Deauville 2025 : The New West, le clan des dresseuses

Les sélections du Festival de Deauville se sont toujours attachées à la mise en valeur d’individus marginaux qui forment l’image d’une Amérique fracturée et composite. The New West, premier film de la compétition, nous plonge dans le quotidien d’une famille matriarcale qui vit péniblement de la vente de chevaux élevés dans un ranch. Un drame sensible, féministe, à la fois doux et brut, qui compose un émouvant western contemporain.

Comédienne de formation, Kate Beecroft souhaitait réaliser son premier long-métrage à partir de personnes réelles, en adoptant une démarche mêlant fiction et documentaire. Elle s’est alors rendue au cœur du parc national des Badlands, dans le Dakoya du Sud. Au milieu des plaines et des collines de roches striées, elle découvre le ranch des Zimiga, au sein duquel elle a vécu trois ans. Cette longue immersion, qui a imprégné le scénario comme le traitement du film, confère à The New West une émotion sincère et une authenticité rare.

Mère Tabatha

Dresseuse de chevaux hors pair, Tabatha Zimiga élève et forme ses deux enfants au rodéo. Farouche, déterminée et généreuse, elle recueille également des jeunes orphelins ou abandonnés par leurs parents sans emploi. Grâce à son ranch, et malgré son parcours éprouvant, le deuil de son époux et ses difficultés financières, elle accorde amour et protection à sa famille élargie. Cette dernière inclut aussi des chevaux blessés ou délaissés, qu’elle parvient miraculeusement à apprivoiser. Avec son charisme et sa dégaine, qui ne cachent pas une grande sensibilité, Tabatha s’apparente à une véritable chef de clan, guerrière des temps modernes. Elle transmet sa passion et sa combativité à toutes les jeunes filles sous son aile.

The New West donne ainsi à voir l’existence d’une ligue de dresseuses féminines bien réelles. Cheveux longs, partiellement rasés, vêtements de cowboy, ou, en l’occurrence, de cowgirl, voltige, compétition, les Zimiga s’épanouissent dans un microcosme aussi beau que fragile, à l’image des crevasses désormais desséchées de leur paysage. Lorsqu’un éleveur leur propose de racheter le ranch, c’est tout leur monde qui risque de s’écrouler, au prix de leur propre survie. Cette caste féminine est incarnée avec foi par une galerie d’acteurs non professionnels très impressionnants. Tabatha Zimiga, qui joue son propre rôle, fascine particulièrement par sa force brute et sa sensibilité à fleur de peau. Jennifer Ehle (She Said, Les jardins du roi), interprète haute en couleurs d’une grand-mère franche et dévouée, complète ce casting de néophytes.

Par son genre et son inclusion d’individus locaux, inconnus des écrans, The New West s’inscrit dans la lignée de l’œuvre de Chloé Zhao (The Rider, Nomadland), déjà récompensée au Festival de Deauville. En ouvrant son film avec le dos d’un cheval, et non la tête, comme dans les westerns classiques, Kate Beecroft annonce d’emblée son désir de sortir des traditions. Elle expose en effet un nouveau Far West, où les équidés se vendent sur TikTok et où les femmes, en dépit des épreuves et des préjugés, peuvent gagner leurs places. Car désormais, ce sont bien elles qui murmurent à l’oreille des chevaux. Les hommes apparaissent au second plan, comme subalternes, ou se montrent totalement incapables de comprendre les animaux. En axant dialogues et voix-off sur le ressenti de ces personnages ébranlés, le film nous perd parfois dans les liens de paternité, pas toujours explicités, et les allers-retours entre passé et présent. Toutefois, même si le récit conserve un déroulement lent et assez convenu, la véracité des personnages, renforcée par l’insertion d’images réelles des Zimiga véhiculées sur les réseaux sociaux, donne un véritable corps et une âme à ce drame très incarné. Sans révolutionner le genre, The New West ouvre la voie à des westerns contemporains recentrés sur l’authenticité et l’humanité. Un très bon début de compétition.

Fiche technique – The New West

Réalisation : Kate Beecroft
Scénario : Kate Beecroft
Producteurs : Kate Beecroft, Lila Yacoub, Melanie Ramsayer, Shannon Moss
Distribution : Pyramide Distribution
Interprétation : Porshia Zimiga, Tabatha Zimiga, Scoot Mcnairy, Jennifer Ehle…
Genre : drame
Date de sortie : inconnue
Durée : 1h37
Pays : Etats-Unis

 

Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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