La Trilogie d’Oslo – Désir : Des hommes regardés droit au coeur !

Dans Désir, dernier volet de la Trilogie d’Oslo, le Norvégien Dag Johan Haugerud signe un film audacieux et fin sur les complexités du désir et de l’identité. Entre humour queer et références malicieuses (de David Bowie à Brad Pitt), il explore avec subtilité la libération de la parole masculine, bousculant les normes de genre. Une cure psychanalytique à ciel ouvert, portée par deux ramoneurs en quête d’eux-mêmes.

Filmé de manière un peu gauche et anodine, Désir surprend par la qualité dramaturgique de son scénario et la cocasserie culottée de certaines scènes (celle chez la dermatologue est un must).

Héritier spirituel d’un Rohmer queer ou d’un Resnais espiègle, Haugerud signe une œuvre aussi sage en apparence qu’effrontée dans le fond. Il y aborde les interrogations sur la masculinité contemporaine avec une rare finesse, entre satire et tendresse.

Deux ramoneurs sont amenés à se confier l’un à l’autre leurs fantasmes ou leurs réalités. L’un vient de coucher avec un client. L’autre fait un rêve récurrent où il se voit regardé comme une femme par David Bowie.

Déjà, il n’est pas banal d’avoir choisi comme métier pour ces deux protagonistes principaux : le ramonage.

Brad Pitt, Bowie, le ramonage et la subversion des codes

Métier peu représenté à l’écran, peu séduisant de prime abord, il permet au réalisateur deux clins d’œil : l’un dans une scène, référence humoristique à celle de Tarantino nous dévoilant dans Once Upon a Time in Hollywood le torse viril et ultra-sexualisé de Brad Pitt furetant sur un toit. Ici, même scène avec un acteur norvégien au physique pour le moins ordinaire. C’est aussi la force de Dag Johan Haugerud : tranquillement et fermement subvertir les clichés.

Avec un humour malicieux, il détourne les archétypes virils. Pourquoi faudrait-il forcément avoir les attributs ou le look trendy de Brad Pitt pour être un objet de désir ? Le désir n’a pas besoin de canons esthétiques pour exister.

Et de fait, notre ramoneur va confier et raconter à son collègue combien il s’est senti désiré, COMME JAMAIS IL NE L’A ÉTÉ, et que c’est pour cette raison qu’il accepte cette expérience avec un homme.

Le second clin d’œil du choix de ce métier est la référence à Anna O et Freud, qui inventent la psychanalyse en la définissant précisément comme une chimney sweeping, un ramonage de cheminée. En vérité, toute la Trilogie d’Oslo (même si elle porte un regard critique sur cette méthode thérapeutique, pouvant nous aliéner peut-être encore plus en nous faisant devenir « normosés ») évoque une cure analytique.

Désir, à n’en point douter, fait de la parole libérée entre les deux amis une cure.

Puis il y a Bowie, figure fantasmée, qui plane comme un symbole de fluidité. Le réalisateur explore avec délicatesse ces hommes « post-MeToo » en quête d’eux-mêmes, refusant les étiquettes simplistes.

Cure par la parole

Les deux ramoneurs se livrent donc leurs secrets. Et au fil des confessions, leurs personnages se métamorphosent et commencent une sorte d’aventure neuve pour l’un et pour l’autre.

Celui qui a couché avec un homme se confie à sa femme, croyant bien faire. Et c’est tout un bouleversement qui advient. Celui qui rêve de Bowie commence à développer des maux de peau bizarres, comme si toute son intériorité voulait rejoindre l’extravagance du rêve, comme si sa peau voulait incarner son rêve « Bowien ».

Désir (Sex dans le titre original) parle donc surtout d’hommes en processus de libération, d’hommes post-MeToo qui attendent eux aussi une rêve/volution qui les regarde différemment, sans les assigner à des genres, sans forcément les étiqueter gays s’ils couchent avec un mec, ni trans s’ils se rêvent en étant regardés comme une femme.

Les femmes, en revanche (contrairement à Rêves, où la figure masculine est absente), sont dépeintes de manière plus conventionnelle – normatives, presque rigides. Du moins, ce qu’elles disent est le pur produit d’un discours psy, pris dans des dispositifs de pouvoir peu libres. Un choix assumé qui renforce l’originalité du propos : Désir s’intéresse avant tout à ces hommes fragiles, amicaux et désirants, ouverts et fervents, « regardés droit au cœur ».

Un cinéma qui regarde les hommes droit au coeur

Avec ce film aussi intelligent qu’émouvant, Haugerud offre une réflexion rare sur la masculinité sans domination, le désir sans frontières et la beauté des identités mouvantes. Une œuvre nécessaire, portée par une humanité lumineuse.

La Trilogie d’Oslo – Désir : bande-annonce

La Trilogie d’Oslo – Désir : fiche technique

Scénario et réalisation : Dag Johan Haugerud
Interprètes : Jan Gunnar Røise (le ramoneur), Thorbjørn Harr (le patron), Siri Forberg (la femme du ramoneur), Birgitte Larsen (la femme du patron)
Image : Cecilie Semec
Montage : Jens Christian Fodstad
Société de production : Motlys
Pays de production : Norvège
Distribution France : Pyramide Films
Durée : 1h58
Genre : Comédie dramatique, Drame
Date de sortie : 16 juillet 2025

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