele est de ces films qui n’essaient pas de reproduire l’univers pictural du peintre auquel ils s’attachent, mais qui cherchent plutôt à retraduire l’impression de l’époque qui a vu émerger un talent. Un joli voyage.
Synopsis : Au début du XXe siècle, Egon Schiele est l’un des artistes les plus provocateurs de Vienne. Ses peintures radicales scandalisent la société viennoise tandis que les artistes audacieux comme Gustav Klimt les considèrent exceptionnelles. Egon Schiele, artiste prêt à dépasser sa propre douleur et à sacrifier l’Amour et la Vie pour son Art guidés depuis toujours par son amour des femmes. Mais cette ère touche à sa fin…
Avant la guerre, le temps de l’insouciance
Egon Schiele est un biopic à la structure assez classique, qui suit l’évolution de l’artiste depuis ses débuts jusqu’à sa mort prématurée, en s’arrêtant sur les moments marquants de sa vie, de sa relation étrange avec sa sœur Gerti à son histoire d’amour perturbée avec son modèle Wally, en passant par sa collaboration avec l’artiste excentrique Moa, son procès pour pornographie, son mariage d’intérêt avec la jeune bourgeoise Edith et sa mobilisation forcée pour le front. Le film, qui brosse avant toutle portrait d’un artiste à travers les femmes qui ont jalonné le cours de son existence, dessine les contours de la personnalité d’un jeune homme fougueux et enfiévré, prêt à tous les sacrifices pour son art. Mais avant la douleur et les épreuves règnent d’abord la joie et la douceur de vivre, comme le montre la première partie du long métrage, lumineuse et légère, faite de danses, de jeux, de corps à corps espiègles et de discussions optimistes et enjouées. Egon, Gerti et leurs amis artistes refont le monde, discutent peinture jusqu’au bout de la nuit, s’enivrent au Prater, se soucient peu des contingences matérielles et mènent une vie de bohème, insouciante, dont transparaît l’éclat d’une jeunesse intrépide qui s’empare de l’avenir avec une confiance qui frise la défiance. Avant la menace de la Guerre, Egon et son groupe de « nouveaux artistes » sillonnent les campagnes autrichiennes avec pour seul désir d’exercer leur art, de peindre et de s’aimer, à deux ou à plusieurs. Et en parlant d’amour, on voit déjà que Schiele était un homme trouble, qui entretenait une relation presque incestueuse avec sa jeune sœur, qui posait nue pour lui, et qui éprouvait une grande jalousie à l’égard des autres modèles de son frère. Gerti et Egon s’aimaient-ils de manière inconvenante ? En tous les cas, leur complicité fusionnelle ainsi que la domination financière et patriarcale qu’exerçait un Egon possessif et tyrannique sur sa cadette laissent penser que le peintre était émotionnellement très investi, peut-être trop. Même constat pour Moa, son modèle Tahitien, avec qui sa collaboration chaotique semble aussi absolue qu’instable. Les prémices d’un rapport aux femmes complexe.
Scandale et pornographie
Si Egon Schiele ne vit que pour sa peinture, faisant fi de l’argent, du mariage et même et de la guerre, il ne pose aucune limite à son art, ce qui finit par lui attirer des ennuis et jeter la controverse sur ses œuvres, qui deviennent rapidement l’objet de scandales. Après le temps de l’insouciance vient celui des problèmes et de l’adversité.Schiele, réputé pour son obsession du corps féminin, n’hésite pas à faire poser de très jeunes filles, dans des positions suggestives, afin de capter l’érotisme et la sensualité de la féminité. Mais, si ses contemporains comme Gustav Klimt le soutiennent et que les galeries exposent ses tableaux, il n’en faut pas moins à la société conservatrice viennoise pour traîner l’artiste en justice. Egon, accusé de viol sur mineure et de pornographie, se trouve contraint de financer un procès qui le ruine, passe un mois derrière les barreaux, et doit supporter de voir des juges brûler ses dessins sous ses yeux, croquis jugés impudiques et vulgaires. Coup dur pour l’artiste fougueux et idéaliste, qui défend coûte que coûte sa liberté. C’est ce combat farouche qui est ici décrit, bataille que le jeune peintre livre avec le soutien de Wally, son modèle dévoué avec qui il partage sa vie, même si chacun se défend d’aimer l’autre. Ce refus de l’amour, cette distance dans les sentiments et dans l’intime, soulignent un trait de caractère important chez l’artiste : Schiele n’aime que ses toiles, et se montre prêt à tout pour sauver ses peintures, cause pour laquelle il dédie sa vie, indépendamment de tout facteur externe. Sans le vouloir, il est égoïste, ce qui détruit les femmes qu’il côtoie. Là encore, il n’est pas tant question de décrypter son art, son style ou ses tableaux, mais plutôt de montrer l’homme qui en est à l’origine, avec ses défauts, ses peurs, dans une société viennoise guindée où s’affrontaient ses partisans et ses détracteurs.
