Sikkim stories : inspiré par une rencontre

Le dessinateur Simon Lamouret a longtemps séjourné en Inde, ce qui lui a inspiré les albums Bangalore (2017) et L’Alcazar (2020). Mais ce voyageur curieux ne s’est pas contenté de l’Inde. Il a poussé vers les régions himalayennes du nord et fait des rencontres. Celle avec Pema Wangchuk Dorjee (ici crédité comme coauteur) fut déterminante pour cet album situé au Sikkim, état méconnu situé entre l’Inde et la Chine.

Afin de dissiper tout malentendu, précisons pour commencer que si le personnage de Pema dans l’album doit probablement à Pema Wangchuk Dorjee (aucune mention pour faire la part entre fiction et réalité), il s’agit ici d’une femme. Elle enseigne la botanique à l’université de Delhi (Inde) et vient à Gangtok, la capitale (ne pas confondre avec Bangkok, la capitale de la Thaïlande). Elle a appris le décès de son père et vient pour régler les formalités administratives liées en particulier à la succession. Cela devrait lui permettre d’hériter de la maison dans laquelle habitait son père. Pema a 40 ans, elle vit avec Aslam qui, lui, enseigne la zoologie. Pema est venue seule, ce qui lui donne l’occasion de réfléchir à son couple. Visiblement elle n’est pas revenue au Sikkim depuis longtemps. Ses observations vont des changements qu’elle observe dans les lieux où elle passe aux difficultés administratives qu’elle doit affronter (en particulier le certificat de non mariage qui doit lui permettre d’hériter, alors qu’un homme n’aurait pas besoin d’un tel certificat), à sa fascination devant certaines espèces végétales rares qui l’amènent à envisager de rester plus longtemps que prévu pour en profiter correctement.

Jaspreet

En parallèle, le scénario nous fait suivre le parcours d’un jeune homme, Jaspreet, qui devient soldat, alors qu’en tant que fils unique, on le sent assez naïf. Plus ou moins sous la coupe de sa famille (sa mère essentiellement), il apprend que le train dans lequel il va embarquer est surnommé le train du cancer car il emmène de nombreux patients vers un centre où ils peuvent bénéficier de soins gratuits. Ensuite, il apprend de sa mère par téléphone que sa nouvelle condition de militaire plait. Ainsi elle lui annonce qu’elle lui a trouvé une fiancée avec qui il va pouvoir communiquer par SMS. Ceci dit, même si tout cela en dit long sur les mentalités et conditions de vie au Sikkim, Jaspreet n’intervient qu’assez peu dans l’album, même si son action sera déterminante à un moment.


Élevage du yack

Toujours en parallèle, nous suivons un homme aux cheveux grisonnants qui doit se rendre à un séminaire à Majnu-Ka-tilla, alors qu’il a beaucoup de mal à s’orienter dans le métro. Il s’agit d’un quartier de New Dehli (Inde) connu comme le mini-Tibet de la capitale. L’homme est venu discuter de l’avenir de l’élevage des yacks au Sikkim. Il apparaît que les organismes officiels ne tiennent pas vraiment compte des difficultés constatées sur place. On comprend que le Sikkim ne fait pas le poids dans les tractations de l’univers de l’élevage. La suite de l’album permettra de s’en faire une meilleure idée.

La catastrophe

Bien entendu, ces trois personnages vont être amenés à se croiser, à l’occasion d’un événement de type catastrophe. Un gros orage fait brusquement monter le niveau dans les cours d’eau. La crue fait céder un barrage ce qui cause d’énormes dégâts, notamment matériels. Pema est véhiculée par un homme qui œuvrait comme activiste face aux négligences qu’il constatait du côté de ce barrage. Il avait perdu son emploi à cause d’un rapport qu’il avait osé rédiger. Or, ses pires craintes se réalisent…

Présent et avenir du Sikkim

L’épaisseur de l’album (213 pages) permet aux auteurs d’explorer de nombreux points qui ont leur importance dans cette histoire. Ils procèdent d’abord par courts chapitres qui permettent de présenter les personnages principaux, avec leurs caractères et leurs activités. Puis, les chapitres deviennent plus longs et nous font suivre les actions des personnages en parallèle. Il faut rester bien attentif à la lecture, car chaque détail a son importance ici. Il n’est pas question seulement d’un malheureux enchainement de circonstances, mais de la situation du Sikkim qui se dégrade progressivement dans un monde où un petit état comme celui-ci n’a que peu de poids au niveau international. Coincé entre deux états d’importance dans une région peu accessible et avec un nombre d’habitants réduit, qui s’inquiète du Sikkim ? Parmi ses habitants, ceux exerçant des activités d’élevage en sont généralement réduits à se débrouiller avec des moyens particulièrement limités. Par contre, dans ces régions peu fréquentées, des espèces animales et végétales rares qui devraient faire l’objet de protections risquent malheureusement de disparaître à court ou moyen terme.

Aspect technique

Le travail de Simon Lamouret sur cet album a donc été de faire en sorte que tous les témoignages qu’il a pu recueillir à propos du Sikkim puissent nourrir son scénario et ses personnages. Si la lecture réclame une attention certaine, l’objectif d’unité est atteint de belle façon, avec des personnages parfaitement crédibles. Les péripéties et circonstances décrites lui permettent de proposer un album passionnant et émouvant. De plus, le travail du dessinateur est une fois de plus remarquable, puisqu’il donne du Sikkim une idée qui rend compte de la complexité de la situation. Et l’aspect général est également une belle réussite, avec des paysages très réussis, sur des vignettes de formats très variables avec un choix de couleurs du plus bel effet bien rendu par le choix éditorial (impression en trois couleurs Pantome sur papier de création, dos toilé : un album épais, de 213 pages). Bref, un bel objet où dominent le bleu et le jaune, couleurs complémentaires parfaitement adaptées.

Sikkim stories, Simon Lamouret et Pema Wangchuk Dorjee
Sarbacane, le 2 septembre 2026
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4

Festival

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