My Sunshine : un hiver sur l’île d’Hokkaidō

Le titre est explicite, car Takuya considère visiblement Sakura comme son rayon de soleil. Tous deux sont des adolescents japonais de 14-15 ans, habitants d’une ville de moyenne importance. My Sunshine ne précise pas qu’elle se situe sur l’île d’Hokkaidō, peut-être parce que cela apparaît évident aux yeux des Japonais qui, en particulier, savent qu’il ne neige que rarement sur Tokyo par exemple.

Au lycée, Takuya (Keitatsu Koshiyama) peine à s’intégrer, probablement parce qu’il évite les situations où son bégaiement pourrait lui valoir des moqueries. Le premier plan le montre lors d’un match de baseball avec sa classe, laissant passer la balle parce qu’il a le nez en l’air à observer les premiers flocons de l’année. Considéré comme nul en sport (et incapable d’affirmer le moindre début de virilité), on le voit ensuite jouer au hockey sur glace où il officie dans les buts (poste qui ne tentait personne d’autre) et se fait régulièrement transformer en passoire, jusqu’au moment où il reçoit le palet en pleine poitrine et s’effondre sur la glace. Cela ne l’empêche pas de retourner à la patinoire avec sa classe et d’y remarquer la gracieuse Sakura (Kiara Nakanishi) s’entrainer avec Arakawa, son coach (Sōsuke Ikematsu). Difficile d’évaluer son niveau (régional, national ou même international) mais ce que fait Sakura retient l’attention et ne manque pas de séduire Takuya qui l’observe régulièrement. Remarquant sa fascination et sa maladresse sur la glace, Arakawa propose de lui montrer comment s’y prendre. Voyant Takura progresser, Arakawa lui propose de s’entrainer avec Sakura et, rapidement, d’envisager de préparer un programme de danse sur glace en couple. Bientôt le résultat s’avère convaincant.

Séduction

Avec son image au format 4/3 et ses paysages enneigés qui apportent une belle luminosité, le film affiche un joli charme rétro. Et puis, c’est émouvant de voir Takuya et Sakura se rapprocher et parvenir à une harmonie gestuelle, car pour eux c’est évidemment la première fois. L’émotion qu’ils éprouvent rien qu’en se tenant par la main en patinant est palpable. Surtout probablement pour Takuya qui manque sérieusement de confiance en lui, son bégaiement en étant un symptôme révélateur. Le meilleur moment vient à mon avis lorsque Arakawa leur propose de venir s’entrainer un jour en pleine nature, sur un lac gelé. La complicité éclabousse l’écran et on les voit rire aux éclats tous les trois, se congratuler fraternellement.

Au-delà des apparences

Mais cette vision de bonheur innocent cache quand même quelque chose. En effet, Arakawa entretient une liaison homosexuelle, ce que Sakura devine incidemment un jour en ville. Du coup, elle comprend qu’Arakawa n’a pas intégré Takuya par hasard et elle considère qu’il le préfère à elle. Et, le jour où ils doivent passer une épreuve qualificative pour le championnat national, Sakura marque le coup en ne venant pas au rendez-vous. On comprend que, malgré ce qu’elle éprouve pour Takuya, elle ne veut plus patiner que dans l’optique de son ambition personnelle. À noter qu’Arakawa a connu son heure de gloire comme patineur et qu’il reporte probablement son ambition sur Sakura. Difficile d’évaluer son degré de sincérité lorsqu’il explique que la concurrence est rude du côté féminin, mais beaucoup moins du côté de l’épreuve de danse sur glace par couples.

Impressions

My Sunshine s’avère sympathique et agréable, mais un peu léger. En effet, trop longtemps, on observe une succession de scènes qui se passent toutes à la patinoire, ce qui donne l’impression que Sakura et Takuya y passent leur temps et qu’il ne se passe jamais rien ailleurs. Et puis, montrer des entrainements, cela a certes un côté amusant avec les maladresses de Takuya, puis un aspect esthétique quand il commence à bien se débrouiller, mais cela ne suffit pas à donner suffisamment de consistance à ce film. Ainsi, on ne voit quasiment jamais nos protagonistes à l’école. De même, la situation familiale de Takuya est à peine abordée. Peut-être cela vient-il du fait que le réalisateur s’inspire de souvenirs d’enfance et que ce qui l’a marqué pour cette époque, c’est cette ébauche d’histoire d’amour qui a complètement éclipsé les autres aspects de sa vie, pendant un hiver. Puisque Hiroshi Okuyama retranscrit à l’écran des impressions qu’il conserve de son adolescence, tout en filmant une histoire fictive, cela donne l’impression qu’il ne garde de cette période que ses meilleurs souvenirs embellis avec le recul, le reste ne dépassant pas le stade des impressions.

Verdict

Enfin, on peut se demander ce que veut nous dire le réalisateur, car à la fin, on a vraiment l’impression que pour Takuya, rien n’a changé fondamentalement. Certes, il a pu approcher Sakura, celle-ci ayant illuminé sa vie pendant un hiver. Mais, pouvait-il espérer mieux ? L’aspect paradoxal, c’est qu’entre eux la glace a fondu, alors que lorsque arrive le printemps et que la glace disparaît du paysage, ils s’éloignent inexorablement. Ainsi, quand Takuya croise Sakura par hasard en ville, il avance timidement vers elle, avec même une certaine hésitation, probablement car il ne sait pas trop quoi lui dire. En effet, ils se sont côtoyés sur la glace pour des entrainements, mais le film laisse supposer qu’ils ne savent pas grand-chose l’un de l’autre.

My Sunshine – Bande-annonce

My Sunshine – Fiche technique

Date de sortie : le 25 décembre 2024
Production : Comme des Cinémas, Tokyo Theatres et The Asahi Shimbun
Pays de production : Japon
Distribution : Art House Films
Réalisation : Hiroshi Okuyama
Scénario : Hiroshi Okuyama
Photographie : Hiroshi Okuyama
Montage : Tina Baz et Hiroshi Okuyama
Musique originale : Ryosei sato (Humbert Humbert)
Avec : Sōsuke Ikematsu (Arakawa), Keitatsu Koshiyama (Takuya), Kiara Nakanishi (Sakura)

Note des lecteurs0 Note
3

Festival

Festival Lumière 2026 : Wildwood, ou le vertige de la démesure

Depuis "Coraline" en 2009, LAIKA n’a cessé de repousser les limites de l’animation en volume. Présenté au Festival Lumière 2026, "Wildwood : La Prophétie de la forêt" pousse cette ambition à son paroxysme. Si son scénario peine parfois à convaincre, sa prouesse plastique témoigne d’un savoir-faire assez exceptionnel, porté par le travail du chef opérateur Caleb Deschanel qui était présent à Lyon.

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Newsletter

À ne pas manquer

Hope : Korean Rollercoaster!

Avec Hope, Na Hong-jin livre un blockbuster sud-coréen spectaculaire mêlant action, horreur et science-fiction, porté par une mise en scène virtuose malgré un scénario plus conventionnel.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Hope : Korean Rollercoaster!

Avec Hope, Na Hong-jin livre un blockbuster sud-coréen spectaculaire mêlant action, horreur et science-fiction, porté par une mise en scène virtuose malgré un scénario plus conventionnel.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.