FNC Montréal 2025 : Baise-en-ville – Une nouvelle voie qui fait du bien.

En voilà un film original et sacrément agréable ! Le genre de proposition qu’on ne voit pas venir, dont on débute le visionnage un peu circonspect, il faut l’avouer, et qui finit par nous enchanter plus les minutes passent. En dehors de toute mode, supposément fait avec le cœur et à contre-courant de ce que peut proposer la comédie française, Baise-en-ville est un petit bonbon sucré-acidulé, aussi drôle que plaisant. Grâce à une galerie de seconds rôles portés par des acteurs de renom qui l’épaulent, le jeune Martin Jouvat irradie l’écran de sa nonchalance singulière. Et en plus, il a écrit et réalisé le film ! C’est ce qui s’appelle une découverte, et un talent à suivre qui nous éblouit autant par sa mise en scène que par son écriture !

Synopsis : Sprite, 25 ans, doit absolument trouver un job. Mais pour travailler , il faut le permis et pour se payer le permis, il faut un emploi… Finalement, il se fait engager par une start-up spécialisée dans le nettoyage d’appartements après des fêtes ; mais comment aller travailler tard la nuit sans moyen de transport dans une banlieue mal desservie ? Sur les conseils de sa monitrice d’auto-école , il s’inscrit alors sur une application pour séduire des jeunes femmes habitant près de ses lieux de travail. Un seul problème : Sprite n’est pas vraiment un séducteur…

La découverte d’univers aussi atypiques que celui du jeune Martin Jouvat est toujours stimulante et surprenante. Un peu comme quand nous est tombé dessus — pour rester dans le sérail du cinéma français — ceux de Quentin Dupieux et son goût pour l’absurde, ou d’Alain Guiraudie et ses coquineries champêtres. Et ici, dès les premières images, on entre dans quelque chose d’inédit et d’original. Après Grand Paris (que je n’ai pas eu la chance de voir), qui avait reçu de belles louanges de la presse et un petit succès d’estime public malgré son peu de diffusion et d’écrans à sa sortie, le jeune homme réitère avec ce Baise-en-ville qui nous réjouit durant une heure et demie. Vous savez, ce genre de film qui vous donne le sourire aux lèvres non-stop ? Eh bien, on est en plein dedans.

Jouvat a écrit et réalisé ce film en plus de se glisser dans la peau du rôle principal, celui de Sprite (ou Corentin Perrier, de son vrai nom, et d’où son surnom comme il le précise au cours du film). Et on peut dire qu’il a réussi à écrire et personnifier un personnage de cinéma ô combien drôle, attachant et touchant. Le genre de gouaille qu’on voit peu et qui marque la pellicule. On n’avait pas ressenti ça depuis le bulldozer Raphaël Quenard, dans un tout autre genre. Martin Jouvat a une gouaille commune à nulle autre, et on prend un véritable plaisir à suivre les tribulations de Sprite, ce jeune homme un peu maladroit, très nonchalant mais assurément grisant. Autant que son film et que sa casquette de réalisateur, on découvre un acteur remarquable au phrasé reconnaissable entre tous.

Probablement convaincus par le talent de ce cinéaste en herbe, de nombreux seconds rôles sont venus le soutenir, en plus de ses amis et collaborateurs habituels. On retrouve donc ici William Lebghil, déjà dans son premier long, mais aussi Michel Hazanavicius, qui joue ici l’acteur après que sa femme Bérénice Béjo a joué l’actrice dans un de ses courts. Il y a aussi Anaïde Rozam (l’excellente série Culte), la trop rare Géraldine Pailhas ou le génial Sébastien Chassagne, à mourir de rire en patron d’une start-up de nettoyage de soirées (lesdites scènes sont juste géniales de folie lunaire), mais surtout Emmanuelle Bercot. La réalisatrice a maintes fois prouvé qu’elle est aussi une excellente actrice (de La Tête haute à Mon roi, qu’elle a réalisé, en passant par Polisse), mais ici, elle dévoile un sacré tempo comique. C’est le genre de second rôle en forme de cerise sur le gâteau : elle est totalement délirante sans en faire trop.

Aux premiers instants de la projection — et peut-être durant une petite vingtaine de minutes — on se demande où on est. L’esthétique du film ressemble à une publicité des années 90 où des promoteurs vantaient des produits au sein de banlieues pavillonnaires fantasmées. On a ensuite l’impression d’un enchaînement de vignettes amusantes, toutes droites sorties d’une bande dessinée. D’ailleurs, à l’inverse, Jouvat pourrait retranscrire son film en neuvième art, tellement Baise-en-ville s’y prête. Puis, sans que l’on s’en rende compte, on est totalement conquis par ces micro-aventures à Chelles, ville qu’il connaît parfaitement puisqu’il y est né. Une sorte de déclaration d’amour à sa ville se ressent fortement ici. C’est agréable à regarder, en plus d’être maîtrisé et cohérent visuellement.

Avec ce personnage qui doit passer son permis pour pouvoir travailler, mais qui doit travailler pour avoir l’argent pour payer son permis (le fameux serpent qui se mord la queue), on assiste à des pérégrinations lumineuses et vraiment caustiques. Chaque séquence (ou presque) ravit autant que la précédente. On ajoute une quête de sexe mignonne, qui autorise aussi son quota de fous rires, et c’est toujours juste et bourré d’acuité dans le regard qu’il porte sur notre époque. Car oui, on rit beaucoup avec Baise-en-ville (du nom d’une sacoche d’antan).

Entre les dialogues écrits aux petits oignons, des situations burlesques mais pas trop (on n’est pas dans un cinéma du style de celui de Fiona Gordon et Dominique Abel non plus), et une grosse louche de tendresse, le long-métrage nous ravit. C’est frais, c’est lumineux, c’est juste, et malgré les défauts propres aux premiers films (toutes les scènes ne fonctionnent pas), on marche avec un grand sourire et en étant pressé de voir la suite. Alors, courez voir ce film qui vous surprendra et vous remplira de bonne humeur, c’est à n’en pas douter.

Bande-annonce : Baise-en-ville

Fiche technique : Baise-en-ville

Réalisateur : Martin Jauvat.
Scénariste : Martin Jauvat.
Production : Ecce Films & France 2 Cinema.
Distribution: Le Pacte.
Interprétation : Martin Jauvat, Emmanuelle Bercot, Sébastien Chassagne, Anaïde Rozam, Géraldine Pailhas, William Lebghil, Michel Hazanavicius, …
Genres : Comédie.
Date de sortie : 28 janvier 2026.
Durée : 1h34.
Pays : France.

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Festival

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