Peaky Blinders, l’immortel : une fin prévisible

Clap de fin pour Peaky Blinders et son héros légendaire. La série mythique a dévoilé sur Netflix, ce vendredi 20 mars, les derniers instants de l’incontournable et charismatique Tommy Shelby. Une fin attendue depuis des années… mais est-ce vraiment la fin qu’il mérite ? Rien n’est moins sûr.

Synopsis : Birmingham, 1940. En pleine Seconde Guerre mondiale, Tommy Shelby est contraint de sortir de son exil volontaire pour affronter un destin tragique. L’avenir de sa famille et de son pays est en jeu, il doit affronter ses propres démons et faire un choix : assumer son héritage ou le réduire en cendres. Sur ordre des Peaky Blinders.

Dans les traces d’une série d’envergure

Peaky Blinders a marqué toute une génération de sériephiles. Loin des fresques anglaises bien sages à la Downton Abbey, ici on parle gangs, violences, famille, avec une vraie identité visuelle et sonore. Porté par le talentueux et phénoménal Cillian Murphy, la série aura tenu 7 belles saisons. On a suivi l’ascension de Thomas Shelby et de son clan, avec des épisodes souvent intenses, une réalisation soignée, une bande-son marquante… bref, une vraie masterclass par moments. Entre les costumes, les répliques, l’ambiance, la série avait trouvé une formule qui fonctionnait presque trop bien.

Par conséquent, finir tout cela avec un film, plusieurs années après la fin de la série, était forcément un pari risqué.

Un film vraiment à la hauteur ?

C’est là que ça se complique. Sur le papier, tout est là : un Tommy brisé, isolé dans son manoir, hanté par ses choix, par des fantômes, en train d’écrire ses Mémoires, en attendant la fin. On apprend qu’il a quasiment tout perdu, y compris une partie de sa famille (on apprend que c’est lui qui tue son frère Arthur, alors qu’il était pris de folie). Mais évidemment, la paix ne dure pas : entre son trublion de fils, Duke, qui fait parler de lui et la mort de sa sœur, Tommy est obligé de replonger une dernière fois et de se battre.

Sauf que… ça ne prend pas vraiment comme avant. Malgré la présence de Tom Harper (déjà impliqué dans la série pendant la saison 1), on sent que le film manque de souffle. Tout va un peu trop vite, comme si on voulait cocher les cases sans vraiment prendre le temps de développer.

La relation entre Tommy et son fils Duke, par exemple, reste assez superficielle alors qu’elle aurait pu être centrale. Barry Keoghan fait le job, mais son personnage ne laisse pas une énorme impression. Et certaines absences se font sentir, notamment celle de son autre fils Charlie, parti à la guerre en Afrique. Quant à Ada, elle sert surtout de déclencheur émotionnel, même si elle garde jusqu’au bout ce rôle de boussole morale qu’elle a toujours eu.

Et puis, il y a ces nouveaux personnages, comme le nazi Beckett (Tim Roth) ou la gipsy incarnée par Rebecca Ferguson : intéressants sur le papier, mais pas assez exploités pour vraiment marquer. Résultat, le film donne une impression d’être un peu expédié, et c’est là que le bât blesse.

Le roi est mort, vive le roi

La raison première de Peaky Blinders : l’immortel est de conclure l’histoire de Tommy Shelby. En effet, Netflix et la BBC ont commandé 2 saisons d’une nouvelle saga Peaky Blinders. Cette nouvelle série (avec Cillian Murphy en tant que producteur exécutif) mettra en scène une nouvelle génération de Shelby, dans un contexte de réinvention sociale, de luttes de pouvoir et de danger. Avec cette information on comprend pourquoi le film a été aussi précipité.

Le magistral Thomas Shelby s’en est allé, à la manière de Dax dans Sons of Anarchy, comme s’il orchestrait lui-même sa propre chute : criblé de balles par le méchant Beckett, il souhaite que ce soit son fils Duke qui l’achève. Et juste avant de passer de vie à trépas, il dira ces derniers mots à son fils : « In the bleak midwinter » (« Au beau milieu du sombre hiver »). Les connaisseurs de la série reconnaitront ce poème. À de nombreuses reprises dans la série, on peut entendre Thomas et ses frères réciter ce début du poème de la poétesse anglaise Christina Rossetti, notamment lorsqu’ils sont proches de la mort (lorsque Thomas va tuer Danny dans la saison 1, à la fin de la saison 2 lorsqu’il s’apprêtait à être exécuté ou encore quand Arthur et John sont sur le point d’être pendus au début de la saison 4). Ce poème adapté en chant de Noël, avait été très populaire auprès des soldats de la Première Guerre Mondiale, guerre à laquelle Tommy et ses frères ont participé. C’est donc un clin d’œil fort, qui rappelle à quel point la Première Guerre mondiale n’a jamais vraiment quitté Tommy.

Dans ses mémoires, qu’il nommera L’Immortel (d’où le titre du film), Tommy Shelby lègue par ailleurs ses biens avec des mots très symboliques :

« Ma voiture à Johnny Dogs. Mon vin au Garrison. Mes chevaux à quelqu’un qui ne les exploitera pas. Mes balles à quelqu’un qui n’a pas de noms à y graver. Et mes armes à quelqu’un qui ne s’en servira pas. »

Une intention forte, presque ironique quand on sait que l’univers dangereux des Peaky Blinders va continuer sans lui.

Au final, cette conclusion laisse un goût un peu amer. Pas forcément ratée, mais pas totalement à la hauteur de ce que la série nous avait habitués à voir. Reste une question : est-ce que l’esprit de Tommy Shelby continuera à habiter les Peaky Blinders ? Sans aucun doute… par ordre des Peaky Blinders.

Peaky Blinders : l’immortel – bande-annonce

Peaky Blinders : l’immortel – fiche technique

Titre original : Peaky blinders : The Immortal Man
Réalisation : Tom Harper
Scénario : Steven Knight
Interprètes : Cillian Murphy (Thomas Shelby), Rebecca Ferguson (Kaulo), Barry Keoghan (Duke Shelby), Tim Roth (John Beckett), Stephen Graham (Hayden Stagg), Sophie Rundle (Ada Thorne), Ned Dennehy (Charlie Strong), Packy Lee (Johny Strong), Ian Peck (Curly)
Montage : Mark Eckersley
Musique : Antony Genn, Martin Slattery
Production : Patrick  Holland, Steven Knight, Cillian Murphy, Guy Heely
Producteur exécutif : Tom Harper, David Kosse, Jamie Glazebrook, Andrew Warren, David Mason, Caryn Mandabach
Société de production : BBC, BBC Studios
Pays de production : UK
Durée : 1h 52min
Genre : Drame, historique, policier
Date de sortie : 20 mars 2026 sur Netflix

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