La Mort
Bien plus sombre, la dernière partie du film nous plonge dans une époque froide et tragique, à savoir la Première Guerre Mondiale, ses jeunes citoyens envoyés au front contre leur gré, les pénuries et la famine, le marché noir, mais aussi les épidémies en tous genres, de la scarlatine à la grippe espagnole, mal qui emportera Egon Schiele à seulement 28 ans. Les amours sont fanées, la joie est lointaine, les anciens amis d’Egon Schiele délaissent le pinceau pour les armes, les femmes se mobilisent à l’arrière, les hauts lieux de la vie nocturne sont désertés, le Prater en ruines est laissé à l’abandon -vestige d’une gloire passée-, et Schiele se meurt, consumé par une fièvre qui ne le lâche pas, mais également par le chagrin, celui de la perte de sa bien-aimée Wally, à qui il dédiera un tableau, « La Jeune Fille et la Mort ». Adapté d’un livre qui retrace la vie du peintre, ce film, qui romance avec beauté et finesse les dernières années du peintre et ses amours tourmentées dans un Vienne tour à tour ensoleillé et sépulcral, use d’une image léchée et d’une lumière délicatement travaillée pour nous plonger dans une époque qui a vu culminer bien des arts. Dieter Berner dépeint son Schiele un peu à la manière de Peter Watkins avec son Munch, en filmant de façon subjective et intime les affres d’un homme prêt à mourir pour ses toiles, dans un bel écrin historique.
Egon Schiele : Bande-annonce
https://vimeo.com/219360203
Egon Schiele : Fiche Technique
Réalisateur : Dieter Berner
Scénario : Hilde Berger, Dieter Berner d’après le roman Mort et Jeune Fille (Tod und Mädchen) : Egon Schiele et les femmes de Hilde Berger
Casting : Noah Saavedra, Maresi Riegner, Valerie Pachner, Thomas Schubert, Larissa Aimee Breidbach, Marie Jung, Elisabeth Umlauft, Daniel Sträßer…
Photographie : Carsten Thiele
Montage : Robert Hentschel
Décors : Götz Weidner
Costumes : Uli Simon
Son : François Dumont, Michel Schillings
Musique : André Dziezuk
Producteur(s) : Franz Novotny, Alexander Glehr, Bady Minck, Alexander Dumreicher-Ivanceanu
Production : Novotny & Novotny Filmproduktion, Amour Fou Luxembourg, Ulrich Seidl Filmproduktion
Distributeur : Bodega Films
Genres Drame, Biopic, Historique
Durée : 1h 49min
Date de sortie : 16 août 2017
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Cinéphile depuis ma naissance, j'ai vu mon premier film dans les salles obscures à 2 ans, puis je suis tombée en amour devant "Forrest Gump" à 4 ans, avant d'avoir le coup de foudre pour Leo dans "Titanic" à 8 ans... Depuis, plus rien ne m'arrête. Fan absolue des acteurs, je les place au-dessus de tout, mais j'aime aussi le Septième Art pour tout ce qu'il nous offre de sublime : les paysages, les musiques, les émotions, les histoires, les ambiances, le rythme. Admiratrice invétérée de Dolan, Nolan, Kurzel, Jarmusch et Refn, j'adore découvrir le cinéma de tous les pays, ça me fait voyager. Collectionneuse compulsive, je garde précieusement tous mes tickets de ciné, j'ai presque 650 DVD, je nourris une obsession pour les T-Shirts de geeks, j'engrange les posters à ne plus savoir qu'en faire et j'ai même des citations de films gravées dans la peau. Plus moderne que classique dans mes références, j'ai parfois des avis douteux voire totalement fumeux, mais j'assume complètement. Enfin, je suis une puriste de la VO uniquement.
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