Urgences : leçons de vie

Hyperréalisme, traumatismes à la chaîne, blessures corporelles et psychologiques, parfois déjouées, réflexions authentiquement touchantes, acteurs en état de grâce, rythme grisant, musique électro-choc, Urgences a tout d’une série médicale dramatique réussie et de haut vol. Multirécompensée, cette dernière est devenue une référence au fil des années. Analyse.

Urgences, c’est un peu l’expérience d’une vie dans un hôpital décharné, c’est-à-dire tout le quotidien des urgentistes, leurs questionnements professionnels, familiaux, amicaux, amoureux, spirituels avec leurs contradictions qui sont mises en avant dans un enjeu choral, pour ce qui ressemble à une grande parade humaine. La série a le tort de s’être étiolée au fil des saisons, mais il serait injuste de la mésestimer. En interrogeant les personnages sur leurs ambitions respectives et leurs états d’âme, la série réussit à trouver son identité avec ses diverses pathologies, ses tensions dans la hiérarchie, ses dysfonctionnements du système, son suspense enivrant, son appétit pour la vie sans qu’il soit immodéré, son abnégation et son sens du sacrifice quand la mort se profile à l’horizon.

Sur la forme, la série sait être percutante avec son habile utilisation de la steadicam, de longs plans séquences où chaque mimique semble avoir été choisie avec la plus grande des exigences (avec des acteurs qui savent jouer des états de crises), et son adrénaline redoutablement efficace.

Urgences peut parfois ronronner, mais sait se renouveler via ce qu’on pourrait définir comme des épisodes ultra chocs. Que ce soit le destin chaotique de Mark Greene, avec ses doutes, ses espoirs et ses désillusions avant un final bouleversant ; l’épisode magistral, « Les eaux de l’enfer », qui se focalise sur le sauvetage par Doug Ross d’un enfant pris au piège dans un conduit d’évacuation où l’eau monte graduellement ; les focus sur les catastrophes de grande ampleur… tout a été fait dans un souci de maîtrise de la dramaturgie avec un réapprovisionnement permanent des enjeux et des objectifs.

Vient ensuite ce qui habille les saisons de tensions habiles et efficaces, les fameuses performances de guest-stars ; des épisodes souvent saisissants, innovants et réussis. Citons ceux avec Ewan McGregor (haletant, envoûtant avec une prise d’otage dans un magasin qui tourne mal), Forest Whitaker, qui est admirable, dans une expérience qui est double (à la fois inquiétant et émouvant), ou Ray Liotta, mourant, magnifique quand il demande à une infirmière de lui caresser son visage acéré et coupant, marqué par sa vie d’alcoolique, à la recherche d’une rédemption, le tout dans un format qui imite du temps réel et nous expose superbement les prémisses d’une expérience de mort imminente (l’acteur sera récompensé d’un Creative Arts Emmy Award pour cette prestation.)

Sur les différents thèmes abordés, la série sait éviter le manichéisme et l’angélisme notamment au sujet du racisme, tout en soulignant qu’il y a des discriminations dans le milieu hospitalier où les Noirs sont sous-représentés. Le docteur Benton (qui est noir), reconnaît avoir des réticences à sortir avec une Blanche. Dans une optique similaire, la violence des ghettos nous est exposée sans fioritures, notamment dans un épisode brillant où Abby est enfermée par des jeunes Noirs dans une voiture, forcée à secourir l’un des leurs après un récent règlement de compte entre ce qu’on suppose être des bandes rivales.

À cet égard, on peut noter des épisodes remarquables qui se situent en Afrique, au Darfour, pour mieux sensibiliser le téléspectateur à l’immense détresse des populations dans l’Ouest soudanais, où le conflit politico-ethnique a déjà fait des centaines de milliers de morts et déplacé des millions de personnes. Particulièrement bien filmés et montés, magistralement interprétés par Noah Wyle, ces épisodes exotiques sont pleins de frictions qui laissent dans un état de stupéfaction, entre les différents drames et les problèmes qu’on ne peut résoudre qu’avec peu de moyens.

Détonation, sociologie, administration, sang, destin, métaphysique, tragédie, catastrophe, réenchantement, le champ lexical de la série évoque une réalité brute et sans partis pris grossiers. C’est une permanente leçon de vie.

Bande-annonce : Urgences

Fiche technique : Urgences

Synopsis : Le quotidien des médecins et infirmières travaillant au service des urgences d’un hôpital de Chicago.

  • Titre original : ER
  • Autres titres francophones : Salle d’urgence (Québec)
  • Genre :  Série dramatique médicale
  • Création : Michael Crichton
  • Production : Amblin Entertainment
  • Acteurs principaux : Anthony Edwards (saisons 1 à 8)
  • George Clooney (saisons 1 à 6),
  • Julianna Margulies (saisons 1 à 6)
  • Noah Wyle (saisons 1 à 12)
  • Laura Innes (saisons 2 à 13)
  • Maura Tierney (saisons 6 à 15)
  • Eriq La Salle (saisons 1 à 8)
  • Goran Višnjić (saisons 6 à 15)
  • Musique James Newton Howard (générique)
  • Marty Davich
  • Pays d’origine : États-Unis
  • Chaîne d’origine NBC
  • Nb. de saisons : 15
  • Nb. d’épisodes : 331
  • Durée 42-44 minutes
  • Diff. originale 19 septembre 1994 – 2 avril 2009
Note des lecteurs2 Notes
4

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Oka Liptushttps://www.lemagducine.fr
Le raffinement, la sophistication de la langue française sont ma plus grande histoire d'amour. J’essaie autant que je peux d’en faire part dans mes critiques. Spécialiste des films classiques, car je suis un vieux ringard, qui estime que c’était mieux avant. Le cinéma est une industrie, et parfois, un art. Je tente de mettre l’art en avant. Un grand réalisateur a dit un jour que le quotidien serait ennuyeux à filmer. C’est tout l’objectif du cinéma : magnifier, passer des messages forts et, parfois, nous restituer la logique flottante des rêves.

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