Escale à haut risque à Porto Rico

Le titre de la série est un anglicisme dérivé du mot tramping. Il renvoie au vocabulaire de la marie marchande et il désigne le transport maritime à la demande, par un navire de commerce non affecté à une ligne régulière. C’est ce que pratique Yann Calec, avec le Pierrick, cargo qu’il a acquis grâce au magot obtenu lors d’une précédente aventure de la série.

Calec profite donc de son indépendance avec un équipage choisi par ses soins. Bien évidemment, sa situation agace ses concurrents, mais il s’en sort grâce à son courage, sa détermination et la confiance de son équipage. Malgré quelques références aux épisodes précédents, cet album n°14 peut se déguster sans connaître le reste de la série.

Une mission pas vraiment choisie

Yann vit à Rouen (sa cathédrale peinte par Claude Monet) avec Rosanna ; ils sont les heureux parents de la petite Inès. Leur vie de couple a été secouée plusieurs fois, à cause des nombreuses absences de Yann. D’autre part l’armateur Gustave Perreira de la compagnie des Chargeurs et Affréteurs réunis (ancien employeur de Yann) détient une lettre d’aveu signé par Inès, grâce à laquelle il peut forcer la main à Yann, malgré les moyens peu glorieux déployés pour obtenir cette lettre. Perreira n’est pas à une magouille près. C’est ainsi qu’il s’arrange pour que Yann embarque à destination de Porto Rico, avec l’objectif de récupérer Le Kid un petit cargo immobilisé par la douane. Calec en a discuté avec son équipage, pour que tout le monde sache à quoi s’en tenir. Si la douane immobilise Le Kid, c’est probablement parce qu’elle sait que s’y trouve quelque chose de précieux, probablement petit, suffisamment bien planqué pour qu’il reste introuvable. Il ne suffira donc pas de venir réclamer Le Kid ; il faudra peut-être le faire sortir du port au nez et à la barbe des autorités et espérer sortir des eaux territoriales suffisamment rapidement pour échapper aux poursuites.

Une série qui se joue des aléas

Si vous ne connaissez pas la série, l’amorce d’intrigue devrait vous faire sentir que l’album contient son lot d’action et d’aventures, ainsi que quelques personnages troubles. A chaque nouvel album, on peut craindre la déception, car on s’imagine que les auteurs ont déjà bien exploité le milieu de la marine marchande dans lequel évolue leur personnage principal. D’autre part, la série continue malgré le décès en 2017 de son dessinateur d’origine, Patrick Jusseaume. C’est le scénariste Jean-Charles Kraehn qui achève le dessin du n°11 de la série Avis de tempête avant que Roberto Zaghi reprenne la partie dessin. Le style n’est donc plus tout à fait le même, par contre l’esprit reste, ce qui est l’essentiel. Il faut quand même savoir que si les parties en mer et dans le milieu maritime faisaient le charme des débuts de la série, en nous immergeant dans ce milieu avec un réalisme remarquable et en utilisant le vocabulaire adapté (avec de nombreuses notes de bas de page pour les précisions nécessaires), ce ne fut pas systématiquement le cas, notamment lors du cycle situé en Indochine pendant la période coloniale française. Ici, il faut attendre la page 25 pour voir le Pierrick en mer, direction Porto Rico. Ensuite, l’essentiel de l’album se situe là-bas, Yann Calec devant démêler pas mal d’embrouilles. Les amateurs d’aventures en mer devront attendre la dernière partie de l’album pour obtenir satisfaction. Ceci dit, de nombreux points de l’épisode tournent autour de l’univers de la marine marchande, raison d’être de la série. Ainsi, le début se passe dans une sorte de cabaret nommé le Ding Dong Dingue et Calec se trouve impliqué dans un écheveau où des personnages évoluant dans le milieu de la Marine marchande côtoient des malfrats, certains apparaissant dans de précédents épisodes de la série, mais pas tous. Nous avons donc droit à quelques nouvelles têtes et à de nouveaux personnages douteux qui nous valent des péripéties qui méritent le détour.

Pour entrer dans le détail

Tout compte fait, le dessin de Roberto Zaghi s’avère de qualité, même s’il ne fera pas oublier celui de Patrick Jusseaume. Quant aux couleurs, elles sont signées Jambers. C’est une réussite qui nous vaut par exemple une page 47 qui fait plaisir à voir. Sur quatre bandes, nous avons d’abord le Pierrick en plan large sur une mer légèrement agitée, avec des reflets jaunes sur des vaguelettes qui annoncent le soleil couchant, une deuxième bande avec deux dessins dont celui de droite en plongée sur un grand bureau où nous profitons d’une décoration au sol avec des carreaux en mosaïque géométrique. Sur les deux autres bandes, une succession de vignettes montre un homme retenu prisonnier dans un lieu relativement sombre, interrogé par deux autres. Des stores à lamelles filtrent la lumière, faisant des stries sur les visages et les silhouettes. Malheureusement l’aspect esthétique montre ses limites, car suivant les zones, l’inclinaison des stries diffère au point qu’on se dit que ça ne colle pas. Ce défaut est à l’image de l’album et de la série. En effet, l’ensemble est agréable et bien conçu, mais manque du petit plus qui pourrait la faire décoller vers quelque chose de vraiment mémorable

Tramp 14 : Escale à haut risque – Jean-Charles Kraehn (scénario) – Roberto Zaghi (dessin) – Jambers (couleurs)
Dargaud : sorti le 14 mars 2025

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3.5

Festival

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