Cannes 2017 : Patti Cake$, film de clôture et la révélation de cette Quinzaine

Comme une réponse au feel-good chamarré et glamour qui a fait le succès de La La Land, Patti Cake$ vient nous rappeler que la musique, et par extension la comédie musicale, a aussi vocation à venir s’enraciner dans des réalités socialement moins reluisantes. Une claque!

Synopsis : Patricia Dombrowski, alias Patti Cake$, a 23 ans. Elle rêve de devenir la star du hip-hop, rencontrer O-Z, son dieu du rap et surtout fuir sa petite ville du New Jersey et son job de serveuse dans un bar miteux. Elle doit cependant s’occuper de Nana, sa grand-mère qu’elle adore, et de Barb, sa mère, une chanteuse ratée et totalement instable. Un soir, au cours d’un « battle » sur un parking, elle révèle tout son talent de slammeuse. Elle s’embarque alors dans une aventure musicale avec Jheri, son meilleur ami et Basterd, un musicien mutique et asocial.

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Il ne faut plus de quelques plans pour ne pas se douter que Geremy Jasper a été un clippeur avant de se lancer dans la réalisation de son premier long-métrage. En cela, commencer son ouvrage par une scène onirique musicale risque de lui être attirer les foudres des nombreux spectateurs réfractaires à l’imagerie du hip-hop qui sortiront de son film avant même que ne soient posées les bases de la peinture sociale qui en fera le sel. Parce qu’il se situe dans les quartiers les moins glamours du New-Jersey, Patti Cake$ renoue avec la part de réalisme sociétal que la comédie musicale américaine a souvent eu tendance à délaisser ces dernières années (depuis Fame en 1980, il n’aura fallu compter que sur des biopics de rappeurs façon 8 Mile ou Straight Outta Compton). Entre son job de serveuse sans avenir et le poids des frais médicaux de sa grand-mère, Patricia ne semble pas disposée à s’en sortir. Même la façon qu’elle a de se réfugier dans ses rêves de rappeuse est rattrapée par l’image qu’elle a de sa mère, chanteuse ratée, devenue alcoolique dépravée. Le constat est d’une noirceur incontestable.

Le film pourrait donc être hautement déprimant s’il n’était pas porté par Danielle Macdonald, qui apporte toute son énergie au projet. Ses talents d’actrice mais aussi de slammeuse se mêlent pour donner au personnage de Patti cette force d’aller de l’avant. Dans la façon, pourtant relativement linéaire et prévisible, dont il est construit Patti Cake$ ne se transformera jamais en conte de fées qui verrait la jeune fille atteindre le statut de star et épouser son idole, mais il s’agit d’un combat intérieur qui la mène à dépasser ses propres complexes et à s’assumer telle qu’elle est. Et rien que pour ça, il s’inscrit comme un film important dans l’actuelle Amérique dont une partie donne trop souvent l’impression de se laisser mourir. Si on devait lui reprocher quelque chose, sans doute serait-ce la bienveillance avec laquelle Jasper filme ses personnages, réussissant à leur donner un charme qui n’est pourtant pas évident et ne rendant pas forcément tangible leur caractère asocial, ce qui peut ramener sa mise en scène vers cette forme de délicatesse qu’il semblait pourtant vouloir éviter en filmant le tout avec une photographie cradingue. Immanquablement, c’est la puissance de ses interprètes qui ramène chaque fois l’ensemble vers les limites sensibles entre drame social et comédie trash tout en assurant la qualité des scènes chantées. Assurément, le nom de Danielle Macdonald est un de ceux que l’on retiendra de cette Quinzaine des Réalisateurs !

[QUINZAINE DES REALISATEURS] Patti Cake$

Un film de Geremy Jasper
Avec Danielle Macdonald, Bridget Everett, Siddharth Dhananjay
Distributeur : Diaphana
Durée : 108 minutes
Genre : Comédie musicale
Date de sortie : 30 août 2017

États-Unis – 2017

Patti Cake$ : Bande-annonce

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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