Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec Club Kid, son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l’effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu’un fils dont il ignorait l’existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Basé à Los Angeles, Jordan Firstman s’est forgé une réputation à travers des courts-métrages remarqués et des apparitions dans plusieurs séries comiques américaines, notamment Hacks et I Love LA. Après avoir joué son propre rôle dans Rotting in the Sun, une comédie noire et décalée, il passe derrière la caméra avec une œuvre à la fois personnelle et universelle. Porté par les mêmes producteurs que Red Rocket et Anora, deux films qui explorent aussi le monde de la fête, Club Kid, présenté à la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes, entraîne le spectateur dans un tourbillon nocturne new-yorkais, entre euphorie et mélancolie.

Nuits électriques

Peter est promoteur de soirées gay aux côtés de Sophie, jouée par une Cara Delevingne plutôt convaincante. Sa vie se résume à enchaîner les soirées en se noyant dans l’alcool et les drogues, sans le moindre horizon ni projet d’avenir. Cette existence, qui brille en apparence grâce à l’illusion permanente de la fête, sonne en réalité creux. Plongé dans cet état de dérive dont il n’a même pas conscience, Peter apprend qu’il est père lorsqu’une une amie de son ex lui confie Arlo, un garçon de 8 ans qu’il n’a jamais rencontré. Contraint d’assumer soudainement une paternité non désirée, Peter doit se responsabiliser, et surtout se réinventer.

Ce point de départ dramatique est traité avec une grande douceur et une bonne dose d’humour, sans jamais tomber dans le pathos ni la caricature. Arlo, curieux, se montre très attentionné et passionné de musique. Il rêve d’apprendre le métier de DJ. Au fil de leurs échanges maladroits et attendrissants, il va progressivement redonner un sens à l’existence de Peter. À travers cette relation père-fils qui se construit à tâtons, Club Kid compose un récit profondément humain sur la résilience et la transformation de soi. Le message est simple mais sincère : ce sont la famille, les amis, et même les rencontres inattendues qui nous invitent à dépasser nos limites et à donner le meilleur de nous-mêmes.

Au-delà de la relation centrale entre Peter et Arlo, le film offre à John Firstman l’occasion de dresser un portrait sensible et nuancé de la communauté queer new-yorkaise. Une galerie de personnages secondaires aussi attachants qu’hauts en couleurs, et souvent un peu perdus, vient enrichir le récit et lui donner une vraie profondeur. Sans s’appesantir sur des scènes de débauche ou chercher à provoquer, le réalisateur explore avec finesse les mirages de cet univers festif, où le bonheur affiché masque souvent une profonde quête d’identité et d’appartenance. Ici aussi, ce sont les liens tissés avec les autres qui façonnent, révèlent et sauvent les individus.

Une vision cohérente avec le parcours personnel du réalisateur américain, lui-même issu de ce milieu. John Firstman cite volontiers After Hours et La Valse des pantins de Martin Scorsese parmi ses grandes influences cinématographiques. On retrouve en effet dans Club Kid cette même façon de plonger le spectateur dans une nuit urbaine fiévreuse, à la fois fascinante et inquiétante, peuplée de figures marginales. Mais alors que Scorsese cultivait l’angoisse, John Firstman choisit l’amour et l’espoir. Un premier film drôle, émouvant et aussi jouissif qu’une fin de soirée.

Ce film est présenté en Compétition au Festival de Deauville 2026.

Club Kid – fiche technique

Réalisation : Jordan Firstman
Scénario : Jordan Firstman
Interprètes : Jordan Firstman, Cara Delevingne, Diego Calva, Reggie Absolom, Kirby Howell-Baptiste, Colleen Camp
Photographie : Adam Newport-Berra
Décors : Stephen Phelps
Costumes : Emily Constantino
Musique : Cristobal Tapia de Veer
Sociétés de production : Alex Coco, Galen Core, Topic Studio
Pays de production : États-Unis
Société de distribution : Metropolitan FilmExport
Durée : 2h06
Genre : Drame
Date de sortie : 4 novembre 2026

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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