La Guerre des Rose : Tardent les épines, mais si belles sont les pétales

On pouvait redouter un remake inutile ou une réadaptation potache et lourdingue à l’annonce de cette nouvelle Guerre des Rose. Et ce n’est absolument pas le cas, tant la version 2025 est différente et totalement en phase avec son époque. On ne rit peut-être pas autant qu’espéré, et il faut avouer que les hostilités se déclenchent peut-être un peu trop tard et brusquement. Mais elles nous régalent allègrement dans une dernière partie géniale, au rythme endiablé. Avant cela, cette nouvelle version peut compter sur un duo déchaîné et impeccablement casté en tête d’affiche, qui domine une étude du couple et des relations maritales fouillée et bien sentie — aux petits oignons même — à laquelle des dialogues succulents, piquants (et donc jubilatoires) ajoutent un petit zeste de plaisir supplémentaire.

Synopsis : Ivy et Theo forment un couple parfait à qui tout réussit : des carrières couronnées de succès, un mariage épanoui, des enfants formidables… Mais sous les apparences de cette vie idéale, une tempête se prépare… Alors que la carrière de Theo s’écroule et que celle d’Ivy décolle, leurs ressentiments et leur rivalité jusque-là étouffés vont bientôt exploser.

Il est fort probable que certains spectateurs nostalgiques soient scandalisés que l’on ose toucher à l’un de leurs films cultes (l’immense et éponyme version de Danny DeVito), que d’autres crient au manque d’inspiration, encore une fois criant à Hollywood, ou encore conspuent cette manie de déterrer une à une d’illustres œuvres du siècle passé pour en faire des remakes ou autres réinterprétations. Néanmoins, La Guerre des Rose premier du nom a près de quarante ans d’âge ; un dépoussiérage n’était donc pas complètement inutile au vu du sujet du film et de l’évolution des mœurs. Et puis, il faut bien préciser que c’était surtout l’adaptation sur grand écran d’une nouvelle de Warren Adler ; cette mouture est donc plutôt ce que l’on peut appeler une nouvelle adaptation. Et on peut dire qu’elle diffère sur bien des points, et qu’elle a donc, par ricochet, sa raison d’être.

On n’ira pas vraiment dans la comparaison, tant les deux longs-métrages sont bons et surtout presque complémentaires, chacun étant en phase avec son époque respective. Mieux, ils sont symptomatiques de leur temps, pour cette partie de la société dans laquelle l’histoire pose son décor, en l’occurrence la petite bourgeoisie américaine tendance progressiste. Cette nouvelle version croque parfaitement ce microcosme et s’avère exactement dans l’air du temps.

Si cette année et ses nombreux bouleversements politiques et sociaux (Trump, montée des populismes, régression des droits des minorités, etc.) vont peut-être rendre vite caduque cette vision, elle n’en demeure pas moins inscrite de belle manière dans les codes de société de la décennie qui vient de s’écouler. On y retrouve, pêle-mêle : le sempiternel second rôle gay, le couple libertin, le papa à la maison pendant que la maman travaille (inversion notable par rapport à la première version), le multiculturalisme du casting… Toutes ces avancées modernes et récentes de la société sont présentes et bien intégrées au script, même si l’on a parfois l’impression que celui-ci se doit de cocher des cases.

Jay Roach, réalisateur de comédies souvent potaches telles que les sagas Mon beau-père et moi et ses suites ou les Austin Powers, se retrouve ici à la tête d’un projet plus sérieux et moins versé dans la gaudriole et le lourdingue. Mais c’est oublier que son dernier film en date est Scandale, sur le harcèlement sexuel à Fox News, avec Nicole Kidman, Charlize Theron et Margot Robbie. L’homme est donc tout à fait capable de livrer une bobine à la tonalité bien plus grave. Et d’ailleurs, on ne peut pas dire que cette « Guerre des Rose » soit une véritable comédie. Le rire véritable et sincère y est étonnamment rare, sans que ce soit un reproche. Certes, on sourit souvent, et quelques coups vaches lorsque mari et femme sortent les armes prêtent à rire dans la dernière ligne droite, mais le film se tourne plus vers ce qu’on pourrait appeler l’étude de caractères, ou plus communément la comédie dramatique à tendance conjugale.

On ne pourra pas dire réellement que le fait que les hostilités tardent à se déclencher soit un défaut. Cependant, c’est un constat qui entraîne tout de même une légère frustration chez le spectateur, notamment à cause d’un marketing mensonger. La Guerre des Rose version 2025 prend en revanche bien le temps de développer l’histoire du couple et de montrer petit à petit comment l’usure, la lassitude ou la jalousie vont gangréner leur histoire d’amour. Sauf que cela va prendre près des trois quarts du long-métrage, et que la guerre du titre ne va durer qu’une petite demi-heure — le titre original Les Rose s’avérant donc bien plus approprié pour cette version. Le reste n’est pas ennuyeux, bien au contraire, et les mécanismes qui vont provoquer la discorde au sein du duo sont vraiment bien montrés, mais on peut être déçu du manque de bataille conjugale et de coups bas tordus qui ont fait la célébrité de la version initiale.

Le fait d’avoir choisi des comédiens britanniques apporte une touche particulièrement intéressante, notamment aux dialogues. On retrouve cette ironie mordante dans les répliques, qui fait souvent mouche. La scène du repas est, à ce titre, délicieusement mordante et jubilatoire. Olivia Colman et Benedict Cumberbatch, qu’on n’aurait pas du tout imaginés dans la peau des Rose, apportent au contraire une fraîcheur inattendue au film et s’avèrent très complémentaires. Au niveau des seconds rôles, on retiendra la composition d’Alison Janney qui, en une seule scène (!), vole la vedette à tous les autres. Au final, loin de verser dans l’humour gras qu’on redoutait, cette nouvelle version, mise en scène avec soin et élégance dans de superbes décors, est vraiment différente et donc intéressante, même si la guerre promise arrive bien trop tard.

Bande-annonce – La Guerre des Rose

Fiche technique – La Guerre des Rose

Titre original : The Rose
Réalisation : Jay Roach
Scénario : Tomy McNamara d’après l’oeuvre de Warren Adler
Production : Searchlight Pictures
Distribution France : The Walt Disney Pictures Company France
Genres : Comédie – Drame – Romantisme
Sortie : 27 août 2025
Durée : 1h45
Tournage : Mendecino, Californie.

CASTING PRINCIPAL

Olivia Colman
Benedict Cumberbatch
Kate McKinnon
Andy Samberg
Alison Janney

ÉQUIPE TECHNIQUE

Photographie : Florian Hoffmeister
Musique : Theodore Shapiro
Montage : Jon Poll
Décors : Mark Ricker et Jody Farr

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.