Deauville 2026 : The Last Pickpocket in New York, les mains dans les poches

Comment survivent les voleurs à la tire dans notre société moderne ultra connectée, où l’argent est devenu virtuel et les téléphones des traceurs ambulants ? En partant de cette question simple, The Last Pickpocket in New York propose un polar urbain délicieusement rétro qui rend hommage aux classiques du genre. Porté par la performance impeccable de John Turturro, le film convainc plus par son atmosphère nostalgique que par son scénario ingénu.

Noah Segan a commencé sa carrière comme acteur et apparaît dans de nombreux films de Rian Johnson, notamment Brick, Looper, Star Wars : Les Derniers Jedi et À couteaux tirés. Pour son premier film, Blood Relatives, il a signé une comédie d’horreur et de vampires teintée de drame familial. Avec The Last Pickpocket in New York, Noah Segan délaisse le fantastique et offre une course contre la montre dans les dédales des quartiers new-yorkais. Un hommage vibrant à la ville de son enfance.

Le dernier vol avant la fin d’une ville

The Last Pickpocket in New York relate les déboires d’un pickpocket, Harry Lehman, qui vit au jour le jour. Opérant dans une cité résolument connectée, où l’argent liquide et les montres de valeur ont été remplacés par des cartes de crédit résiliables en un clic, il peine à joindre les deux bouts et à trouver le temps comme les moyens de s’occuper de sa femme handicapée. Lorsqu’il revend une mystérieuse clé USB, dérobée à un jeune homme qui se révèle être l’héritier d’une organisation criminelle sans pitié, Harry se retrouve entraîné dans un véritable parcours du combattant pour récupérer la précieuse clé et sauver son épouse.

Derrière ses allures de polar à l’ancienne, le film s’attache au portrait touchant d’un personnage égoïste en quête de rédemption. Pour cause, Harry a passé sa vie entière à s’occuper de lui-même, à prendre aux autres sans jamais rien donner à personne. En raison d’un vol malencontreux, il est amené à prendre ses responsabilités et à penser d’abord à ses proches pour la première fois de sa vie. D’abord à sa femme, directement menacée. Mais aussi à sa fille, qu’il a abandonnée depuis des années. Ce revirement constitue le pilier du film, qui se révèle avant tout comme la réhabilitation d’un homme, plus que comme un polar à suspense classique.

Noah Segan, qui a grandi à New York, écrit aussi dans ce long-métrage une lettre d’amour à sa ville natale, une métropole qui mue progressivement vers le numérique. Un attachement qui l’a amené à tourner dans les quartiers des cinq arrondissements de New York, tout en s’inspirant des grands polars des années 1970 et 1980, mais aussi du Pickpocket de Robert Bresson. Le réalisateur filme cette cité avec beaucoup de nostalgie, semblant regretter un âge d’or révolu, basé sur le contact réel et le palpable.

Le casting exceptionnel sert parfaitement ce propos. John Turturro, connu pour ses rôles emblématiques dans le cinéma des frères Coen (Miller’s Crossing, O’Brother) et plus récemment dans la série Severance, donne au film toute sa classe et sa mélancolie. Pour conférer à ses gestes davantage de réalisme, il a été conseillé par Apollo Robbins, dit le « Gentleman Voleur », une légende de la prestidigitation. Autour de lui, Giancarlo Esposito, inoubliable dans Breaking Bad et Better Call Saul, incarne un inspecteur à l’ancienne, et Steve Buscemi un attachant prêteur sur gages, pas toujours scrupuleux.

La bande originale de The Last Pickpocket in New York apporte également beaucoup à l’atmosphère rétro. Le compositeur Gary Lionelli a en effet utilisé une partition influencée par les films noirs des années 1970, en collant au plus près du personnage de Harry. Il y a ajouté des morceaux iconiques de la Grosse Pomme, tels que « New York, I Love You But You’re Bringing Me Down » de LCD Soundsystem. Un hommage musical qui rappelle sans cesse le décalage poétique entre le passé traditionnel et le présent très connecté de la ville.

Il est dommage que le scénario, souvent prévisible et un peu poussif, ne soit jamais à la hauteur de l’ambiance très réussie dans laquelle il se déploie. Les membres de la bande organisée demeurent ainsi caricaturaux face à Harry, le seul personnage du film qui parvient à exister vraiment. Le film n’invente donc rien. Loin du thriller haletant, il se démarque par son amour d’une ville en pleine mutation. Un petit plaisir dédié à tous les amateurs du polar à l’ancienne.

Ce film est présenté en avant-première au Festival de Deauville 2026.

The Last Pickpocket in New York – bande-annonce

The Last Pickpocket in New York – fiche technique

Titre original : The Only Living Pickpocket in New York
Réalisation : Noah Segan
Scénario : Noah Segan
Interprètes : John Turturro, Giancarlo Esposito, Will Price, Tatiana Maslany, Steve Buscemi, Jamie Lee Curtis
Photographie : Sam Levy
Montage : Hil­da Rasula
Musique : Gary Lionelli
Décors : Rocio Giminez
Costumes : Cailey Breneman
Maquillage : Sasha Grossman
Production : Leopold Hughes, Katie McNeill
Production exécutive : Johnny Holland, Rian Johnson, Ram Bergman
Sociétés de production : MRC, T-Street
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Haut et Court
Durée : 1h28
Genre : Thriller
Date de sortie : 30 décembre 2026

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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