Prison Break Saison 5, une série de Paul T. Scheuring : critique

8 ans après la fin de la série originelle, voici le retour de Michael Scofield et Lincoln Burrows pour une 5ème et ultime saison de Prison Break. Pour quel résultat ?

Synopsis : Sept ans après la mort de Michael Scofield, Sara est remariée avec un professeur, Jacob, tandis que Lincoln Burrows est retombé dans les petits trafics et tente d’échapper à des gangsters à qui il doit une forte somme d’argent. Theodore Bagwell sort (légalement) de prison. On lui propose un étrange marché : une personne anonyme a financé son opération pour qu’il puisse bénéficier d’une main bionique. Puis on lui remet une lettre avec une photo de Michael Scofield emprisonné et un message mystérieux.

prison-break-wentworth-miller-saison-5-critique-serie

C’est en août 2015 que le réseau Fox annonce le retour de la série Prison Break. Une information qui va poser de nombreuses questions : Scofield mourait à la fin de l’ultime (et pitoyable) épisode intitulé The Final Break. Comment s’en sortir avec cette donnée incontournable ? Comment faire pire que les deux prisons déjà montrées dans la série originelle ?

Un retour énigmatique

Les premiers épisodes sont de très loin les plus intéressants, par leur faculté à poser des questions et à créer des énigmes. Qui a financé l’opération de T-Bag ? Pourquoi les informations sur Michael Scofield ont-elles été piratées, au point que le personnage semble avoir littéralement disparu de la surface de la terre ? Si c’est bien lui, que fait-il dans une prison du Yémen ? Qui est Poséidon, le personnage haut placé qui semble tirer toutes les ficelles ?

Ces différents mystères occupent les trois premiers épisodes, et maintiennent un suspense très intéressant. Hélas, ils ne sont pas suffisants pour tenir en haleine les spectateurs pendant toute la saison, aussi brève soit-elle (neuf épisodes en tout). Cela se ressent fortement au cœur de la saison (épisodes quatre et cinq) : beaucoup de réponses ont été apportées et les autres sont faciles à deviner. Face à une intrigue incapable de tenir la route sur la durée, les scénaristes ont été obligés de meubler par de longues séquences de courses-poursuites ou même des dilemmes oiseux (les personnages passent un épisode complet à se demander s’il faut choisir le train ou l’avion pour quitter Sana’a, la capitale du Yémen). Finalement, la saison ne repose que sur deux idées que les scénaristes tentent d’étirer le plus possible, au risque de multiplier les incohérences et les twists, re-twists et re-re-twists :

_ l’évasion de Michael

_ l’identité de Poséidon

prison-break-saison-5-critique-serie-wentworth-miller

Artillerie lourde

A cela, il faut ajouter la lourdeur des procédés qui se trouvaient déjà dans la série originelle : retournements de situation de dernière minute, personnages qui font demi-tour au dernier instant… toute la panoplie est réunie.

La saison ne manque pas d’incohérences également : Lincoln n’a pas d’argent lorsqu’il s’agit d’en donner à des gangsters qui veulent le tuer, mais il en a beaucoup pour aller au Yémen et sauver toute une famille. Quant à Poséidon, en fin de compte, on ne sait pas très bien ce qu’il veut. Les scénaristes nous donnent bien une explication bâclée, mais elle ne justifie pas grand chose et on ne sait pas vraiment pourquoi Scofield a été envoyé au Yémen.

Enfin, la vision de la guerre civile au Yémen est affreusement caricaturale.

Le retour d’Ulysse

Il reste que, si l’on fait l’effort de débrancher son esprit critique, cette saison 5 de Prison Break reste un divertissement certes sans surprises mais pas totalement mauvais non plus. On peut même y trouver un aspect intéressant : la saison est remplie d’allusions mythologiques à Ulysse ! Sara habite à Ithaca (comme Pénélope à Ithaque), Scofield se fait appeler Outis (mot grec qui veut dire « Personne » et rappelle la réponse d’Ulysse au Cyclope) et il est poursuivi par Poséidon et un borgne.

Enfin, les derniers épisodes relèvent un peu le niveau par leur rythme soutenu et les pièges que se tendent mutuellement les deux adversaires. Deux personnages de tueurs à gages donnent du piment à l’ensemble.

Finalement, cette saison 5 de Prison Break est un peu à l’image du reste de la série, que ce soit par ses thématiques (évasion, courses-poursuites, complots), ses défauts (incohérences, facilités de scénario) ou ses qualités (rapidité du rythme). Une saison agréable à condition de déconnecter son esprit critique.

Prison Break Saison 5 : Bande annonce

Prison Break Saison 5 : fiche technique

Création : Paul T. Scheuring
Réalisation : Nelson McCormick, Guy Ferland, Kevin Tancharoen, Maja Vrvilo
Scénario : Paul T. Scheuring, Michael Horowitz, Vaun Wilmott
Interprétation : Dominic Purcell (Lincoln Burrows), Wentworth Miller (Michael Scofield), Sarah Wayne Callies (Sara), Rockmond Dunbar (Benjamin C-Note Franklin), Robert Knepper (Theodore T-Bag Bagwell), Mark Feuerstein (jacob), Inbar Levi (Sheba), Augustus Prew (Whip), Rick Yune (Ja)…
Photographie : Jeffrey C. Mygatt
Montage : Scott Powell, James Coblentz
Musique : Ramin Djawadi
Production : Dominic Purcell, Wentworth Miller
Société de production : Dawn Olmstead Productions, Adelstein Productions, original Film, One light road Porductions, 20th Century Fox Television
Société de distribution : 20th Century Fox Television
Genre : suspense, action
Format : 9 x 42 minutes
Date de diffusion en France : 15 juin 2017 (M6)

Etats-Unis-2017

[irp posts= »88436″ name= »Prison Break, saisons 1 à 4, une série de Paul T. Scheuring : critique »]

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.
Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.