Un besoin de vérité (non partagé)

Deuxième volet du diptyque Alerte avec Johan Massez comme dessinateur-scénariste, Un besoin de vérité creuse le sillon du premier volet Le poids du doute qui mettait en évidence les enjeux liés à la mise en marché d’un nouveau médicament. Baptisé Zandler et commercialisé par le groupe PharmaCom, où Cathy Charlier travaille comme responsable de l’équipe l’ayant mis au point sous la direction de Georges Vermeer qui n’est autre que son beau-père, ce médicament s’avère porteur d’effets secondaires potentiellement dangereux. Or, Clinitech le sous-traitant chargé des tests, a donné son vert pour la commercialisation.

Cathy se trouve dans la tourmente, car elle a donné du Zandler à son propre fils Adri, sans rien dire à personne, pas même Cédric son mari et père d’Adri. D’ailleurs, Cédric pense à bien autre chose, puisque leur fils va mieux et que lui-même va enfin pouvoir se consacrer à l’activité qui lui tient à cœur : l’ouverture de son burger bio dans le garage dégagé de leur propriété. Peu importe que les banques n’aient pas voulu soutenir son projet, puisque son père a accepté de l’aider financièrement (alors que Cédric refusait toute aide en ce sens depuis son mariage avec Cathy).

Après le premier épisode

Cathy seule semble mesurer l’ampleur du danger que représenterait la mise en marché du Zandler. C’est le point délicat du scénario, car le tout début lors de la présentation de Cathy devant les actionnaires du groupe dirigé par madame Borel, a été marqué par le suicide spectaculaire de Milan Slojick, qui faisait partie des cobayes ayant participé aux tests sur le Zandler pour le compte de Clinitech. Mais, les enjeux financiers sont trop importants pour que PharmaCom ne demande ne serait-ce que le report de la mise en marché. On se doute que, dans cet univers où seule compte la rentabilité, si le moindre incident se produisait, PharmaCom n’hésiterait pas un instant à se retourner contre Clinitech.

Un milieu sans pitié

On navigue donc en eaux très troubles dans cette histoire. Et Cathy se sent bien seule. On la voit beaucoup courir dans cet album et pas seulement pour s’entretenir physiquement. Elle court visiblement contre la montre, car ayant décidé de stopper coûte que coûte le processus engagé avec le Zandler, elle comprend qu’elle va devoir agir rapidement et prendre d’énormes risques. Ainsi, elle assiste à une conférence donnée par une journaliste d’investigation spécialisée dans les relations avec les donneurs d’alerte. Le discours est clair : si elle veut vraiment agir selon sa conscience, Cathy va se retrouver isolée comme jamais, face à de puissants intérêts qui risquent de la détruire. Elle risque de perdre son travail et sa famille.

Cathy se débat comme elle peut

Ce qui caractérise Cathy, c’est donc son besoin de vérité pour reprendre le titre de l’épisode. Pour elle, il est hors de question de laisser faire et d’entrer dans le jeu des compromissions. Elle va donc profiter de l’expérience de la journaliste Feriel Rezadeh pour tenter le tout pour le tout. En fait, Cathy risque d’autant plus gros qu’elle n’est pas irréprochable. Elle a participé à la conception du Zandler, en a donné à son fils, menti à son entourage et nié toute tentative d’investigation menée pour son compte personnel. Au fil de la progression de l’intrigue, les menées des uns et des autres font monter la tension en mettant Cathy dans une position de plus en plus inconfortable. D’ailleurs, son action fait grincer les dents dans son entourage et personne n’est disposé à la laisser faire. Les réactions des uns et des autres montrent bien que les enjeux financiers et de pouvoir règnent en maîtres.

Un deuxième épisode à la hauteur du premier

Il est bien dans la lignée de ce qu’on pouvait redouter, avec un conflit d’intérêts particulièrement puissant. Il faut quand même savoir que cette histoire avait initialement été conçue comme un projet de série télévisée, ce qu’on apprend en fin d’album avec les remerciements que Johan Massez adresse à ses co-auteurs Vincent et Frédéric dont on ne saura rien de plus puisqu’ils sont non crédités. Avec Alerte Johan Massez fait ses débuts dans l’univers de la BD. On sent que le scénario lui tenait à cœur, au point de se lancer dans l’élaboration de ce diptyque, lui qui dessinait avant tout en dilettante alors qu’il a une formation d’ingénieur. Le résultat est de bonne qualité, avec une histoire haletante qui se lit comme un thriller bien construit. Le choix des couleurs qui faisait son effet dans le premier volet est ici moins présent, sans doute parce que le dessinateur cherche à faire sentir une approche en rapport avec le titre de l’épisode. Le bleu du ciel indique cette volonté de recherche de pureté qui passe également par des décors toujours minimalistes en arrière-plan. Pourtant, dans les remerciements, Johan Massez mentionne Luc Van Malderen dont il a reproduit des sérigraphies et peintures dans les deux épisodes. Autant dire qu’il faut les chercher pour les identifier.  Globalement, Johan Massez utilise quatre bandes par planche, avec quelques dessins de plus grandes tailles. Mais il ne recherche pas le spectaculaire, le scénario étant suffisamment prenant en nous réservant pas mal de péripéties. On note cependant des changements d’ambiances, avec des planches où, logiquement, différentes nuances de couleurs vives prennent successivement le dessus. Les ambiances et péripéties retiennent donc davantage l’attention que les représentations des personnages eux-mêmes qui ne sont pas le point fort du dessinateur, tout en restant fort honorables.

Alerte (2) Un besoin de vérité, Johan Massez
Sarbacane : sortie le 5 mars

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3.5

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