« Propaganda » : le consentement par les mots

Dans Propaganda, l’art de manipuler l’opinion, Françoise Ruscak et Maxime Belloche transforment l’essai d’Edward Bernays, paru en 1928, en un récit dessiné accessible et malicieusement dialogué. Une jeune stagiaire en communication y rencontre le fantôme du théoricien des relations publiques : l’occasion d’éprouver ses idées à l’aune d’un siècle de bouleversements médiatiques.

Mildred effectue son stage dans une agence de communication lorsqu’Edward Bernays fait irruption dans sa vie. Mort en 1995, l’auteur de Propaganda revient sous les traits d’un fantôme entreprenant : il entend guider la jeune femme, l’aider à décrocher un poste et, surtout, lui exposer les ressorts de l’influence collective. Le dispositif, qui aurait pu vite tourner à la leçon scolaire, trouve son rythme de croisière dans les rapports entre deux époques et deux façons de voir le monde.

Né en 1891, Edward Bernays porte ainsi les certitudes et les angles morts de son temps. Face à lui, Mildred écoute et apprend, tout en apportant sa pierre à l’édifice réflexif : intelligente et libre dans son jugement, elle questionne ses méthodes et les confronte aux réalités contemporaines. Ce dialogue constructif permet aux auteurs de vulgariser les principes de la propagande sans les présenter comme une mécanique abstraite. 

L’album évoque bien entendu quelques-unes des campagnes qui ont fait la réputation du neveu de Freud (eh oui…). En 1929, Bernays contribue à promouvoir la cigarette auprès des femmes en la présentant comme un signe d’émancipation : lors d’une marche organisée à New York, des participantes fument des « torches de liberté », retournant ainsi un tabou social au profit de l’industrie du tabac. Pour un fabricant de bacon, il aidera à populariser le petit-déjeuner bacon-œufs, en mobilisant notamment des médecins autour de l’idée d’un repas consistant. L’homme a de la ressource.

L’album de Françoise Ruscak et Maxime Belloche s’intéresse à la fabrication du consentement, à la frontière mouvante entre publicité et politique, ainsi qu’aux intérêts qui orientent le débat public. Les exemples et les moyens de communication ont changé : l’information circule désormais en temps réel, les réseaux sociaux accélèrent sa diffusion et l’élargissent à l’échelle mondiale. Mais comme à l’époque de Bernays, il y a toujours quelqu’un pour « faire l’opinion ». Les moyens ont quelque peu changé, mais les fondements demeurent intacts.

Ce Propaganda graphique montre combien les vieux ressorts savent se glisser dans des habits neufs. En rendant les mécanismes de l’influence publique visibles et discutables, il invite à exercer son esprit critique. Car chacun doit prendre conscience qu’il est un être nécessairement influencé. Une entrée en matière vivante dans un texte certes ancien, mais dont les enjeux n’ont pas pris une ride.

Propaganda, l’art de manipuler l’opinion, Françoise Ruscak et Maxime Belloche
Steinkis, 27 août 2026, 151 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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